‹ La Boulangerie Municipale de CataneChapitre 23 sur 32 · AIT · texte numérisé non relu

AIT

Mais l'amélioration des conditions du travail n’était pas la revendication principale des ouvriers boulangers contre leurs patrons ; ce qu'ils réclamaient surtout, c'était la suppression du chômage et l'augmentation des salaires.

La municipalisation a-t-elle apporté une solution à ces deux desiderata ? Pour l’apprécier, il nous faudra comparer encore avec l’état de choses antérieur à la municipalisation.

Cependant, dès maintenant, on peut dire que la première réclamation fut satisfaite ; et nous en trouvons la preuve dans le fait suivant :

Du temps de la boulangerie privée, selon les évaluations du Président de la Société des patrons boulangers, le nombre des ouvriers était en moyenne de cinq, deux de jour et trois de nuit, ce qui donnerait le chiffre de 385 ouvriers boulangers (77 XX 5 — 385).

Leur ayant promis de les employer tous, on devrait retrouver ce nombre à la boulangerie municipale. Or en 1903, ils étaient déjà 404 ; puis leur chiffre s’éleva à 543 en 1904, et 550 en 1905, dépassant ainsi le nombre des anciens ouvriers, et s’élevant sans que l’accroissement de la production vint justifier cette augmentation.

Nous donnons ici les chiffres de l'enquête : 1903 : avril 404, mai 466, juin 488, juillet 483, août 482, septembre 497, octobre 499, novembre 503, décembre

Re

502; — 1904: janvier 502, février 502, mars 519, avril

523, mai 557, juin 553, juillet 543

Aussi, nous rangeons-nous à l'opinion de l'enquête que, si l’on pouvaitadmettre que, par raison d'équité, on conservâl en. service tous les ouvriers, bien que leur nombre dépassat déjà les besoins, 11 était absolument irrégulier et contraire aux intérêts de l’entreprise que l'on en employät près de 150 nouveaux.

Le pro-syndic déclare, pour se justifier, qu'il fut obligé d'en reprendre un grand nombre qui revenaient du service militaire et quelques autres que l’on avait refusé d'embaucher dans les premiers temps.

L'enquèle de 190% faisait ressortir lexubérance du nombre des ouvriers, et les dépenses énormes que cela entrainait ; elie réclamait une diminution notable du personnel (1). En octobre 1904, le pro-syndic voulut réaliser celte mesure (2), mais cela amena un vif mécontentement chez les ouvriers, et quelques bagarres s'en suivirent ; nous savons déjà (3), que le pro-syndic faillit en être victime, qu'il dut capituler, et reprendre toul le personnel licencié : jusqu à la fin le chiffre du personnel resta aux environs de 550.

C'est que, il ne faut pas l'oublier, la boulangerie municipale était bien la chose des ouvriers boulangers, et qu'avant tout elle avait un but politique et électoral.

Les ouvriers boulangers n'avaient élu le pro-syndic que dans l'espérance de le voir les soutenir, et celui-ci

(1) Enquête, p. 39.

(2) Humanité, 8 octobre 1904.

(3) Voir plus haut, p. 28.

ne pouvait pas abandonner ses troupes les plus fidèles.

Mais si c'était là peut-être une très bonne manœuvre électorale, c'était une mesure financière (rès dangereuse, et la Commission d'enquête calculait que ces 150 ouvriers considérés comme inutiles, avaient grevé le budget de l’entreprise de 215.000 1., que l’on aurait pu économiser en les renvoyant.

Une preuve de l’exubérance du nombre des ouvriers se trouve dans ce fait que dès le début de l’entreprise, pour pouvoir les employer tous, il fallut les diviser en trois équipes, qui travaillaient alternativement, de sorte que chacune, el par conséquent chaque ouvrier ne travaillait que 20 jours dans un mois. Chaque équipe travaillant douze heures par jour, compris les heures de repos, il arrivait qu'au lieu de rester douze heures tous les jours au travail, chaque ouvrier ne fournissait que 24 heures tous les trois jours, soit deux tiers, soit seulement 20 jours par mois.

Et ici il faut noter un fait curieux qui se produisit sous l'initiative même des ouvriers. En principe ils ne devaient travailler que huit heures; chaque équipe travaillant huit heures, les trois équipes auraient rempli la journée de vingt quatre heures, et chaque ouvrier aurait travaillé chaque jour. On espérait avoir trouvé là, la solution régulière du problème du chômage ; mais on avait compté sans les ouvriers : « ne pouvant s’habituer à faire un travail aussi court, accoutumés

qu'ils étaient à travailler .quatorze et quinze heures,

déclare le pro-syndic lui-même, ils préfèrent accumuler les heures de travail, et celles de repos, en travaillant douze heures de suite, dans le jour, et en se reposant Ie troisième, soit un travail de vingt jours par mois ».

Aïnsi si la journée de huit heures existait bien en principe, il n’en était pas ainsi en réalité, et c'étaient les ouvriers qui eux-mêmes avaient préféré travailler douze heures, deux jours de suite pour pouvoir se reposer complètement le troisième jour.

C'était en somme un chômage forcé et périodique, résullant de l'exubérance du nombre des ouvriers, mais ceux-ci s y habituèrent et d'autant plus facilement qu'ils avaient choisi eux-mêmes cette solution et qu'en outre ils recevaient le même salaire, les jours de chômage que les autres jours ; ils touchaient en effet à la fin du mois un salaire pour trente jours, alors qu'ils n'avaient travaillé que vingt.

Malgré cette division en équipes, la Commission d'enquête à prouvé que le nombre des ouvriers était encore, dans chaque équipe, trop élevé et supérieur aux besoins réels du travail.

En effet, 1l résulte du relevé fait le 9 juillet 1904 qu'il y avait à la boulangerie cinq cents quarante-trois

ouvriers ainsi répartis.

T0) Ce

PÉDALE SPRL QE P ins METRE 103 20. — D tt die, Monte MS dd 105 SN LC d'etre en 103 Hors cadre (travaillant tous les jours) . . 124 COUV NE M NP MP TR EUR. 108

MODE ES A NE ae A0

Si on retranche les ouvriers hors cadre qui semblent tous nécessaires, et si on calcule que, au dire des gens compétents, deux ouvriers suffisent pour chaque four, il résulte que chaque équipe contenait une vingtaine d'ouvriers en plus du nécessaire et par conséquent soixante pour les trois équipes.

Il faut dire la même chose pour les gouverneurs dont il faudrait retrancher une vingtaine du chiffre de 108 employés.

Ainsi, outre la troisième équipe (103 ouvriers) que l’on peut considérer comme inutile, il semble donc bien que la boulangerie ait employé quarante ouvriers et vingt gouverneurs de trop, soit en tout cent soixantetrois ouvriers. Et c’est sur ce chiffre que la Commission de 1904 se basait pour établir que le municipe avait dépensé de ce fait 215.000 L. qui auraient pu être écononisées, et par suite procurer des bénéfices à l’entreprise.

On à d'autant plus le droit de s'étonner de cette aug-

(1) On trouverait la division des équipes elles-mêmes à la p. 43 de l'enquête.

mentation constante du nombre des ouvriers, que lintroduction des machines et des procédés de la grande industrie auraient dû la réduire au contraire et amener une dimination dans les frais de main-d'œuvre.

Ii est vrai que le pro-syndic conteste tous ces ‘chiffres, et au lieu d'une perte de 215.000 L., estime à 64.000 1. le chiffre des bénéfices qu'il a fait faire à la commune par l’organisation de la nouvelle industrie. € Ce qui à coûté 509.284 1. 35 à la boulangerie municipale, dit-il en substance, en aurait coûté 574.120 1. 80 à l’industrie privée, soit un bénéfice de 64.836 L. 45 au profit de la première (1). »

Mais il oublie de nous dire que l'industrie privée n'aurait pas employé un si grand nombre d'ouvriers et que c’est précisément cela seul que nous voulons prouver en ce moment |

Dans ses observations à l'enquête de 1904, le prosyndie convenait de la nécessité d’une réorganisation du travail ; il en avait esquissé le plan lui-même, mais on sait que malgré une notable diminution de la production, il y eut toujours environ cinq cent cinquante ouvriers à la boulangerie municipale.

S'il est vrai done que la municipalisation a apporté une solution au problème du chômage, cette solution ne laissait pas que d’être imparfaite, puisque c'était

l'entreprise mème qui en souffrait.

(1) Enquête, p. 47.

La question des salaire fut-elle résolue d'une façon plus heureuse ?

lei, on peut le dire, les désirs des ouvriers furent satisfaits au delà même de leurs espérances.

Un premier-bénéfice pour les ouvriers fut que, payés à la tâche sous le régime de l'industrie privée. ils obtinrent avec la municipalisation la paye à la journée, et l'on sait que, si ce n'est pas le système le plus avantageux pour un entrepreneur, — car le zèle des ouvriers n'en est pas augmenté, — il l’est certainement pour les ouvriers auxquels il assure une rémunération fixe, et non soumise à l’aléa d'une plus ou moins grande production. ;

Une augmentation sensible des salaires : tel fat le second bénéfice ; mais fut-il aussi élevé que celui auquel le pro-syndic prétendait arriver ?

Dans un interview (1) il disait : « Les ouvriers tou- « chaient autrefois un salaire moyen de 2 1. 20 et main- € tenant ils touchent environ 5 LL. avec un minimum de € 4. par jour. »

Voyons ce qu'il en est de ces affirmations :

Sous le régime privé, les ouvriers payés à la tâche jouissaient du larif suivant, établi sur les bases du

scandaglio pratico de 1884.

(1) ZT Tempo, 23 janvier 1903.

De nuit. De jour.

Grosse fournée. Petite fournée. Grosse fournée. Petite fournée. Gouverneur . . 0 60 0 41 0 80 0 50 ODVTICLS EEE 0255 0 40 » »

Bracchianti (1). 0 50 0 35 0 60. O0 45

Ce qui, en admettant que chaque four fasse une moyenne de dix fournées par 24 heures, soit trois de jour et quatre et demi de nuit pour les petites et une de jour et une et demie de nuit pour les grosses, donne-

rait pour chaque ouvrier :

De nuit :

Gouverneur. . (0.60 >< 1 1/2) (0.41 >< 4 1/2) — 2.74 Ouvrier .: . . (0.55 x 1 1/2) (0.40 %X 4 1/2) — 2.62 Bracchianti. . (0.50 >< 1 1/2) (0:35 < 4 1/2) — 2.32 De jour :

Gouverneur. . (0.80 + 0.60 >< 3) — 2.60 Ouvriers.

Bracchtenti.. : “(0.60 O4SSS Een «1298

En 1899, un nouveau scandaglio accordait aux

ouvriers une élévation des salaires.

De nuit. De jour.

Grosse fournée. Petite fournée. Grosse fournée. Petite fournée. Gouverneur. . 0 73 0 54 0 92 0 73 DENVFIEr .e* 0 67 0 52 » »

Bracchianti . . 0 62 0 47 0 72 0 57

{4} Nous n'avons pu trouver- de terme français équivalent : nous croyons savoir cependantque ces travailleurs qui sont employés à la forimalion de la pâte, s'appellent « les geindres » : le.mot italien nous à

semblé plus expressif et c'est pourquoi nous l’avons laissé.

Mais ce tarif n'avait pas été respecté par les patrons et le précédent avait été rétabli presque aussitôt.

Nous basant surle tarif de 1884, nous pouvons donc établir que, sous le régime privé les ouvriers touchaient les prix suivants ; comme les ouvriers alternaient le travail de jour et de nuit, il faut donc faire une moyenne entre les salaires de jour et ceux de nuit, et on a, alors :

COUVÉLNEURER RER ER 207 DENT ME RER ER EN E rS 6 BTACC TANT Me ARE RER CAR NO FLS

Si on déduit quatre jours par mois, jours de repos pendant lesquels ils n'étaient pas payés, on oblient :

COUMELNCUTE ER Te RS 0 OUVERT RENE RRRPR TU CO Er n0 05 BTACCHANTI ERP ET 4 85

De plus, les ouvriers de jour avaient le droit de manger du pain à volonté, et ceux de nuit également, mais avec la faculté en plus d'en emporter 1 kilogramme dans leur famille.

Quant aux apprentis, les patrons leur accordaient une paye qui allait de 6 à 15 L. par mois.

Les évaluations de M. Cicero sont assez différentes ; il arrive à une moyenne de 2 1. 82 pour le gouverneur, 2 1. 30 pour l’ouvrier, 2 L. 22 pourles bracchianti.

Il nous faut savoir maintenant quels furent les

salaires à la boulangerie municipale. Nous en donnons

ms

ici le tableau comparativement à ceux de l'industrie

privée.

Régime privé. Régime municipal.

GOUVETNEUTL A ne oh ares RP 2130 31 »

DRM SM NES et er 2 25 RÉ PACLIUANU ETS 6. DONC 1 85 2 25

Soit une augmentation de 0.70, 0.50 et 0.40 par jour de 0.18, 0.15 et 0.03 seulement d’après M. Cicero. Enfiules apprentis touchaïent un salaire de 1 L. par jour.

A ce point de vue il est done évident que les ouvriers ont trouvé un grand avantage dans le régime municipal : et ce n'était pas là seulement une augmentalion absolue de salaire, mais une augmentation relative bien plus grande. Sous le régime privé, ils touchaient un salaire moindre en travaillantbeaucoup plus, tandis que sous le régime de la municipalisation, ils touchaient un salaire plus élevé, tout en bénificiant d’une diminution des heures de travail et d’une amélioration sensible de leurs conditions de travail.

Mais on voit que nous sommes cependant loin des évaluations de M. de Félice et que les salaires de 5 et 4 I. ne furent jamais atteints.

Ces salaires étaient payés les 1% et 15 de chaque mois, au lieu que dans les fours privés, les ouvriers touchaïent chaque jour leur paye et en dépensaient généralement aussitôt à la prochaine « ostéria » la plus grande partie.

Les 124 personnes comprises dans l’équipe hors

cadre touchaient une moyenne de 3 1. 50 par jour.

Au total le chiffre payé au 538 personnes employées dans l’entreprise s'élevait à {.282 1. par jour, c’est-à-dire une moyenne de 21. 38. M. de Felice espérait pouvoir réduire ce chiffre à 1.030 1. par jour sans réduire les salaires, en réduisant seulement le nombre des ouvriers. mais encore 101, cela ne sorlil jamais de l’état de projet.

Rien ne fut fait à la boulangerie municipale pour supprimer le travail de nuit.

Nous voudrions faire ressortir ici, la différence qu'il y avait entre la boulangerie municipale de Catane et celle de Palerme. A Palerme, la boulangerie et le moulin n’emploient pas 300 ouvriers, et cependant le mou- Hin a une production quotidienne de 450 quintaux et la boulangerie de 260 quintaux. Les ouvriers du moulin sont payés 3 [. par jour en moyenne et ceux de la boulangerie, payés à la tâche, arrivent à une moyenne de 5 I. par jour. La journée de 8 heures y est strictement appliquée, y remplaçant les journées de 13 et 15 heures ; le directeur de létablissement nous disait que la production relative en avait été beaucoup accrue et que le nombre des maladies des ouvriers en avait 66 considérablement diminué. Et cependant cette boulangerie est certainement moins bien outillée que celle de Catane ; les locaux y sont bien moins aérés, et il n’y a pas de machines, mais on y tient beaucoup plus à l'hygiène et la propreté des travailleurs et surtout la surveillance v

est beaucoup plus effective.

L'entreprise réussit très bien et un projet est à l'étude en ce moment pour construire un nouveau moulin qui pourrait fournir 1.500 quintaux par jour, une boulangerie qui pourrait en donner 500 et une fabrique de pâtes capable d’une production quotidienne de 200 quintaux (1) : et alors, l'entreprise nouvelle serait dotée de tous les derniers perfectionnements et de toutes Îles machines les plus modernes.

Outre l'augmentation de leurs salaires, les ouvriers de Catane pouvaient jouir de quelques autres avanlages.

Ils avaient droit au pain gratuit et pouvaient en consommer autant qu'ils voulaient: de plus des ouvriers de nuit pouvaient en emporter 1 kilogramme dans leur famille. Le pain rassi leur était cédé au prix réduit de 0.50 les 2 kilogrammes et demi.

Un restaurant municipal avait été créé dès le début de l’entreprise, où les ouvriers pouvaient trouver une nourriture saine ; moyennant une retenue sur leur salaire de 0.15, ils avaient droit à une soupe, au pain et à un morceau de viande ; un demi-litre de vin coûtait 0,15 en plus.

Dans ses observations à l'enquête, le pro-syndie disait que le municipe étudiait un projet ayant pour but d'in-

téresser les ouvriers à l'action moyennant un droit de

(1) Toutes ces dépenses seraieut couvertes par un prèl de 2.200.000!

à la Caisse des dépôts et prêts.

participation aux bénéfices: mais le projet ne vit pas plus le jour que tous les autres, et d’ailleurs comment les ouvriers auraient-ils pu participer aux bénéfices, puisque ces bénéfices ne se sont jamais trouvés autre part que sous la plume du pro-syndic ?

D'ailleurs, il n'existait même pas d’instilution sociale en faveur des ouvriers à la boulangerie de Catane, pas de caisse de maladie ; c'était le municipe qui payait aux ouvriers leurs journées de maladie, et on se figure aisément quels abus pouvaient en résulter.

Un article du règlement de février 1905 prévoyait bien la création d'une caisse spéciale pour le cas de maladie, mais elle ne fonclionna jamais.

Pas de caisse de prévoyance, ni de caisse de retraite, bien que-toutes ces institutions fussent très développées dans le reste de l'Italie.

À la coopérative, au contraire, quelques ouvriers sont sociétaires et par suite intéressés à l’action ; il Ÿ existe une caisse de prévoyance alimentée au moyen d’une retenue faite sur les salaires des ouvriers.

ILest vrai que les ouvriers de la boulangerie municipale n'avaient pas besoin d’être attachés à l'entreprise par des intérêts matériels très grands, ils sentaient bien que c'était véritablement leur chose, et ayant atteint leur but, voir relever leurs salaires, et résoudre la question du chômage, ils ne songeaient qu'à voir durer l’entreprise et à ne jamais retomber sous la tutelle des pa-

trons.

ue en

Lorsque cet événement redouté est arrivé en 1906, leur condilion est redevenue ce qu'elle était avant, sauf qu'ils sont maintenant constitués en syndicat, et de ce fait plus aples à résister facilement aux prétentions patronales.

Il nous reste à voir, pour finir cet examen de la situalion de l'ouvrier au municipe, comment était établie la surveillance. |

On comprend que dans un établissement aussi important, la surveillance ait été difficile à organiser. On avait remplacé celle du patron par celle de surveillants : mais il en eüt fallu un nombre énorme pour exercer un contrôle vraiment sérieux. Or 1l y avait seulement cinq surveilllants et deux chefs surveillants : et encore choisis parmi les ouvriers eux-mêmes : leur autorité sur leurs collègues était à peu près nulle etils essayaient à peine de la faire valoir.

C'était Là un des graves défauts de l’entreprise qui entrainait des conséquences financières désastreuses ; la confusion et le. désordre engendraient en effet une perte de travail appréciable en argent, et la marchandise produite dans ces conditions ne pouvait être que de mauvaise qualité.

De ce défaut de surveillance, il résultait aussi que de nombreuses fraudes étaient commises, dont le montant s'élevait en 1904 à 33.741 L 26. Et les commis-

saires s'étonnaient que ce chiffre n'ait pas été plus élevé.

élant donné la mauvaise organisation de l'établissement el le manque de contrôle (1).

Ilexistait bien pourtant un règlementintérieur affiché dans la boulangerie, réglement minutieux qui pouvait même sembler effrayant de rigueur, mais qui n’était jamais appliqué par suite du défaut de surveillance.

En résumé, exubérance du nombre des ouvriers, et manque de contrôle, ce furent les deux raisons qui conduisirent l’entreprise à la ruine.

Mais élail-1l possible au pro-syndie d'y remédier ? Ces ouvriers n'étaient-ils pas ses plus chauds électeurs et comment aurait-il pu en renvoyer quelques-uns, ou exercer sur eux un contrôle vraiment sérieux, sans s’en faire aussitôt de terribles adversaires ?

Jei encore, nous retrouvons l’inconvénient qui résulte pour une entreprise d’avoir été créée dans un but politique ; malheureusement, cela n’est pas particulier à Catane, et c’est un des plus gros dangers de la municipalisation d'employer un trop grand nombre d'ouvriers afin d’en faire des électeurs fidèles et sûrs ; et on peut se demander si ce n'est pas la condamnation même de la municipalisation. puisque, presque fatalement, elle

la conduit à la ruine.

(1) Enquête, p. 99.

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