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CHAPITRE IV

Rapports avec les anciens patrons

La lutte entre les patrons et les ouvriers boulangers de Catane avait été la principale raison qui avait amené la municipalisalion ; mais de cette lutte entre patrons et ouvriers, nous savons qu'une autre résultait, aussi àpre, entre les patrons boulangers et la municipalité de Catane ; aussi, mettant fin à la première, la municipalisation aurail-elle dû également lerminer la seconde. Cependant il n'en fut rien, et c’est encore dans le but politique de l'entreprise que nous en trouvons les raisons.

Dès ses premiers jours, la boulangerie municipale surgit comme un instrument de lutte, au profit d'une classe, celle des ouvriers boulangers, contre une autre, celle des patrons ; ceux-ci essayèrent bien de résister quelque temps, mais on sait qu'ils furent obligés bien- : tôt de céder devant les vexations et les procédés arbitraires du pro-syndic.

Celui-ci prétend que la municipalisation s'est établie d'accord avec les patrons, de mème que le monopole en 1903 ; il est bien vrai qu'un accord fut signé entre la municipalité et les patrons, mais ceux-ci n'agirent

be

ainsi que parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, incapables qu'ils étaient de soutenir plus longtemps la concurrence, à cause des procédés arbitraires que l'on employait contre eux.

S'ils signèrent effectivement un accord le 15 octobre avec la municipalité, ce ne fut que forcés et contraints, et non de leur plein gré, comme voudrait le faire croire le pro-syndic.

Mais celui-ci, malgré ses sentiments contre les patrons boulangers, reconnaissait qu'il n'était pas juste de jeter ainsi sur le pavé lous ces petits industriels, et que s'ils n'avaient pas élé expropriés légalement, ils l'avaient été au moins en fait : en conséquence, il se crul obligé de les indemniser.

Il leur céda donc la revente du pain à des prix de faveur et leur consentit une indemnité.

€ Ainsi, disait-il, la boulangerie municipale devenait « le seul organe de production du pain, et les anciens € patrons assumaient légalement la fonction plus nor- « male d'organes de distribution. » Cette nouvelle organisation avait bien coûté quelques sacrifices, mais le pro-syndic s’en consolait facilement en pensant qu’ «une grande révolution s’élait ainsi accomplie dans le corps social, sans chocs ni violences (1). »

Mais les rapports entre le municipe et les anciens

patrons n'ont pas toujours été les mêmes durant

(1) Enquête, p. 60.

tonte l’entreprise, et il importe d’en voir les différentes phases.

Durant la première période de la municipalisation, c'est-à-dire du 18 octobre 1902 au mois d'avril 1903. les patrons essayèrent de soutenir la concurrence quoique déjà une dizaine d’entre eux (ils étaient alors 70) eussent cessé d'exercer leur industrie.

Au mois de mars 1903, la concurrence devenant impossible, par suite des conditions de fabrication que leur imposait le municipe (1) (ukase sur le bois et sur les farines), la plupart d’entre eux signèrent avec la ville un contrat. (Il est daté du 22 mars 1903.)

La ville leur accordait le droit de revente du pain ; un droit de 3 |. par jour leur était alloué comme location de leurs locaux de revente : chaque boulanger avait en effet un nombre considérable de ces reventes : il y en avait près de 1.500 dans toute la ville ; un grand nombre furent alors supprimées, et il n°y en eut plus guère que 500. Avant la municipalisation, ces reventes représentaient le commerce de seconde main, parce qu’elles achetaient le pain au producteur, et le revendaient moyennant un droit de 5 0/0 sur les ventes : depuis le nouvel état de choses, ces reventes représentaient le commerce de troisième main, et on ne leur accordait plus qu'un droit de 2 1/2 0/0 sur les ventes.

Outre ce droit de 3 lires, les boulangers en touchaient

(1) Voir plus haut dans l’historique, p. 13.

un autre de 4 lires par jour, comme compensation du service qu'ils rendaient en assurant la vente : ils touchaïent encore en plus 1 1. 1/2 sur le pain qu'ils verdaient eux-mêmes.

Le contrat n'avait été conclu que pour cinq mois : il devenait cadue le 31 août. Aussi, du 1% au 15 septembre, le service de la revente fut-il assuré par les seize dépôts qui existaient, aux comptes directs du municipe; ces petits dépôts, qui fonctionnaient depuis l'ouverture de la boulangerie, recevaient un droit de 5 0/0 sur les ventes ; deux d’entre eux fournissaient les petites bourgades d’Ognina et de Cipali et ne recevaient que 3 0/0. =.

Si maintenant nous voulons résumer la situation qui était faite aux patrons dans cette première période, nous pouvons dire que, depuis le 22 mars 1903, ils étaient chargés d'assurer le service de la revente du pain, moyennant un droit fixe de 7 lires par jour, plus 1 1/2 0/0 sur la quantité de pain vendu.

Il était à prévoir que les résultats de cet accord du 22 mars 1903 ne devaient pas être salisfaisants, puisque les patrons, jouissant d’un droit fixe, n'avaient pas grand intérêt à la vente du pain ; au contraire, animés encore d'un esprit de jalousie et de lutte contre le municipe, ils cherchaient par tous les moyens, et en particulier par un mauvais service, à en entraver la marche.

il était donc nécessaire d'établir un nouveau contrat

qui présentàt plus d'avantages pour le municipe, sans toutefois porter atteinte aux droits reconnus aux anclens patrons. ;

Un nouvel accord fut done signé le 12 septembre 1903 entre les 66 ex-patrons existant alors et le municipe.

En voici les termes:

1° Les boulangers renoncent à fabriquer le pain pour leur compte où pour celui d'autrui, et s'engagent à ven- dre tout le pain qui sera fabriqué par la municipalité ; 2° Les fours privés seront hermétiquement clos ;

3° Les boulangers s'obligent à s’approvisionner de toutes les qualités de pain, plusieurs fois par jour; ils le distribuent {ant dans leurs boutiques que dans les maisons de revente indiquées par le maire, moyennant une prime de 3 0/0, payée chaque dimanche matin, au pro- Et des revendeurs et jusqu'à concurrence de 3.000 lires :

4° Le maire s'engage à faire porter le pain aux dépôts, aux heures fixées par le directeur de la boulangerie Où par ses SOINS ;

5° Il est consenti aux boulangers un droit de 6 0/07 sur la vente ; le pain qui s'abimerait pendant le transport sera changé : le pain rassis sera repris.

6° L'accord durera trois ans.

Ainsi le droit, de fixe qu'il était auparavant, devenait proportionnel à la vente.

La convention portait aussi que les patrons s’engageaient à maintenir à leurs frais, 15 reventes chacun.

soit dans la ville, soit dans les faubourgs, répartis de

façon à assurer facilement le service de la revente qui pesait encore jusque là sur le bilan de la boulangerie municipale.

Le directeur B..., évaluait ainsi le bénéfice que le municipe retirerait de ce nouveau contrat :

Premier contrat.

Indemnité aux patrons, au nombre de 66, à 7 I. par DURE A ns mot 0e lie MA NODE UT ie 20 DE Indemnité aux tenanciers des 17 reventes munici-

pales tract) OR fs CAE LR AE 82 »

Droit.de $ 0/0'aux revendeurs AMC En RAR DÉDeEnSeS GIVE SR RS RE RE 10 »

Deuxième contrat.

Indemnité aux patrons, de 6 0/0 sur une vente de 41,600 52 de GG

DITÉLONCER ASS)

Soit un gain Journalier de 134 lires sur le précédent contrat.

Une modification intervint le 22 avril 1904.

1° Le droit de 6 0/0 était assuré aux boulangers sur une somme globale de 11.000 LI. de recette journalière . pour le municipe, quelle que soit la quantité de pain vendue, alors qu'autrefois ils ne le touchaïent que si la quantité de pain vendue dépassait cette somme.

2 Le pro-syndic s’engageait à donner à 15 des anciens patrons, outre les 6 0/0, un droit fixe de 4 1.

par jour pour les récompenser de l'accroissement de

vente qu'ils avaient réalisé depuis le 1% février 1904.

M. Cicero à calculé que la somme fournie aux anciens patrons à la suite de ce contrat s'élevait à 660 1. soit . 9 L. 85 pour chacun.

Mais sur cette somme, que restait-il à chacun, après ses dépenses ? Il leur fallait d’abort payer le droit de 3 0/0 aux revendeurs, soit 1 1. 34, payer les dépenses d'éclairage, d'entretien et de louage de leurs boutiques soit 2 L. 50 ; qui ajoutées à 1 1. 34 font 31. 84: en déduisant 3 L. 84 des 9 1. 85 il restait à chaque boulanger une recette journalière de 6 1. O1.

Evidemment c'est là un gain assez élevé si on le compare au gain moyen des artisans de la Sicile, mais c'est aussi un gain très inférieur, si on le compare aux anciens bénéfices de ces industriels qui, de leur propre aveu, montalent à 20 [., 30 et même 50 L. par jour.

La situation devait d'ailleurs encore varier. A la suite de l'enquête, qui faisait remarquer de quel poids pesaient sur l’entreprise les droits à payer aux anciens patrons, une nouvelle modification fut apportée. De 663 |. par jour, le chiffre fut abaissé à 506 en février 1905. soit de 9 1. 85 à 7 1. 50 pour chacun. Il ne restait donc plus à chacun. déduction faite de leurs frais, que 3 1. 66. Mais, pour avoir été abaissé ainsi, le chiffre de l'indemnité n’en restait pas moins écrasant pour le municipe.

L'enquête calculait que, du 18 octobre 1902 au 9 juillet 1904, l'indemnité s'était montée à 372.396 I. 11.

Du 9 juillet 1904 au mois de février 1905 elle dut se monter à 184.800 1. et du 1% février 1905 date de la nouvelle convention à la fin de l’entreprise, elle monte à 283.360 1. soit en tout un total en quatre ans à peine de 840.556 [.

Ilest permis de croire que cette somme est bien supérieure à celle qu'il eût fallu pour acheter d'un seul coup les 66 boulangeries expropriées, et qu'elle consüluail une indemnité suffisante à l'expropriation forcée qu'on leur avait fait subir. |

C'était d’ailleurs déjà une des conclusions de l'enquête de 1904 que l'on cessät de donner aux anciens patrons autre chose que le droit de 3 0/0 auxquels tous les revendeurs avaient droit. « Si cela pouvait être juste dans les premiers temps de la municipalisation, disait-elle, pour atténuer l’âpreté de la lutte avec l'industrie privée, et pour permeltre l'établissement définitif de la boulangerie municipale, il est à souhaiter que les patrons boulangers, indemnisés du dommage qu'ils ont subi, ne réclament plus autre chose que le droit ordinaire de 3 0/0 permettant ainsi à l’industrie municipale de réduire les dépenses de ce chef à des limites convenables (1). »

C'était d'ailleurs aussi le désir du pro-syndie : «une € fois l'indemnité payée, ces dépenses extraordinaires

« cesseront et la boulangerie municipale ne sera plus

(4) Enquête, p. 59 et 60.

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