CELUI QUI MEURT TOUT A FAIT
Homme sans bonté, il ne se croyait pas malheureux.
Mais la souffrance qu'il pensait surmonter et peu ressentir se lisait sur son visage et autrui y prenait sa vengeance suffisamment.
On lui avait dit que la vie n'était point belle, et il ne l'avait point aimée. Il avait maudit la souffrance humaine et méprisé la joie ; car il savait bien que son estime finirait et qu'il est ridicule de s'intéresser à ce qui ne vaut rien.
Cette mort lui vint au printemps, un matin. Il était dans un fauteuil de jonc où il avait fumé quasi toute sa vie. Par sa fenêtre, il voyait couler une petite rivière fort vive et murmurante, et il songea que cette eau claire qui paraissait aujourd'hui si joyeuse ressemblait à ces mortels qui trouvent du plaisir dans un conte ou dans un baiser, et que les hommes et les moines qui chantent gaiement doivent montrer un bien hideux sourire en face de la mort ou de la mer. Il essaya de hausser les épaules ne le put faire et pensa en soi combien grand était son dégoût.
Des laveuses s'installèrent au bord de la rivière et les battoirs retentirent. L'écho répondit à ce bruit joyeux et le jeune soleil, un nuage passé, brilla de toute sa chaude gaieté. Le moribond reçut un rayon sous sa paupière rouge, et fit fermer la croisée et les volets. Puis, dans cette pièce obscure, les yeux ouverts, il creva.
Gomme il n'avait jamais rien aimé, il emporta tout son cœur dans sa tombe. Aucun ami ne garde une goutte de son sang, aucun homme ne garde son souvenir. Il ne vit plus.
ao septembre 18.