PARIS RUSTIQUE
On a tant et si bien dit que Paris était beau, et qu'il était laid, qu'il ne semble pas fort urgent de parler encore de Paris. Mais l'actualité l'accable toujours. Il y a des gens qui font des lois pour détruire ses arbres et d'autres qui veulent en faire pour les protéger ; à l'impôt sur les jardins s'oppose la Société de la Protection des Paysages. D'aucuns l'enlaidissent de propos délibéré, d'autres sous prétexte d'embellissement. Paris est une victime pitoyable.
Il faut bien avouer qu'aujourd'hui la renommée flétrit. Je ne parle pas de la mauvaise renommée : le pont Alexandre est fort honoré d'avoir été, par M. Remy de Gourmont, comparé à une gigantesque garniture de cheminée Louis XVI, et les serres du Cours-la-Reine, « où l'on ne vit jamais qu'oiseaux et peintures » d'être nommées par M. André Hallays : « les impérissables souvenirs de l'Exposition universelle ». La renommée ironique est bénévole.
C'est la « gloire » qui. aujourd'hui, est redoutable, Aussitôt qu'on découvre une beauté, on la vulgarise. Tout ce qui a semblé intéressant devient la proie du reportage et de la popularité. Il est déplorable qu'on regarde les
vieilles ruelles et les beaux arbres comme des figures en vedette. On ne vient plus se promener sur les quais pour y gagner de la mélancolie. On parle du parfum antique et de la poussière du passé, comme on fait des interviews d'escarpes.
J'aime à me promener dans les vieilles rues solitaires du Marais, de la Cité et du quartier Saint-Séverin, où, parmi les demeures anciennes et délabrées, on découvre de pures façades de la Renaissance, des puits gothiques, des cours du Moyen Age. et d'humbles maisons plus belles et plus rares que les monuments historiques. Et, aujourd'hui, j'en vais parler. Je me rends bien compte que mon admiration ne servira que d'inspiratrice à ce reportage. Je vais dire qu'il y a de belles cours libres et vastes au cœur de Paris ; et les entrepreneurs vont s'y précipiter avec leurs plans d'usines. J'aime Paris et j'en suis heureux. Mais, en disant que j'aime Paris, et en décrivant quelques-unes de ses beautés, j'ai conscience de diffamer, et je ne suis pas plus fier que Judas.
Tant pis !