‹ La boule de vermeilChapitre 31 sur 46 · LA COUR DE ROHAN · texte numérisé non relu

LA COUR DE ROHAN

Au bout de la rue bruissent les voitures et la foule du boulevard. On suit le haut mur gris, on tourne, et on est dans un coin provincial, paisible et gai. Un pigeon frappe du bec les pavés bleus. Sur les seuils ornés de moulages de plâtre, de cages, et de pots de fleurs appendus, des gens sont assis. Un peintre, en sifflotant, badigeonne une porte d'écurie. Un enfant accourt : au bruit des galoches, le pigeon s'envole sur une voiture à bras et s'y promène.

Nous passons sous une voûte, et sommes dans une autre cour, encombrée de plaques de cheminées, silencieuse. Un petit escalier de pierre monte le long du mur, au-dessus duquel on voit une treille.

Montons le pelit escalier ; et nous verrons bien qu'il y a là un vrai jardin avec des feuilles qui remuent, des rangées de choux, de haricots bien rames et des massifs

de fleurs bordés de buis. Le vitrage d'un cbàssis miroite. Sur un fil de fer un drap sèche au soleil, si uni, si propre et si blanc qu'on y voit passer le vol courbe des abeilles, la chute des araignées, la fuite hésitante des mouches, et îa course ailée du plus ténu moustique.

Si nous poussions plus loin l'indiscrétion, je ne doute pas que nous n'apercevions bientôt le propriétaire, content et doux : un homme un peu ventru, avec une figure rouge sous son chapeau panama ; il a un pantalon de coutil blanc, une chemise de flanelle aux manches retroussées, et il porte deux gros arrosoirs de zinc. Près des planches de salade il s'arrête, un moment, et dit :

— Il v a encore vingt pieds de laitue, Eugénie.

HOTELLERIE DES CARROSSES D'ORLÉANS (l65a)

Coche, carrosse, chaise de poste, surtout, fourgon, équipage! La grande cour de l'hôtellerie est pleine de bruit. On décharge une lourde malle bardée de fer. Un laquais fait la révérence en ouvrant une portière dorée. Un cheval hennit. Des lévriers mettent en fuite des poules effrayées. Il y a des gens qui courent et d'autres qui s'entretiennent en souriant, accoudés à l'appui d'une fenêtre. On entend des appels, des aboiements, le claquement des fouets, le cahotement des roues sur le pavé du proche.

Il y a là toutes les charrettes des maraîchers, et, à mesure que les routes sont meilleures, les voitures plus nombreuses, l'hôtel devient plus célèbre et mieux achalandé.

Les vovageurs y affluent. Les Parisiens y viennent prendre les nouvelles de la province, On y parle de la guerre, des philosophes et des dames.

Un afficheur public appuie son échelle au mur, et on s'assemble autour de lui, les mains au dos, pour lire sa pancarte :

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