‹ La boule de vermeilChapitre 32 sur 46 · AVIS AU PUBLIC (MESSAGERIES ROYALES · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBLIC (MESSAGERIES ROYALES

« Le public est averti qu'à compter du 7 septembre 1778 il partira de Rheims pour Laon, passant par Berryau-Bacq, deux voitures par semaine : savoir un carrosse bien suspendu et un chariot couvert.

« Le carrosse partira de Rheims tous les dimanches, ira coucher à Laon pour arriver à Saint-Quentin le lundi, où il correspondra avec la diligence qui va dudit Saint- Quentin à Cambray et où on trouvera des voitures pour toutes les villes de la Flandre (1)... »

Et les belles voitures deviennent des véhicules surannés. C'est la jeunesse des coucous.

On apporte des paquets et vient retenir ses places pour les voitures à cinq sous la lieue. Les postillons sont gais et bien vêtus.

Le vieux coche omnibus est démodé et Ton prend les Dames blanches, les Carolines, les Favorites.

M. Scribe fait des chansons sur les Citadines aux ressorts moelleux.

Puis vient le temps des Diligences, écossaises, tricycles, béarnaise.';. « Les entrepreneurs de voitures de toute espèce semblent sortir de terre comme certaines végétations à la suite d'une pluie (2). »

(1) Bibliothèque du Musée Carnavalet.

(a) Viator, Vingt jours de route.

L'Hôtellerie des Carrosses d'Orléans, plein de monde et de bruit, méprise les rivalités.

Elle connut la voiture publique ; mais elle ne connut ni l'omnibus ni le tramway.

L'étroite et montueuse rue Mazet fut peu à peu entourée de tant de grandes rues qu'on n'y vit bientôt plus que les voitures qui se rendaient à l'Hôtellerie, Et tout alentour bruissaient la corne et les freins des omnibus.

... Et aujourd'hui la grande cour de Y Hôtel des Carrosses d'Orléans est solitaire et paisible, comme une cour de ferme en rase campagne.

Les poules grattent le sol ; un chat s'étire sur le toit du hangar ; par la porte d'une écurie on aperçoit, dans l'ombre jaune des stalles, des chevaux qui, l'un après l'autre, tournent la tête pour chasser les mouches. Le long d'un mur, huit charrettes sont rangées, les timons en l'air. Un clair soleil vient frapper les ardoises des toits, les portes des étables, la pompe, les auges de pierre, le chaume et les cailloux épars sur le sol plat de la vieille cour.

El ce soleil n'est pas soleil de Paris, qui ne touche le pavé des rues qu'en rayons diffus ou par la réflexion des toits et des murs sales, qui nourrit mal les arbres débiles et qui n'éveille jamais l'ombre des tristes maisons; c'est le soleil vivant et simple qui dore les routes des campagnes, luit au sommet des forêts et fait scintiller dans l'azur les coqs des clochers de villages !

Il est doux et gai, rit sur les cailloux, danse sur les ardoises, tourne à la girouette, et s'ébat sur les bottes de paille. A lui seul il émeut la vaste solitude.

Une porte s'ouvre et des charretiers en blouses bleues, bottés, coiffés de grands chapeaux poussiéreux, le fouet en

main, s'en vont vers l'écurie. Ils en ressortent les harnais sur l'épaule et tenant leur cheval par la bride.

Et voici les huit charrettes attelées, voici la cour pleine de bruit ; les roues cahotent ; les hommes font des jurons ; les chevaux, les jarrets tendus, tirent et avancent.

L'une après l'autre, les voitures passent sous le porche, chaque charretier disant un mot à l'hôtelier, qui semble les passer en revue.

Et ces huit charrettes avec leurs gros chevaux et leurs naïfs conducteurs emplissent la petite rue Mazet de tout leur vacarme rustique.

C'est un spectacle invraisemblable ! Et ne serait-il pas convenable de rappeler à ces gens que nous sommes à Paris !

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