‹ La boule de vermeilChapitre 33 sur 46 · LE TERRAIN VAGUE · texte numérisé non relu

LE TERRAIN VAGUE

Il y a un magnifique terrain vague.

Est-il rien de plus délicieux que de trouver, entre deux immeubles modernes, roides, laids, tristes et luxueux, un inculte et paisible terrain vague ?

Celui-ci descend en pente douce vers sa barrière de bois. L'herbe verte y est pleine de pâquerettes et de primevères. Il y pousse quelques arbustes sauvages, et un bel amandier qui, à l'automne, est lourd de petites bourses de peluche grise. Un oiseau chante. Un liseron enguirlande le tronc d'un arbre mort, et dans ses corolles la rosée scintille.

Entrepreneurs et architectes, vous ne trouverez nulle part plus de charme et plus de beauté à détruire. Vous qui êtes avides de dévastation, emparez-vous de ce séjour,

ravagez-le, exercez votre cruauté sur ses délices naturelles. Ne cherchez pas d'autre terrain pour vos grandes usines, ô ennemis de la beauté ; je vais vous livrer mon magnifique terrain vague. Il est tout près d'ici, suivez-moi vers l'admirable gare dont vous ornâtes le quai d'Orsay. Dans vingt minutes vous y serez ; il est tout près de la station de Juvisy.

Page 1