LA RABOUILLEUSE
Un gros bailli, fumeur de pipes, regarde ses enfants jouer, danser, tourner des rondes au son du violon. Mmc Sarah Bernhardt et M. Magnier valsent avec MUe Dufresne. Sous l'arbre de Noël on distribue des
jouets. Puis on chante un cantique en songeant à la pauvre maman de tous ces petits garçons, de toutes ces petites filles. Elle est morte ; on s'en doute ; mais on a l'heureuse idée de dire qu'elle est partie en voyage, en voyage au pays des beaux joujoux et des grandes poupées- Ensuite, on va vite coucher tout le petit monde, car il est une heure du matin. Et puis, il va se passer quelque chose pour les grandes personnes. Mais on sent que cela n'est pas très bien amené ; on tarde ; on hésite. Enfin, deux heures sonnent à l'horloge du café du Théâtre : Werther se donne un coup de pistolet.
Comme c'est fâcheux. La pièce était galante, gaie, fraîche comme une berquinade, et soudain elle tourne mal. Bien que cette conclusion fut prévue, on l'a peu goûtée. Vraiment on eut préféré qu'Albert fut simplement cocu.
Mmc Sarah Bernhardt créa un Werther admirable, mais son rôle était si faible! M. de Max fut tragique, sauvage, beau, mais son personnage était si inutile !
M. Janvier, M. Gemier et Mme Megard émeuvent profondément.
Les cafés-concerts se négligent. Ce passage de la boucle est insupportable, et ces bicyclistes d'une imprudence...
Juin 1903. ANTOINE. GRAND GUIGNOL. CIGALE.
M. Jules Renard continue de faire des pièces avec ses précieux romans : mais il fait mieux que les négociant» qui se sont enrichis dans l'épicerie et qui vendent en gros. Après avoir longuement amassé de petits matériaux qu'ils nous a montrés tour à tour, et par séries bien ordonnées, comme les horticulteurs le font dans les serres du Cours-la-Reine, il a imaginé de créer des œuvres unes et absolues. Ses essais ont fort bien réussi. Il n'y a plus de petits écritaux sur chaque plante ; les artifices de l'observateur curieux ne se voient plus. L'œuvre, en pleine terre, s'est épanouie.
Qu'on n'aille point croire que l'admirable pièce que jouent si bien MM. Antoine, Signoret, Mœe9 Cheirel, Mieris, est une comédie de jardiniers ; M. Jules Renard n'y traite pas davantage des fumeurs quoiqu'il y semble avoir de tous les grains de tabac de Coquecigrue bourré une pipe définitive.
A la Cigale, des perroquets surpassent, en naturel, bien des Sociétaires du Théâtre français où l'on joue les Affaires sont les Affaires de M. Mirbeau, cette pièce qu'un critique trouvait digne du répertoire et qu'il serait assez plaisant, en effet, de reprendre à l'avenir une fois par mois.
La jeune troupe du Grand Guignol devient excellente et joue une joyeuse comédie de M. Jean Jullien et un drame terrifiant d'après Edgar Poe.
Juillet 1903. — ISADORA D ENCAN. LES DIVERTISSEME.NTS