‹ La bouquinade et autres gaillardisesChapitre 3 sur 48 · Œuvres, 1713, II · texte numérisé non relu

Œuvres, 1713, II

ne lust tres-aise d'abandonner ceste beauté imaginaire qui luy est acquise, pour parvenir à un changement, encores que ce changement soit peut-estre de moindre mérite. Tellement que contre l'opinion de tous ces anciens (je ne diray philosophes, ains escoliers) je tiens pour une règle infaillible, que la variété fait cent et cent fois plus d'opérations en l'Amour que la beauté. Chose que je vous verifieray, non par petites fleurettes, dont les amoureux transis se repaissent, ains par une démonstration très certaine qui naist de la nature d'Amour : lequel les anciens sous l'image de Cupidon voulurent figurer en une perpétuelle enfance, pour nous enseigner que des lors que l'opinion d'un Amour vieillit en nous, c'est la mort. Or, la beauté non seulement se ternit petit à petit, en nos Dames, mais aussi s'ensevelit dans nos pensées sans y penser. Au contraire, la variété ne vieillit jamais en l'homme, elle vest tousjours jeune, de quelque aage et qualité que soyons : et tout ainsi que la nature, mère commune de nous, vit en elle et par elle... aussi fait l'Amour son fils aisné. £t à tant je ne me repentirav jamais de croire qu'elle a beaucoup plus de puissance sur luy, que toutes ces beautez volages que l'on célèbre à crédit ; brief, voulez-vous rendre l'Amour passager, bastissez-le sur une beauté périssable : le voulez-vous rendre perdurable, il le faut^ croyez-m'en, il le faut establir sur la variété, laquelle ne se change jamais en nous, quelque changement que nous esprouvions de nos aages... »

De plus longs commentaires sur Ronsard poète erotique alourdiraient ce petit choix de poésies légères; et, d'ailleurs, M. Paul Laumonier a traité le sujet à fond, dans l'ouvrage que nous avons cité au début de notre Notice, et que tout ronsardisant consulte avec fruit. Il nous resterait à parler de Ronsard poète satyrique, au sujet de la Boiiquinade, si nous ne l'avions déjà fait, notamment dans le Livret de Folastries et les Œuvres Complètes du Sieur de Sigogne. Nous avons cru bon de joindre une pièce bachique à ces poésies galantes, pour demeurer avec Ronsard dans la tradition d'Horace et d'Anacréon, et surtout pour rappeler les Dithyrambes de la Pompe du Bouc de Jodeîle, qui figurent dans les Folastries. Quant à la Médaille d'Antinous et aux sonnets politiques, ils complètent l'idée que l'on se fait de Ronsard père de la Satire en France et maître direct de l'auteur des Tragiques. Nous les avons fait suivre des Sonnets d' Estât, faussement attribués à Ronsard, mais qui portent la marque de son influence, et dont quelques-uns pourraient être de lui : on trouvera des remarques complémentaires les concernant, dans les Notes et Variantes, ainsi que pour la plupart des autres poésies.

Comme dans Le Livret des Folastries. nous donnons d'abord le texte de Ronsard, et renvoyons à la suite l'appareil critique, soit :

1° Bibliographie. — Bibliographie de chaque pièce jusqu'à l'édition de 1617, dernière édition ancienne de Ronsard apportant des pièces inédites. Nous avons cependant mentionné les Recueils satyriques du xvif siècle et deux volumes du xix" : Les Œuvres inédites, publiées par Prosper Blanchemain, et les Gayete:^ et Folûstries, de l'éditeur Gay, parce qu'elles ont mis au jour des pièces inédites attribuées à Ronsard.

2° Variantes. — On trouvera dans cette subdivision toutes les variantes fournies par les éditions mentionnées à la Bibliographie, sauf celles qui ne portent que sur l'orthographe. Nous avons fait précéder ces Variantes de notes succintes sur chaque pièce, quand il y a lieu, et de commentaires historiques ou littéraires dont nous n'avons pas voulu grossir cette Notice.

3° Glossaire. — Il contient les notes biographiques, historiques, mythologiques ou linguistiques, nécessitées par les difficultés de la langue ou l'obscurité des allusions.

L'Appendice contient toutes les pièces gaillardes ou satiriques attribuées faussement à Ronsard, mais que nous croyons utile de mettre sous les yeux du lecteur, afin que ce volume soit aussi complet que possible*.

F. F. et L. P.

I. On trouvera encore à la fin du volume la liste des Errata du Livret de Folastries de P. de Ronsard, un certain nombre d'exemplaires ayant été mis en vente sans l'Indice des Corrections.

LA BOUQ.UINADE

PAR Pierre de Ronsard

Ce petit Diable Dieu, ce Dieu fils de putain,

Fils de ceste \"enus qui couronna Vulcain

D'un chapeau de cocu, d'un panache de cornes,

Non content de son règne, outrepassant les bornes.

Voulut, ambitieux, assubjetir les bois

Et les subjects de Pan à ses paillardes loix.

Des^ia tocquoit aux champs le ribaut la baguesse. Rangeant sous son drapeau l'incestueuse presse Des soldats de Venus qui s'attendoient, hagards. De faire reboucher cent mille braguemards.

Au milieu du conflit, la La'is, plus hardie, Serrant le croupion, brandissoit sa landie ; Messaline bransloit, et les rains chaloureux De la salle Faustine au courage amoureux Culletoient brusquement; là, la putain d'Athènes Tiroit un sperme espois du profond de ses veines. Lors que le Pan cornu. Monarque des bergers. Sentit dedans ces bois venir tant d'estrangers : Il s'estonne en soy mesme, et, pensif, s'émerveille De l'audace d'amour; il secoue l'oreille,

12 LA BOUc^UINADE

Il fronce le sourcil, et ne se peut douter Qu'Amour lui ait voulu son sceptre empiéter. <■< C'est donc à moy, dit-il, c'est donc à moy, follastre, Que tu es adressé pour ma puissance abastre? Non, non, je suis trop fort : mes Satires pelus, Et les scadrons bouquins de mes faunes cornus (*) Te fendront l'estomac. Je ne veux que Philante : Lu}' seul te froissera les membres de sa hante; Philante, mon support, qui, suant et pantois, Ante si bien un coing en la veine d'un bois ». (-) Il finit par ces motz, et, tout soudain, despesche Un viste messager, qui, d'une jambe seiche. Court par devers Philante, à qui servoit de toit Un vieil antre moussu que l'aquilon battoit D'un souffle impétueux, et dont Testroite porte Recevoit des autans l'haleine humide et forte. La pointe d'un rocher, par nature creusé. De fueilles de figuier vertement tapissé, Luy servoit de grabat; et les peaux hérissées Des sangliers enferrés, des biches renversées, Luy servoient de rideaux ; les cailloux aplatis Estoient son porte plat, sa table, et son tapis ; Au milieu de son antre, à la pointe affilée Pendoit un croc chargé de viende salée. Comme le messager dans la spelonque entroit, Il rencontre, estonné, Philante, demy droit, Philante qui avoit la jambe disposée Pour façonner au tour une chaire persée. (^) La jambe luy branloit et alloit accordant Aux cadances du pied son long coing tremblotant, Son coing rouge orangé, dont la perruque grasse Des cheveux d'Absalon la pesanteur surpasse.

« O ! entre les Bouquins, Bouquin tres-glorieux!

Luy dit le messager, Pan, Roy des demy-Dieux

Qui hantent les forests, outragé par l'injure

D'un petit Dieutelet de paillarde nature,

M'envoye devers toy pour avoir le suport

De ce tien braquemard, dont l'estoc roide et fort

A tant de fois percé les rudes penilleres (M

Des Nymphes des forests, des monts, et des rivières,

Et veut qu'à ce besoin tu délaisse ton tour, (■"')

Pour, brave et courageux, aller combatre Amour. »

Lors respondit Philante : « Amour n'a-t-il point crainte

De voir de mes gros bras sa tendre chair estrainte?

Ha! je l'empoigneray et humeray son sang,

Trampant mon coutelas au milieu de son flanc !

Non, non, je m'y en vois ! Mon fils, dis à ton maistre

Que seul en ce combat je me veux entremettre. »

Il s'arme promptement, et, allongeant ses bras, (^)

S'endossa d'un plastron entrempé d'ypocras.

D'un plastron gros et lourd, dont l'estoffe espicée

Fut de eus d'artichaux et pigeons composée ;

Les chauds mirabolans, les lassifs passereaux,

Les cailles, les couillons de coqs et de levraux, (')

Le gingembre confit, la mouche cantaride

Nageoit en ce plastron et dans sa saulce humide. (^)

Son visage il arma de rubis incarnats.

De saphirs violets, et des rouges grenats.

Il n'eut rien sur son chef, son espesse crinière

Le deffendoit assez de toute arme meurtrière.

Du dessus d'un pasté il se fit un bouclier.

Où estoit engravé cest amour qui, premier,

Embrasa le velu de sa dure poictrine

Par l'œil incestueux d'une vieille bouquine.

Puis, comme un serrurier, qui veut mettre un gros clou (^)

Dans le creux entrouvert de quelque petit trou,

Va la pointe gressant d'une vieille chandelle,

Philante, tout ainsi, va graissant l'alumelle

De son V. brise C. d'un crachat jaunissant, (*^)

Qu'il tira du pourri de sa gorge en toussant:

Et, sortant du logis, en filant sa moustache, ( '*)

Il rechauffe son cœur d'une chaude pistache.

Armé de pied en cap. il arpenta les champs,

Et va trouver d'Amour les soldats bravachans.

Qui fremissoient d'ardeur, craignant d'avoir victoire

Sans esprouver leurs nerfs, sans travail, et sans gloire.

Philante, ouvrant les yeux et redressant son bois,

A l'entour de ce camp se promena trois fois; (*^)

Par trois fois, il voulut faucer les baricades,

Et, par trois fois, il vid repoucer ces bravades ;

11 crevé de despit, et, denw furieux,

Il jette parmy l'air ces motz injurieux : C-^)

« Poltrons vuidez de cœur ! veufs d'ame et de courage !

Sortez, lasches guerriers ! que je face un carnage

De vos membres craintifs, et toy, vil Cupidon!

Viens resentir un dard plus fort que ton brandon! />

Qui a veu, à Paris, près la chambre dorée,

Un amas d'Advocats qui se presse à l'entrée,

Attendant ouvrir l'huis, se tirer à Tescart, (**)

Peneux et vergongneux, lors qu'un huissier criart

En vient appeller un entre toute la bande,

Qui, seul pour ceste fois, la grave cour demande, (*^)

En fermant rudement aux autres, estonnez

De n'avoir pas entré, la rude porte au nez :

Il void ces gens d'amour, qui, d'une mine fiere,

S'avansoient à l'envy pour franchir la barrière.

Demeurer esbaïs lors qu'Amour appella

L'impudique Laïs, et en ces mots parla : {^^)

« Laïs, si quelques fois tes mignardes caresses

Des vieillards plus glacez ont rechauffé les fesses ;

Si tu as quelquefois, en un jour, terrassés

De mille champions les rains demy cassés ;

Sy, tousjours de mes feux heureusement servie,

Tu t'es de mille V. glouttement assouvie :

Ne souffre que ce bouq, ce Satyre vainqueur,

Foule aux pieds, aujourd'huy, nostre immortel honneur ;

Oppose aux fiers efforts de sa lance aiguisée (*')

De ton large bouclier la lame non faucee. />

A tant se teut Amour, et Laïs, promptement.

Arma ses beaux atraits d'un souple mouvement.

Ses cheveux, esbranlez de la challeur bouilltinte

•Qu'atiroit en son corps sa nature béante, [^^)

Ne tenoient point de rang, ains, parles vents espars,

Tesmôignoient la fureur de ses désirs paillards ;

Un vent chaut et lassif dans ses veines se pousse.

Qui agitte son sein d'une molle secousse,

•Comme d'un doux zephir le moite flot empli

Mausse et baisse les eaux d'un tour-noiant repli ;

Une albastrine peau, sur son ventre estendue,

Sans rides, sans sillons, faisoit arcer la veue,

— Un ventre aboutissant en un petit gason,

Mollement duveté d'une blonde toison.

Dont les menus fîlets, agencés en pantiere,

De tous V. passagers arrestoient la Carrière ;

La sime de ce mont, chaude, se departoit

En deux bords rougissans, entre lesquels flotoit

Un empoix escumeux, dont la liqueur gluante

Avoit de mille V. nové la soif ardante;

Ib LA BOUQUINADE

Deux cuisses rejoignoient cet amoureux ruisseau (*^)

Qui, brusques, manioient celuy qui de cet eau

Vouloit gouster le miel. S'asseurant sur ses armes,

Dont elle avoit fait preuve aux plus chaudes alarmes,

Elle approche Philante, et Philante, à l'instant,

Qui avoit ja un coup chaut et impatient

Donté dedans sa main, attendant sa demeure

Les fureurs de son V. qui le pressoit à l'heure,

La joint ribaudement, et, tous deux aprochez.

De cuisses et de bras rudement accrochez.

Ils s'estreignent les corps, ils meslent et confondent

Les gluantes humeurs qui dans leurs bouches fondent ; ('^)

Ils souflent des poulmons un souspir haletant ;

Leurs lèvres, de fureur, se vont entrechoquant ;

Pressez et eschauffez d'une exatique flame,

Ils veulent, mais en vain, s'entresuccer leur ame ;

Ils travaillent en vain, en vain font leurs efforts

De penser faire entrer un corps dedans un corps.

Bref, leurs membres, liez de la chaine ferrée

Dont avec le Dieu Mars Venus fut enserrée.

Ne se desjoignent point, que du creux de leur flanc

Ils n'eussent fait couler un long ruisseau de sang. (^*)

Par quinze jours durant, d'une égale balance.

Finit également le combat à outrance :

L'honneur en fut party à ces deux cavalliers.

Mais le seiziesme jour, des doux efforts premiers

Philante s'affoiblit, et sa lance baissée

Sans espoir de dresser resta toute faucee ; {^)

Les ....lions luy pesoient, sa teste chancela ; {^^)

Un voile ténébreux sa paupière silla ;

Le genouil luy varie, et, du fond de ses vaines,

Au lieu de tiède sang les glaces inhumaines

Accourent à son cœur; sa lèvre luy pâlit, Et de ses os persez la mouelle s'enfuit ; (-'*) Il sent faillir son poux, et, tombant sur la terre. Il gémit soubs les faix d'un funèbre caterre, (-■') Oui, ore affoiblissant ses nerfs et son cerveau, Promet en peu de jours de le mettre au tombeau. Au bruit de ce malheur, Pan abaissa ses cornes D'un visage vaincu ; ses yeux sombres et mornes Se fondirent en pleurs, et, en piteuses voix : fi. Il faut, dit-il. Amour, obeïr à tes loix! » Depuis ce grand combat, le Dieu Pan, ses Satires, Ses Faunes chevre-pieds, plains d'amoureux martyres, Errent parmy les bois, par sentiers inconnus, P) Pour les Nimphes renger au mestier de Venus. Depuis, le bergerot, oubliant la conduitte De son camus troupeau, d'une chaude poursuitte Presse, sa Galatee; et, depuis, les rameaux De la vigne lascive embrassent les ormeaux ; Depuis, le froid lierre estroictement enchesne, Eschauffé de l'amour, le ridé tronc du chesne. (-')

l8 GAILLARDISES

DE LA Jb:UNE AMIE d'un sien ami

Ode i^.

Ta génisse n'est assés drue, Aten que ses ans soient venus ; Ne forte assés à la charrue, Ne pour le taureau qui se rue Lourdement aus jeus de Venus.

Ains, meslée avecque les veaus,

Follatre d'une course viste,

Ou dessous les saules nouveaus

Se voitre à l'ombre, ou près des eaus (*)

Les llammes du soleil évite.

Jamais n'endure qu'on la touche, Fuiant à bonds, comme un chevreau, Comme un jeune chevreau farouche Oui, sur le printens, s'escarmouche Par le tapis d'un verd preau.

Ne soi envieus du désir

Des raisins trop vers, car l'Autonne

Les meurira tout à loisir ;

Lors, tu pourras, à ton plaisir.

Manger la grappe meure et bonne.

Le tens, ravissant ton vert âge, Le lui dônra : vêla le point Comme elle croistra davantage, Tirant un gain de ton dommage, Dommage que l'on ne sent point.

Ja me semble que je la voi, Mignarde, en ton giron assise, Te jurer éternelle foi, Et ne sçavoir partir de toi, Tant en toi s'amour aura mise.

De toi pensive et idolâtre.

T'adorera quelque matin ; Je prevoi ta main qui folâtre Desja sur sa cuisse d'albâtre, Et sur l'un et l'autre tetin.

Mais quoi ? pour néant tu pretens De vouloir violenter ores L'inexorable loi du tens.

Qui le plaisir que tu atens Ne te veut pas donner encores.

A LA FONTEINE BELERIE

Je veus, Muses aus beaus 3'eus, Muses, mignonnes des Dieus, D'un vers qui coule sans peine, Loûanger une fonteine.

Sus donq ! Muses aus beaus yeus, Muses, mignonnes des Dieus, D'un vers qui coule sans peine, Loûangeou une fontaine :

C'est à vous de me guider; Sans vous je ne puis m'aider ; Sans vous (Brunettes) ma Lire Rien de bon ne sauroit dire.

Mais, Brunettes aus beaus yeus.

Brunes mignonnes des Dieus, S'il vous plaist tendre ma Lire, Et m'enseigner, pour redire Cela que dit vous m'aurés, (*) Lors, Brunettes, vous m'oirés A nos Françoises oreilles Chanter vos douces merveilles.

O beau crystal murmurant.

Que le ciel est asurant D'une belle couleur blûe.

Où Cassandre, toute nue (^) A mile fois remiré (3) Son front des Dieus admiré, Et sa belle tresse blonde.

Tresse aus Zefirs vagabonde, Comme Cerés émouvant La sienne, aus soupirs du vent; Tresse vraiment aussi belle Que celle d'amour, ou celle Qui va, de crêpes reflôs, Frapant d'Apollon le dos !

C'est toi, belle fontenéte, Où ma douce mignonnéte A miré ses deus beaus yeus, Ainçois deus astres des cieus, Que la gaie Pafienne, (^) La brunete Cyprienne, (^) Sur ceux des Grâces loûroit, Et pour siens les avoûroit, Tant leur mignotise darde D'Amours, à qui les regarde.

C'est toi qui, dis mile fois, As relavé les beaus dois {^) De ma douce Cassandrete (^) Dedans ta douce ondelete :

Dois qui, de beauté veincus,(^) Ne sont de ceus de Bacus, Tant leurs branchetes sont plenes De mile rameuses venes, Par où coule le beau sang Dedans leur ivoire blanc ; Ivoire où sont cinq perlétes Treluisantement grélétes, Ornans les bous fmissans De cinq boutons fleurissans.

C'est toi, douce fonteléte, Qui, dans ta douce ondelete.

As baigné ses deus beaus pies.

Fiés de Tethys déliés, Et son beau cors, qui resenble Aus lis et roses ensenble ;

Cors qui, pour l'avoir veu nu, M'a fait Actéon cornu, Me transformant ma nature En sauvagine figure :

Mais de ce mal ne se deut Mon cœur, puis qu'elle le veut.

C'est toi, douce fonteléte Dont la mignarde ondeléte A cent fois baisé les brins De ses boutons sinabrins, De ses lèvres pourperées, De ses lèvres nectarées, De ses roses, de qui sort Le ris qui cause ma mort. (

C'est toi qui tâtes sa hanche, (*'^) Sa grève, et sa cuisse blanche, Et son ... qui ne fait encor Que se friser de fis d'or. (")

C'est toi, quand la porteflame, La Chienne du ciel, enflame Le monde de toutes pars.

Qui vois les menbres épars (*-) De ma dame, sur ta rive.

Lors que, sur l'herbéte oisive.

Le somme, en ses yeus glissant, Flâte son cors languissant; Et lors que le vent secoue Son sein, où pris il se joue.

Et le fait, d'un dous soufler.

Ralenter, et puis rentier ; (*•*)

Elle, desus ton rivage,

Resenblant un bel image

Fait de Porfîre veneus,

Se n'estoit que ses cheveus (*^)

La découvrent sur ta rive,

Estre quelque Ninfe vive.

Et que les oiseaus perchés.

De leurs cols demipanchés,

En rejergonnant, l'épient,

Et de se tenir s'oblient

Sur la branche, tant l'ardeur

De ses yeus brûle leur cœur,

Et trepignans dedans l'arbre,

Font, desus son sein de marbre,

Ecouler dis mile ileurs,

Fleurs de dis mile couleurs.

Qui tonbent, d'une eau menue, (*^)

Desus sa poitrine nue,

Si bien qu'on ne peut savoir,

A la voir, et à les voir.

Laquelle, ou de la lleurète

Ou d'elle, est la plus douillete.

Vraiment, crystal asuré, Crystal gaiment enmuré D'une belle herbe fleurie, Pour avoir fait à ma mie Un dous chevet de ton bord, Quand, languissante, elle dort :

Je t'asseure, ondete chère.

Que jamais, ainsi qu'Homère,

Noire ne t'apelerai.

Mais toujours je te loûrai

Pour clere, pour argentine,

Pour nette, pour crystaline ;

Et te supli de vouloir,

Ains qu'entrer dedans le Loir

D'une course serpentiere,

Recevoir l'hunble prière

Que je fai desus tes tlôs,

Non indine.de ton lôs, (*<"')

Et de recevoir ces roses

Que je verse, à mains decloses,

Avec du miel et du lait,

Desus ton sein ondelet ;

Et ces beaus vers, que j'engrave

Au bord que ta source lave. (*')

Fille à Tethys, désormais.

Puisses-tu, pour tout jamais, Plus qu'argent estre luisante, Et que la Chienne cuisante, Jamais dedans ton vaisseau Ne face tarir ton eau.

Toujours les belles Naiades, Oreades, et Dryades, S'entreserrans par les mains.

Jointes avec les Sylvains, Puissent rouer leurs caroles Autour de tes rives moles.

Pan, retrepignant menu (*'^) De son argot mi-cornu,

Guidant le premier la dance Au dous son de sa cadance. (*^)

Jamais le lascif troupeau, L'aignelet, et le chevreau Ne broutent tes rives franches ; Ne jamais fueilles, ne branches Ne puissent troubler ton fond, Tonbant d'en-haut sur ton front, Front en qui ma Cytherée {-^) A sa face remirée ; Ne jamais quelque Roland, Epoint d'amour violent, Ne honnisse ta belle onde.

Mais, sans cesse vagabonde.

Caquetant sur ton gravois D'une floflotante vois, Toujours ta course verrée {^^) Se joigne à l'onde Loirée.

Mais adieu, fonteine, adieu !

Tressaillante par ce lieu, V^ous coures, perpétuelle.

D'une fuite paranelle, (--) Vive, sans jamais tarir :

Et je doi bien tôt mourir, Et je doi bien tôt, en cendre, P) Aus chams Elysés decendre.

Sans qu'il reste rien de moi.

Qu'un petit je ne sai quoi.

Qu'un petit vase de pierre Pourira desous la terre. C^'*)

Toutefois, ains que mes veus Quitent le beau jour des cieus, Je vous pri, ma fontelete, Ma doucelete ondelet^, Je vous pri, n'obliés pas, Des le jour de mon trépas, Contre vos rives de dire Que Ronsard, desus sa Lire, N'a vôtre nom dédaigné, Et que Cassandre a baigné P) Sa belle peau doucelete Dans vôtre belle ondelete. {-^)

HINNE A LA NUIT Ode p.

Nuit, des amours ministre, et sergente fidèle (*) Des arrests de Venus, et des saintes lois d'elle.

Qui, secrète, acompaignes L'impatient ami de l'heure acoutumée, O l'aimée des Dieus ! mais plus encore aimée (-)

Des étoiles compaignes, Nature de tes dons adore l'excellence : {^) Tu caches les plaisirs desous muet silence

Que l'amour jouissante Donne, quand ton obscur étroitement assemble Les amans embrassés, et qu'ils tumbent ensemble

Sous l'ardeur languissante,

Lors que l'amie main court par la cuisse, et ores (^) Par les tetins, ausquels ne s'acompare encores

Nul ivoire qu'on voie, Et la langue, en errant sur la joue, et la face, Plus d'odeurs, et de fleurs, là naissantes, amasse (^)

Que l'Orient n'envoie.

C'est toi qui les soucis, et les gennes mordantes. Et tout le soin enclos en nos âmes ardantes, (**)

Par ton présent arraches ; C'est toi qui rens la vie aus vergiers qui languissent, Aus jardins la rousée, et aus cieus qui noircissent

Les idoles attaches.

Mets, si te plaist, déesse, une fin à ma peine, Et donte sous mes braz celle qui est tant pleine (')

De menasses cruelles, Affin que de ses yeus (yeus qui captif me tiennent) Les trop ardens flambeaus plus brûler ne me viennent

Le fond de mes mouelles.

A CASSANDRE FUIARDE Ode 8.

Tu me fuis d'une course viste, (*) Comme un fan qui les loups évite, Allant les mammelles chercher De sa mère, pour se cacher, Sautelant de fraieur, ce semble, P) Si un rameau le vient toucher :

(lAILLARDISES

Car, pour le moindre bruit que face D'un serpent la glissante trace, Et de genous, et de cueur tremble ; Mais ma vie, et mon ame ensemble {^) Ne laissent de suivre tes pas :

Comme un lion je ne cour pas (*) Apres toi, pour te faire outrage.

Mets donc, ma mignonne, un peu bas La cruauté de ton courage.

Et toi, ja d'âge pour te fandre, (^) Laisse ta mère, et vien aprendre Combien l'amour donne d'esbas.

SONNET

Ores l'effroi et ores l'espérance, (*) Deçà,, delà, se campent en mon cœur ; (-) Or l'une vainq, ores l'autre est vainqueur, (^) Pareils en force et en persévérance.

Ores douteus, ores plain d'asseurance.

Entre l'espoir et le froid de la peur, (^) Heureusement de moi mesme trompeur, Au cœur captif je promets délivrance.

Verrai-je point, avant mourir, le tans Que je tondrai la fleur de son printans, Sous qui ma vie à l'ombrage demeure?

Verrai-je point qu'en ses bras enlassé, De trop combatre honnestement lassé, (^) Honnestement entre ses bras je meure?

Petit nombril, que mon penser adore, Non pas mon œil, qui n'eut onques ce bien ; (*) Nombril de qui l'honneur mérite bien Qu'une grand' vile on lui bastisse encore. {^)

Signe divin, qui divinement, ore, {^) Retiens encor l'Androgyne lien, Combien et toi, mon mignon, et combien Tes flancs jumeaus folastrement j'honore ! {'')

Ni ce beau chef, ni ces yeux, ni ce front,

Ni ce dous ris, ni cette main qui fond ("')

Mon cœur en source, et de pleurs me fait riche.

Ne me sauroient de leur beau contenter, C")

Sans espérer quelque fois de tâter

Ton paradis, où mon plaisir se niche. ('')

SONNET

Quand en songeant ma follâtre j'acolle, Laissant mes flancs sus les siens s'alonger, Et que, d'un branle habilement léger, En sa moitié ma moitié je recolle :

Amour, adonc, si follement m'affolle, Ou'un tel abus je ne voudroi changer, Non au butin d'un rivage étranger, Non au sablon qui jaunoie en Pactole.

Mon dieu, quel heur, et quel contentement, M'a fait sentir ce faus recollement, Changeant ma vie en cent metamorfoses !

Combien de fois, doucement irrité, (*)

Suis-je ore mort, ore resuscité.

Entre cent lis et cent vermeilles roses !

SONNET

Heureuse fut Tétoile fortunée Qui d'un bon œil ma maitresse aperceut î Heureus le bers, et la main qui la seut Emmailloter, alors qu'elle fut née! (*)

Heureuse fut la mammelle emmannée De qui le lait premier elle receut!

Et bienheureus le ventre qui conceut Si grand'beauté, de si grans dons ornée! (^)

Ileureus les chams qui eurent cet honneur (^) De la voir naitre, et de qui le bonheur L'Inde et l'Egypte heureusement excelle !

Heureus le fis dont grosse elle sera !

Mais plus heureus celui qui la fera

Et femme et mère, en lieu d'une pucelle !

SONNET

Ces flots jumeaus de lait bien époissi Vont et revont par leur blanche valée, Comme à son bord la marine salée, Qui lente va, lente revient aussi.

Une distance entre eus se fait, ainsi Qu'entre deus monts une sente égalée, En tous endroits de neige dévalée, {*) Sous un hiver doucement adouci.

Là, deus rubis, haut élevés, rougissent, Dont les raions cest ivoire finissent, De toutes pars, uniment arrondis ;

Là, tout honneur, là, toute grâce abonde. Et la beauté, si quelqu'une est au monde. Vole au séjour de ce beau paradis.

LES BACANALES

ou LE FOLATRIME VOIAGE d'hERCUEIL

près Paris, dédié à la joieuse troupe de ses compagnons.

Fait Van 1^49.

Amis, avant que l'Aurore (*)

Recolore D'un bigarrement les cieus, Il faut rompre la paresse

Qui vous presse Les paupières sur les yeux.

Dormes donc, or' que la Lune,

La nuit brune, Traine de ses noirs chevaus ; Dormes donc, ce pendant qu'elle

Enmielle Le plus amer de vos maus. (-)

Dormes donc, dormes encores, Ores, ores, (^)

Que tout languit en séjour, (*) Sillés d'une nuë obscure

L'ouverture De vos 3'eus, jusques au jour, r^)

lô, j'enten la brigade, C^)

J'oi l'aubade De nos conpains enjoués, (') Oui, pour nous éveiller, sonnent

Et entonnent Leurs chalumeaus enroués.

J'entroi déjà la Guiterre,

J'oi la terre Retrepigner durement (^) Desous la libre cadance

De leur dance.

Qui se suit folâtrement. (^)

Sus ! Abel, ouvre la porte, (*'*)

Sus ! qu'on porte (") Devant ce troupeau divin Maint flacon, mainte gargouille, (*'^)

Mainte endouille, Espérons à picquer vin.

Dieu gard la savante trope,

Calliope Grave au ciel vôtre renom, (*-^) Bellai, Baïf, et encores

Toi, qui dores La France en l'or de ton nom.

Le long des ondes sacrées^

Par les prées, Ombragés des saules verds, (*^) A l'envi des eaus jazardes, {^■')

Trepillardes, L'un après l'autre en vos vers ; (

Ou bien, levant la pensée (*^

Elancée, D'un ardeur qui vaudra mieus :

Vous redirés quelles choses

Furent closes Dans le Chaos ocieus.

Vous dires le chaut, les glaces,

Quelles places Phebus ne daigne alumer, Et pourquoi les jours s'alongent,

Ou se plongent Plus tardis dedans la mer.

Mais m^oi, dont la basse Idée (*-^)

N'est guLûdée Dessus un cable si haut, Qui ne permet que mon âme

Se r" enflamme De l'ardeur d'un feu si chaut :

En lieu de telles merveilles,

Deus bouteilles Je prendrai sus mes rougnons, (^^)

Et ce Ilanap à double anse,

Dont la panse Sert d'oracle aus compagnons.

\'oiés Urvoi qui enserre

De lierre Son flacon gros de vin blanc, (-o) Lequel, porté sur l'épaule, (■*)

D'une gaule, Lui pendille jusqu'au liane!

A veoir de celui la mine

Qui chemine.

Seul parlant à basse vois.

Et à veoir aussi la moue

De sa joue, C'est le bon Tlienot Guilois. (-)

Je le voi comme il galope,

Par la trope.

Un grand âne sans licol; Je le voi comme il le flate,

Et lui grate Les oreilles et le col.

Ainsi les pasteurs de Troie,

Par la voie, Guidoient Silène monté.

Portant les lois de sa teste,

Et sa teste Qui lui panchoit d'un costé.

Abel le suit à la trace, i--^)

Qui ramasse Ses flacons tonbés à bas, Et les fleurs que son oreille

Qui sommeille Laisse choir à chaque pas.

Ore cet Abel le touche, {-'*)

Or la bouche 11 lui ouvre, ore dedans Met ses dois, puis les retire.

Et pour rire Ils se rechignent des dens. (-^)

lô, voici Harteloire, (-^)

Dont la gloire Monte au ciel d'un roide vol.

Et Latan, qui l'aconpaigne.

Voire, et daigne Contrefaire un jour le fol.

Des Mireurs seul nous regarde,

Etprent garde. D'un œil expérimenté, Que tel débaus ne nous tronpe,

Et ne ronpe L'acord de nôtre santé.

Voici Ligneri, qui pousse.

De son pouce.

Les nérs du lut inmortel ;

Et Capel, qui ne peut plaire

Au vulgaire, Ni le vulgaire à Capel.

lô, iô, trope chère,

Quelle chère Ce jour ameine pour nous !

Parton-donq, or' que l'Aurore

Est encore Dans les bras de son épous.

Ore donque, que l'Aurore (-')

Est encore Dans les bras de son épous, Parton, ains qu'elle flanboie,

Et qu'on voie Son grand flanbeau dessus nous. (^^)

S'il nous voit parmi la plaine,

A grand'peine Les chams nous seront plaisans.

Tant l'ardente Canicule

Lui rebrule De son front les rais cuisans.

Laisson au logis ces femmes,

Par les flammes La Cyprienne éviton :

Ensemble, la Paphienne (-^)

Et la Chienne Nous envoiroient chés Pluton.

38 CxAILLARDISES

Mais animon ces bouteilles, (•'")

Ces corbeilles Achernon de janbons gras, De pâtés, de pains d'épices,

De saussisses.

De boudins, de cervelas.

Cliacun préne son espée, P)

Equipée Pour se revenger le dôs, De peur qu'une fiere audace (•'-)

Ne nous face Les coupables de Minos.

Gardon, amis, qu"on ne tonbe

Dans la tonbe, {^^) Séjour aveugle et reclus :

Depuis qu'une fois la vie

Est ravie, Les Seurs ne la filent plus.

lô. comme ces saulaies (^*)

Et ces haies Sentent Thumide fraicheur, Et ces herbes, et ces plaines, .

Toutes pleines De rousoiante blancheur !

Que ses rives écumeuses

Sont fumeuses.

Au premier trait de Phebus !

Et ces fontainieres prées

Diaprées De mile tapis herbus I

lô, que je voi de roses

Ja décloses.

Dans l'Orient flanboiant : (■'"') A veoir des niies diverses

Les traverses, A^oici le jour ondoiant.

Voici l'Aube safranée,

Qui, ja née, Couvre d'œillés et de fleurs Le ciel, que le jour desserre.

Et la terre De rosées et de pleurs.

Debout donq, Aube sacrée, ("^'')

Et recrée De ton beau front ce troupeau, Qui, pour toi, pend à la gaule

De ce saule.

D'un coq aime-jour la peau !

Tire, Ninfe vagabonde, {^)

Hors de l'onde Un Soleil qui ne soit pas Perruque d'un feu qui jette

Sa sagette Trop ardentement à bas.

Ainsi, Cephale amiable,

Pitoiable Soit toujours à ton désir ; Ainsi puisses-tu sans cesse,

Ma déesse.

Nue entre ses bras gésir! {^^)

Quoi ! flamboiante couriere,

Ma prière Tu mets donques à mépris?

Aimer puisses-tu sans cesse,

Tronperesse, De Tithon les cheveus gris !

Vous qui avés la chair tendre.

Il faut prendre Et la coife et le chapeau, De peur que la Canicule

Ne vous hrule La trop délicate peau P)

Armés de lueilles vos testes, ('*•')

En cent crestes.

Et de peur d'enpeschement, Avalés bas la botine

Marroquine, Pour aler plus fraischement,

Evoé ! Père, il me semble

Que tout trenble D'un branlement nonpareil

Et que je voi, d'un œil trouble,

Le ciel double Doubler un autre Soleil.

Evoé ! donteur des Indes,

Que tu guindés Mon cœur bien haut, Eldean !

Tu lui dis quel sacrifice'

Est propice A ton autel Lenean.

Avienne qu'orné de vigne

Je trépigne, Toujours vilant Evoé ! (^M Et que je dance sans cesse

Par ta presse, Au son du cor enroué !

Tes coulevres innocentes {''-)

Sont glissantes Sus mon chef plein de leurs neus, Et ton Thyrse, lance forte,

Gai, je porte.

Par tes Thiases vineus.

Parmi la barbare Thrace,

A ta trace, Je sui tes pas dérobés, Le long des secrés rivages.

Tous sauvages De lierres recourbés.

Je voi Silène qui entre

Dans un antre ; (^3) J'oi les bois émerveillés ; Je le voi, sus l'iierbe fraische^

Comme il presche Les Satvres oreilles.

Evoél Den3's, tenpere,

Thebain père, Tenpere un peu mon erreur^ Tenpere un peu ma pensée

Insensée, Du plaisir de ta fureur.

Ce n'est pas moi qui te taxe^

Roi de Naxe, D'éjarter le Tliracien, Ni d'avoir au chef la mitre,

Ni le titre Du Trionfeur Indien.

Mais bien c'est moi qui te loue.

Qui t'avoue Pour un Dieu, d'avoir planté L'heureuse vigne féconde, (^^)

Dont le monde Est si doucement tenté ;

Qui, comme une âpre guerrière, {^)

En arrière Chasse des hommes bien loin.

Non l'amour doucement veine, (*^)

Mais la peine, Mais le travail et le soin.

Je voi cent bestes nouvelles,

Pleines d'ailes, Sus nos testes revoler, Et la main épovantée

De Penthée Qui en vain les suit par l'air. (")

Evan ! que ta douceur folle i}'i

Me ra folle De vineus étourbillons !

je ne voi point d'autres bestes

Sur nos testes Qu'un scadron de papillons.

Leurs ailes, de couleurs maintes

Sont dépeintes ; Leur front en deus trais se fend, Et leur bouche bien petite

Contr'imite Le mutle d'un Elefant.

Sus ! amis, par céte rive, (^^)

Que l'on suive (^*) L'ombre des ailés troupeaus ; Qu'étourdis on les atterre

Contre terre, A petis cous de chapeaus.

Lequel aura la victoire,

Et la gloire D'avoir conquis le plus beau, Qui tout doré sert de guide,

Par le vuide, A cet escadron nouveau?

Lequel pendra de la beste (^-)

La conqueste, Pour trophée de bon heur?

Celui, vraiment, sera dine

Qu'un bel hinne Dorât chante à son honneur.

lô, comm' il prend la fuite !

Nôtre suite Ne le sauroit ofencer, Si le plus gai de la trope

Ne galope Plus tôt, pour le devancer.

Ha ! je l'avoi, sans sa voie (■'^)

Oui ondoie.

D'un voler bien peu certain, Et sans l'erreur de son onde

Vagabonde, Qui s'est moqué de ma main ; (^'*)

Et sans une vigne entorse,

Oui la force A soustraite de mes pas.

Et m'a- fait prendre bedaine

Sus la plaine, Adenté tout plat à bas.

Teleph' sentit, en la sorte,

La main forte Du Grec qui le conbatit, Quand au milieu de la guerre,

Contre terre Un cep tortu l'abatit.

lô, regardés deriere

La poudrière Que Berger écarte au vent, Tant en courant il s'élance.

Et s'avance Pour l'afronter par devant.

Mais, mais voies, voies comme

Il l'assomme [^^) Mort sus la rive étandu, Et comme l'aile et la teste

De la beste Dans un saule il a pendu ! (•^^)

Ja la dépouille captive,

Céte rive Honore, et ces saules vers, Et ja leur écorce verte

Est couverte Du long cerne de ces vers :

Je, Berger, plein de vitesse, (•'')

Par hum blesse, Aux DiEUs Chevrepiés j'appens Céte despouille conquise.

Par -MOI prise.

En l'âge de cinquante ans. (■'^)

Père, que ta verve douce

Me repousse En un dous afolement, Plus fort que devant, ta rage,

Le courage Me chatouille doucement. (^)

De ces chênes, goûte à goûte.

Bas dégoûte, (^^'i Ce me semble, le miel rous..

Et ces beaus ruisseaus qui roulent, (^*]

Tous pleins coulent De Nectar, et de vin dous.

Amis, qu"à teste panchée,

Estanchée Soit nôtre soif la dedans ; Il faut que leur vin apaise

Céte braise (^-) Qui cuit nos gousiers ardans.

Boivon leurs ondes sucrées, C^^)

Consacrées Au Dieu qui nous point ^le cœur;

Sondon leurs vagues profondes,

Toutes blondes D'une vineuse liqueur.

Que chacun de nous i entre

Jusqu'au ventre, Jusqu'au dos, jusques au front; Que chacun sonde et resonde

La douce onde Qui bat le plus creus du fond.

Voies Urvoi qui s'élance

Sur la pance, Tout vêtu, dans le ruisseau, Et voies comme il barbouille,

En grenouille, Dessous les vagues de l'eau!

Suivon le saint trac humide

De ce guide; Elançon nous comme lui, Et lavon dans cette rive, C^^j

En l'eau vive, Pour tout jamais nôtre ennui.

Que l'homme est heureus de vivre.

S'il veut suivre Ta folie, ô Cuisse-né, Qui tes temples environnes, (^)

Pour couronnes, D'un verd panpre raisiné I

Sans toi, je ne voudrois estre

Dieu, ne maistre Des Indiens, ne sans toi, De Thebes Ogygienne,

Cité tienne, Je ne voudrois estre Roi ;

Sans toi, di-je. race belle

De Semele, Sans toi, di-je, Nyséan, Sans toi, qui nos soins efaces

De tes tasses.

Père, Evien, Lyéan.

Mais laisson, troupe gaillarde, (^^)

L'eau mignarde ; Hâton plus menu le pas, Céte chaleur âpre et grande

Nous conmande De ne nous arrêter pas.

Sus ! conduises d'une aubade (^')

La brigade, O vous, chantres honorés.

Qui tenés, en ce bas estre,

Vôtre naistre D'Apollin aus crins dorés !

Mon Dieu 1 que céte musique

Angélique Fiche mes espris béans, (^)

En ces ménétriers qui sonnent

Et entonnent Les sains cornés Idéans !

Que ces flûtes qui douchantent

Me contentent De leurs acors discordans !

Certes, la musique douce

Seule pousse De nos cœurs les soins mordans. (^^)

lô, je voi la valée

Avalée Entre deux tertres bossus, Et le double arc qui enmure

Le murmure De deus ruiselés moussus.

C'est toi, Hercueil, qui encores

Portes, ores, D'Hercule l'antique nom, Qui consacra la mémoire

De ta gloire Aus labeurs de son renom.

Je salue tes Dryades,

Tes Naiades, Et leurs beaus antres conneus, Et de tes Satyres pères

Les repaires, Et tes Faunes front-cornus. ("")

Chacun ait la main armée

De ramée, Chacun, d'une gaie vois, Assourdisse les canpagnes,

Les montagnes, Les eaus, les prés, et les bois.

Ja la cuisine alumée

Sa fumée Fait tressauter jusque aus cieus, Et ja les tables dressées

Sont pressées De repas délicieus.

Cela, vraiment, nous invite

D'aler vite.

Pour apaiser un petit La furie véhémente

Qui tourmente Nôtre aboiant apetit.

Dessus nous pleuve une nue

D'eau menue.

Pleine de lis et de fleurs ; Qu'un lict de roses on face

Par la place.

Bigarré de cent couleurs.

Qu'on prodigue, qu'on répande

La viande, D'une libérale main.

Et les vins, dont l'ancienne

Memphienne Fétia le mol Rommain. ("')

Douce rosée divine, ('-)

Angevine, Bacus sauve ta liqueur !

L'amitié que je te porte

Est tant forte Que je l'ai toujours au cœur.

Je veus que la tasse pleine

Se promeine Tout au-tour, de poin en poin, Et veus qu'au fond d'elle on plonge

Ce qui ronge Nos cer\'eaus d'un traistre soin, p)

Ores, amis, qu'on n'oublie

De l'amie Le nom, qui vos cœurs lia, Qu'on vuide autant céte coupe,

Chère troupe.

Que de lettres il i a.

Neuf fois, au nom de Cassandre,

Je vois prendre Neuf fois du vin du flacon, Afin de neuf fois le boire.

En mémoire Des neuf lettres de son nom.

lô, qu'on boive 1 qu'on chante ! ('*)

Qu'on enchante La dent des soucis félons !

La Vieillesse larronnesse

Ja nous presse Le derrière des ttilons.

lô, Garçon, verse encore,

Que j'honore D'un sacrifice joieus, Céte belle onde verrée,

Consacrée Au plus gai de tous les Dieus.

Que l'on charge toute pleine p)

La fontaine De gros flacons surnoùant ; ('^) Qu'en l'honneur de lui, maint verre (")

Mi-plein, erre.

Sus les vagues se rouant. ('^)

Evan ! ta force divine

Ne domine Les hommes tant seulement, Elle étraint de toutes bestes

Toutes testes, D'un éfort, également. ("^)

Voiés-vous céte grenouille,

Qui gazouille, Yvre, sus le haut de l'eau,

Tant l'odeur d'une bouteille

(Grand'merveille !) (^) Lui enchante le cerveau?

Comm' elle, du vin surprise,

Est assise Sur nos flacons entr'ouvers !

Comme sus l'un, et sus l'autre.

Elle veautre Son cors flotant à l'envers !

Mais tandis que céte beste

Nous arreste, lô, compains, n'oiés vous (^*) De Dorât la vois sucrée.

Qui recrée Tout le ciel, d'un chant si dous ?

lô, iô, qu'on s'avance :

Il conmence Encor à former ses chans, Célébrant en vois Romaine

La fontaine, Et tous les Dieus de ses chans. ('^^)

Préton-donq à ses merveilles

Nos oreilles ; L'entusiasme Limosin Ne lui permet rien de dire

Sur sa lire Oui ne soit divin, divin.

lô, iô, quel dons stile

Se distile Parmi ses nonbres divers, Nul miel tant ne me recrée

Que m'agrée Le dous nectar de ses vers.

Quand je l'enten, il me semble

Que l'on m'enble Mon esprit, ravi soudain, (^^) Et que loin du peuple j'erre,

Sous la terre, Avec l'ame du Thebain.

Avecque l'ame d'Horace,

Telle grâce Se distile de son miel, (^) Et de sa vois Limosine,

Vraimept dine D'estre Serene du ciel.

Ha, Vesper! bnmette étoile, Qui d'un voile C^-^)

Par tout enbnmis les ci eus,

Las ! en ma faveur encore N-e décore

Ta grand voûte de ses yeus. (

Tarde un peu, noire couriere, (■''')

Ta lumière, ''^'^■'■

Pour ouir plus longuement

La douceur de sa parole,

Qui m'afole D'un si gai chatouillement.

Quoi? des astres la compaigne, (^

Tu dédaigne Mon prier, et san séjour, Devant l'heure tu tlanboies,

Et envoies Sous les ondes noire jour?

Va ! va ! jalouse, chemine ;

Tu n'es dine, Ni tes étoiles, d'oûir Une chanson si parfaite,

Qui n'est faite Que pour les Dieus éjoûir l

Donque, puis que la nuit sonbre^

Pleine d'onbre, Vient les montagnes saisir, Retournon, troupe gentille.

Dans la vile.

Demi soûlés de plaisir.

Jamais l'homme, tant qu'il meure, ^

Ne demeure ]

Fortuné parfaiteiDent : . \

Toujours avec la liesse

La tristesse '

Se m'él;e secrètement.. ... :

SONNET

Pleut-il à Dieu n'avoir jamais tâté (*)

Si follement le tetin de m'amie !

Sans lui, vraiment, l'autre plus grande envie, (-)

Hélas ! ne m'eut, ne m'eut jamais tante.

Comme un poisson, pour s'estre trop hâté, Par un apât suit la fin de sa vie.

Ainsi je vais où la mort me convie.

D'un beau tetin doucement apâté.

Oui eut pensé que le cruel destin Eut enfermé sous un si beau tetin Un si grand feu, pour m'en faire la proie?

Avisés donc quel seroit le coucher

Entre ses bras, puis qu'un simple toucher (^)

De mile mors, innocent, me foudroïe. {'*)

SONNET

Ha ! Seigneur dieu ! que de grâces écloses (*) Dans le jardin de ce sein verdelet.

Enflent le rond de deus gazons de lait, Où des Amours les flèches sont encloses !

Je me transforme en cent métamorphoses, Quant je te voi, petit mont jumelet, Ains du printans un rosier nouvelet, Qui le matin bienveigne de ses roses. (-)

S'Europe avoit l'estomac aussi beau, De t'estre fait, Juppiter, un toreau, {^) Je te pardonne. lié! que ne sui'-je puce?

La baisotant, tous les jours je mordroi Ses beaux tetins, mais la nuit, je voudroi Que rechanger en homme je me pusse.

SONNET

Je voudrois estre Ixion et Tantale, Dessus la roue, et dans les eaus, la bas, Et quelque fois presser entre mes bras (*) Cette beauté qui les anges égale.

S'ainsin étoit, toute peine fatale Me seroit douce, et ne me chaudroit pas. Non d'un vautour fussai-je le repas, Non qui le roc remonte et redevale.

Lui tâtonner seulement le tetin (-) Echangeroit l'obscur de mon destin (^) Au sort meilleur des princes de l'Asie ;

Un demidieu me feroit son baiser ;

Et flanc à flanc entre ses bras m'aiser, (

Un de cens la qui mengent l'Ambrosie.

SONNET

Je veus mourir pour tes beautés, Maistresse ; Pour ce bel œil, qui me prit à son hain ; Pour ce dous ris ; pour ce baiser, tout plein D'ambre, et de musq, baiser d'une Déesse.

Je veux mourir pour cette blonde tresse ; Pour l'embonpoint de ce trop chaste sein ; (' Pour la rigueur de cette douce main.

Qui, tout d'un coup, me guérit et me blesse

Je veus mourir pour le brun de ce teint ; Pour ce maintien qui, divin, me contreint (- De trop aimer ; mais, par sus toute chose,

Je veux mourir es amoureus cOmbas, (^j Souflant l'amour, qu'au cœur je porte enclose, (^) Toute une nuit au millieu de tes bras.

D'UNE COURTIZANNE A VENUS

Si je puis ma jeunesse folle, ]

Hantant les hordeaus, garentir |

De ne pouvoir jamais sentir .

Ne poulains, chancre, ne vérole :

O Venus ! de Bacus compaigne, !

A toi je promets, en mes vœus, Mon éponge, et mes faus cheveux, Mon fard, mon miroer, et mon paigne.

LES DONS DE JAQUET A ISABEAU

Si tôt, ma doucette Isabeau,

"Que TAube, à ta couleur semblable, {^]

Aura chassé dehors l'étable.

Parmi les chams, nôtre troupeau ;

Au marché porter il me faut (Ma mère Janne m'i envoie) Nôtre grand Cochon, et nôtre Ojc, Qui, le matin, crioit si haut.

Tu veus que j'achette pour toi Une ceinture verdelette, Et une bague joliette, Pour en orner ton petit doi.

Tu veus l'épingler de velous,

Et une bourse, toute telle

Qu'a Toinon, la Sœur de Michèle,

Qui vient aux chams avecque nous.

Bien, à mon retour du marché, Tu les auras, pourveu, bergère.

Qu'au premier somme de ta mère, Quand le mâtin sera couché,

(Si l'amour de Jaquet tu sens (^) T'ardre les mouëlles tendrettes) Seule, derrière ces coudrettes.

Tu viennes quérir mes presens.

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