CHANSON
A ce malheur...
M. Paul Laumonier doute de l'authenticité de cette chanson, « bien, dit-il, qu'elle ait été réim-
primée au nombre des œuvres authentiques de Ronsard dans les quatre éditions postérieures à 1017 (1O23, 102Q, 1807, iSq;;). // L'éminent critique fait encore valoir qu'elle ne figure dans aucune édition contemporaine du poète, et que son rythme est étranger à la métrique de la Pléiade. Il est, en effet, bien antérieur. Cf. Paul Laumonier, Ronsard Poète Lyrique, 240-241 ; Tableau Chronologique des Œuvres de Ronsard, jb ; Œuvres complètes, Lemerre, iqiQ, t. VI, Ahites, q-j.
SONNET
// nie desplaist beaucoup...
Les deux notes de Pierre de l'Estoille concernant les trois sonnets de Ronsard seraient une preuve suffisante de leur authenticité, car fauteur des Mémoires-Journaux était aussi bien renseigné qu'au xvii" siècle Tallemant des Réaux. De plus, sa scrupuleuse honnêteté ne lui aurait point permis d'écrire à la légère. Cependant, comme il reste un doute dans certains esprits, il est bon de rappeler que le père des Satyriques français, déjà invité par Charles IX à s'exprimer ouvertement, offrit ses services à Henri III, dans les Estrenues présentées en 1574, et publiées dans les Elégies en 1378 :
K Sire, voicy le mois où le peuple romain, Qui tenoit tous le monde enclos dedans la main, Donnoit aux serviteurs, par manière de rire, Congé de raconter tout ce qu'ils vouloient dire.
\OTES ET VARIANTES
Donnez-moi (s'il vous plait) un semblable congé, J'ay la langue de rongne et le palais mangé ; Il faut que je les frotte ou il faut que je meure, Tant le mal grateleux ne démange à tout' heure. Puis voicy le printemps où se purge un chacun, 11 faut que mon humeur se venge sur quelqu'un ; Mais je ne puis sans vous ; sans votre faveur, sire, Je n'ose envenimer ma langue à la satyre. Si est-ce que la rage et l'ulcère chancreux Me tient de composer; le mal est dangereux Qui desplaist à chacun ; mais si je vous puis plaire, Il me plaist, vous plaisant, d'escrire et de desplaire.
Je feray comme un ours que le peuple aiguillonne.
Qui renverse la tourbe et mord toute personne.
De grand ny de petit ne me donnant souci.
Si l'œuvre vous agrée, et qu'il vous plaise ainsi.
J'ay trop long temps suivi le mestier héroïque.
Lyrique, elegiaq' ; je seray sat3'rique,
Disoy-je à vostre frère, à Charles mon seigneur,
Charles qui fut mon tout, mon bien et mon honneur.
Ce bon Prince en m'oyant se prenoit à sourire.
Me prioit, m'enhortoit, me commandoit d'escrire.
D'estre tout satvrique instamment me pressoit.
Il n'y a ny rheurbarbe, agaric, ny racine. Qui puisse mieux purger la malade poitrine De quelque- patient fiévreux ou furieux, Que fait une satyre un cerveau vicieux.
Ronsard avait déjà écrit un si grand nombre de satires qu'on en pourrait former un gros volume, et l'on sait que quelques-unes sont perdues, comme
la Dryade violée et la Truelle crossée. Du reste, dans son Discours de la Vie de Ronsard, Claude Binet dit formellement que Charles IX lui permit non seulement « d'escrire en satyres indifféremment contre telles personnes qu'il sçauroit que le vice devoit accuser», mais encore qu'il s'offrit «mesme à n'en estre exempt, s'il voyoit qu'il y eust chose à reprendre en luy. >/ (Cf. éd. Laumonier, Hachette iQio, 26). Mais Ronsard ne publia point toutes les satires qu'il avait écrites sous le règne de Charles IX et d'Henri ÏH. Il dit à Binet « que l'on n'en verroit jamais que ce qu'on en avoit veu, le siècle n'estant digne ny capable de correction.// (Ib. 40-41). Voir aussi. Œuvres complètes, Lemerre, F. VIII, Notice de M. Paul Laumonier, 202, 246-47.)
Henri III ne se souciait guère des Satires pour aider à la police de son royaume, et sans doute les craignait-il personnellement, comme il apparaît par la suppression que Ronsard fit de huit vers des Estrennes de 1578, vers qui s'adressaient aux Mignons et touchaient le roi lui-même :
Si quelque dameret se farde ou se desguise,
S'il porte une putain au lieu d'une chemise,
Atifé, gaudronné, au collet empoizé,
La cape retroussée et le cheveu frizé.
Si plus je voy porter ces larges verdugades,
La coiffure ehontée et ces ratepenades.
Ces cheveux empruntez d'un page ou d'un garson;
Si plus des estrangers quelqu'un suit la façon.
Qu'il craigne ma fureur...
Le roi pensa donc détourner la verve satirique de
Ronsard en le chargeant, avec Pybrac, Doron, Ponthus de T3^ard, Baïf, Desportes, du Perron et d'Aubigné, d'écrire des discours pour l'Académie du Palais. Courtisan malgré lui, le poète dut obéir, et même déplorer par ailleurs la mort des Mignons. Mais il est naturel que son aigreur se soit manifestée en secret dans les trois sonnets de l'Estoille ; il ne pardonnait point au roi de ne lui avoir pas conservé la place prépondérante qu'il occupait sous Charles IX, de se montrer avare de bénéfices, et de préférer à la Poésie des occupations frivoles et des plaisirs réprouvés.
Pour toutes ces raisons, et deux autres encore, que fournissent d'une façon presque probante, les vers 12 et Q des sonnets i et 2, l'authenticité de ces trois pièces ne ferait guère de doute pour nous, si notre certitude n'était fondée sur la déclaration de Pierre de l'Estoille.
Blanchemain s'est contenté de signaler les trois sonnets, et Marty-Laveaux, qui ne les croyait pas de Ronsard, n'a cité que quelques vers des deux premiers. M. Paul Laumonier les a reproduits dans le tome VI des Œuvres complètes, Lemerre, igiQ : Pièces Diverses attribuées à Ronsard, 487- 488. Cf., du même ; Tableau Chronologique, 81; Œuvres, 191g, Notes, VIII, 102.
(') Ce vers manque dans le ms. 488.
(^) Mon visage, d'ennuy, s'enjaunit et dessèche.
(Ms. 1OO2.) (^) Que de faire un Néron de sa propre semence,
(Ms. ibt)2.)
SONNET
Adieu, Cous rondelets...
(*) Correction. Tous les textes portent : Et, comme un Castor, chevauclier le derrière ;
(-) Ce vers devrait se rétablir ainsi, selon nous : Lors qu'il fout dans les Culs, qui sont Cons estrecis.