‹ La bouquinade et autres gaillardisesChapitre 6 sur 48 · ODELETTE A SA JEUNE MAITRESSE · texte numérisé non relu

ODELETTE A SA JEUNE MAITRESSE

Pourquoi, comme une jeune Poutre, De travers guignes tu vers moi ?

Pourquoi, farouche, fuis tu outre.

Quand je veus aprocher de toy?

Tu ne veus pas que l'on te touche, (*) Mais si je t'avoi sous ma main, (-) Asseure toi que dans la bouche Bien tost je t'aurois mis le frain.

Puis, te voltant à toute bride, Soudain je te ferois au cours, (■^) Et te piquant, serois ton guide Dans la carrière des Amours. (^)

Mais par l'herbe tu ne fais ore •"•) Que suivre des prés la fraicheur.

Pource que tu n'as point encore Trouvé quelque bon chevaucheur.

EPITAFE DE THOMAS.

La volupté, la gourmandise, Le vin, et le discord aussi, (*) Et l'une et l'autre paillardise.

Avec Thomas gissent ici.

En lieu d'une moisson partie D'entre les fleurs du renouveau, Toujours le chardon, et l'ortie.

Puisse egrafiner son tombeau 1

SONNET

Marie, à tous les coups vous me venez reprendre : ') Que je suis trop léger, et me dites tousjours. Quand je vous veus baiser, que j'aille à ma Cassandre, (-) Et tousjours m'apellez inconstant en amours.

Je le veus estre aussi ; îes hommes sont bien lours (^) Qui n'osent en cent lieux neiïve amour entreprendre ; [''} Cétui-là qui ne veut qu'à une seule entendre (^) N'est pas digne qu'Amour lui lace de bons tours.

Celui qui n'ose faire une amitié nouvelle, A faute de courage ou faute de cervelle, Se défiant de soi, qui ne peut avoir mieus.

Les hommes maladis, ou mattés de vieillesse. Doivent estre constans, mais sotte est la jeunesse Qui n'est point éveillée et qui n'aime en cent lieus.

SONNET

Je ne suis seulement amoureus de Marie, Janne me tient aussy dans les liens d'Anaour ; (') Ore l'une me plaist, ore l'autre, à son tour : i- Ainsi TibuUe aimait Nemesis et Délie.

On me dira tantost que c'est une folie (^) D'en aimer; inconstant, deux ou. trois en un jour,. Voire, et qu'il taudroit bien un homme de séjour Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie.

Je respons à cela que je suis amoureus (^) Et non pas jouissant de ce bien doucereus, Que tout amant souhaite avoir à sa commande.

7t> GAILLARDISES

Quant à moi, seulement je leur baise la main,

Je devise, je ry, je leur taste le sein, (^)

Et rien que ces biens là d'elles je ne demande.

SONNET

E ! que je porte et de hayne et d'envie (*) Au médecin qui vient, soir et matin, Sans nul propos, tâtonner le tetin, Le sein, le ventre, et les flans de m'amie.

Las ! il n'est pas si songneus de sa vie Comme elle pense : il est méchant et fin; Cent fois le jour ne la vient voir qu'a fin (-) De voir son sein, qui d'aimer le convie.

Vous qui avés de la fièvre le soin, {^) Je vous supli de me chasser bien loin (^) Ce médecin, amoureus de m'amie, (^)

Qui fait semblant de la venir penser ! Que pleust à Dieu, pour l'en recompenser. Qu'il eust ma peine et qu'elle fust guarie !

SONNET

Pourtant, si ta maitresse est un petit putain,

Tu ne dois pour cela te courrousser contre elle.

Voudrois-tu bien liayr ton ami plus fidelle

Pour estre un peu jureur, ou trop haut à la main?

Il ne faut prendre ainsi tous péchés à dédain, Quand la faute, en péchant, n'est pas continuelle ; Puis il faut endurer d'une maitresse belle Qui confesse sa faute, et s'en repent soudain.

Tu me diras qu'honneste et gentille est t'amie, Et je te respondrai qu'honneste fut Cynthie, L'amie de Properce, en vers ingenieus,

Et si ne laissa pas de faire amour diverse : Endure donq, Ami, car tu ne vaus pas mieus Que Catulle valut, que Tibulle et Properce.

SONNET

Las ! pour vous trop aimer je ne vous puis aimer,

Car il fault en aimant avoir discrétion ;

Helas ! je ne l'ay pas, car trop d'affection

Me vient trop folement tout le cœur enflammer.

yS GAILLARDISES

D'un feu désespéré vous faites consommer Alon cœur, qui va brûlant sans intermission, (*) Et si bien la fureur nourrit ma passion Que la raison me fault, dont je me deusse armer.

Ah 1 guarissez moy donc de ma fureur extrême.

Afin qu'avec raison honorer je vous puisse.

Ou pardonnez du moins mes fauîtes à vous m-esme.

Et le péché commis en tatant vostre cuisse, Car je n'eusse touché en lieu si deffendu.

Si pour vous trop a^^mer mon sens ne fust perdu.

SONNET

Sinope, que je sers en trop cruel destin, ('i Quand d'un baiser d'amour vostre bouche me baise, Je suis tout esperdu, tant le cœur me bat d'aise : Entre vos dous baisers puissay-je prendre fm !

Il sort de vostre bouche un doux flair qui le tin Surmonte de douceur, la rose, et la framboise, (-) Et tout le just des fleurs dont l'Avette Appuloise Fait dedans ses vaisseaux son miel le plus divin.

Il sort de vos tetins une odoreuse haleine, :^) (Je meurs en v pensant 1 ! de parfum toute pleine. Digne- d-'all-er au ciel embasmer Jupiter.

Mais quand toute mon ame en plaisir se consomme, Mourant de sus vos yeus, lors, pour me despiter, \^ous.fuiez de mon col pour baiser un jeune homme.

ODE XL

Si j'ayme, depuis naguère, Une belle chamberiere.

Je ne suis pas à blasmer (') De si bassement avmer.

Car l'amour n'est point villeine (- Que maint brave capitaine.

Maint philosophe, et maint Roi.

A trouvé digne de foi. (^)

Hercule, dont l'honneur vole Au ciel, aima bien lolle, Qui, prisonnière, dontoit Celui qui son maistre estoit.

Achille, l'effroi de Troie, De Briseis fut la proie, Dont si bien il s'eschaufa Que, servie, elle en triumpha.

Ajax eut pour sa maistresse Sa prisonnière Tecmesse,

8o GAILLARDISES

Bien qu'il secouast au bras Un bouclier à sept rebras.

Agamemnon se vit prendre De sa captive Cassandre, Qui sentit plus d'aise au cœur D'estre veinqu que veinqueur.

Le petit amour veut estre Toujours des plus grands le maistre, Et jamais il n'a esté Compagnon de majesté.

A quoi diroi-je l'histoire De Jupiter, qui fait gloire De se vestir d'un oyseau, D'un satyre, et d'un toreau.

Pour abuser nos femelles, Et bien que les immortelles Soient à son commandement.

Il veut aimer bassement?

Jamais on n'a que tristesses (^) A servir ces grands déesses :

Qui veut avoir ses esbas, Il faut aimer en lieu bas.

Quant à moi. je laisse dire Tous cens qui veulent médire ; p) Je ne veus laisser, pour eus, En bas lieu d'estre amoureus.

DE LA FLEUR DE LA VIGNE Ode XLI

Ni la fleur qui porte le nom D'un mois et d'un Dieu ; ni la Rose, Qui, de sus la cuisse d'Adon, D'une plaie se vit éclose ;

Ni les beaus œillets empourprez {}) Du teint de Bellonne ; ni celle Fleurette, qui, parmi les prêts, Du nom d'Hyacinthe s'apelle ;

Ni celle qu'Ajax enfanta.

De son sang vermeil empourprée.

Lors que, furieus, il planta

Dans son cœur la Troyenne espée ; (-)

Ny celle qui jaunist du teint De la fille trop envieuse, En voiant le soleil attaint D'une autre plus belle amoureuse ;

Ny celle qui, de sur le bord D'une belle source azurée, Nasquit sur l'herbe, après la mort De la face trop remirée ;

Ny les fleurons que diffama Avenus, alors que sa main blanche, Au milieu du liz enferma D'un grand asnfe le roide manche ;

Ny la belle fleur qui se feit i^) Des larmes d'Helene la belle ; (^) N}^ celle que Junon blanchit Du laict de sa tendre mammelle, {^)

Quand, faisant teter le Dieu Mars, Du bout de sa Tine esgoutée, i*") Le lait qui s'escouloit. espars, Feit au Ciel la voie laictée :

Ne me plaisent tant que la fleur De la douce vigne sacrée, Oui de sa nectareuse odeur Le nez et le cœur me recrée.

Quand la mort me voudra tuer, A tout le moins, si je suis digne Que les Dieus me daignent muer, Je le veus estre en fleur de vigne.

Et m'esbahis qu'Anacreon. Qui tant a chéri la vendange.

Comme un poëte biberon N'en a chanté quelque louënge. (')

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