‹ La bouquinade et autres gaillardisesChapitre 9 sur 48 · SONNET VIII · texte numérisé non relu

SONNET VIII

A mon retour (hé, je m'en désespère!) Tu m'as receu d'un baiser tout glacé.

Froid, sans saveur, baiser d'un trespassé, Tel que Diane en donnoit à son frère ;

Tel qu'une fille en donne à sa grand'mere, La fiancée en donne au fiancé, Ny savoureux, ny moiteux, ny pressé :

Et quoy! ma lèvre est-elle si amere?

8b GAILLARDISES

Haï tu devrois imiter les pigeons

Q.ui, bec en bec, de baisers doux et longs,

Se font l'amour sur le haut d'une souche.

Jeté suppli", Maistresse, désormais, Ou baise moy la saveur en la bouche, Ou bien du tout ne me baise jamais.

SONNET XLV

D'autant que l'arrogance est pire que l'humblesse. Que les pompes et fards sont tousjours]desplaisans, Que les riches habits, d'artifice pesans. Ne sont jamais si beaux que la pure simplesse ;

D'autant que l'innocente et peu caute jeunesse D'une vierge, vaut mieux, en la fleur de ses ans, Q'une Dame espousee, abondante en enfans : D'autant j'aime ma vierge, humble, et belle maistresse. (')

J'aime un bouton vermeil, entre-esclos au matin,

Non la Rose du soir, qui au Soleil se lâche ;

J'aime un corps de jeunesse, en son printemps lleury;

J'aime une jeune bouche, un baiser enfantin. Encore non souillé d'une rude moustache, Et qui n"a point senty le poil blanc d'un mary.

SONNET LUI

Amour, je ne me plains de l'orgueil endurcy, Ny de la cruauté de ma jeune Lucresse, Ny comme, sans secours, languir elle me laisse : Je me plains de sa main et de son godmic3^

C'est un gros instrument qui se fait près d'icy, (*) Dont, chaste, elle corrompt toute nuict sa jeunesse Voila contre l'Amour sa prudente finesse ! Voila comme elle trompe un amoureux soucy !

Aussi, pour recompense, une haleine puante. Une glaire espessie, entre ses draps gluante ; (-) Un œil hâve et battu, un teint palle et desfait,

Monstrent qu'un faux plaisir .toute nuict la possède Il vaut mieux estre Phrvne et Laïs tout à fait, Que se feindre Portie avec un tel remède ! (3)

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