VICTOR HUGO
A travers la Bourgogne (1839) l.
Dans tout le Ghalonnais, le Beaunois, le Dijonnais, l'architecture romane fait merveille. Souvent, dans un petit village, on trouve une belle tour byzantine, digne d'une métropole. Après Chagny, au bord de la route, j'ai vu un portail roman avec celle inscription: Bon vin, bon logis. Hélas! cette même maison donnait jadis l'hospitalité aux amis ! A Chagny même, il y a un remarquable clocher roman, tour carrée, large, basse, trapue et superbe
Beaune est un charmant tas de maisons gothiques dans les arbres. Il y a un beffroi de ville du quinzième siècle et une belle nef du quatorzième, à porcin- revêtu d'ardoises, qui sert de remise à des diligences. L'église, à tour romane, est coitl'ée d'un ridicule toit, forme de casquette.
Dans la diligence, un vieux vigneron m'explique la vendange. — Le cep jeune donne beaucoup de fruits, mais médiocres: plus tard-, moins, mais meilleurs.; vieux, une grappe ou deux, mais excellentes. On l'arrache alors, le vigneron n'\ trouvant pas de profit. Donc, le cep mûrit comme la grappe. Ne [tas cueillir le raisin pendant la pluie, ni sous la rosée, il pourrit. Oter les grains verts qui font aigrir le vin promptement, les grains pourris qui lui donnent mauvais goût, les grains secs qui le boivent. Ainsi, sur une seule grappe, trois mauvais éléments, dont l'un attaque le vin dans la durée, 1 autre dans la qualité, le troisième dans la quantité.
Après Nuits, à gauche de la roule, longue rangée de collines basses
1. Il est à peint- besoin d'avertir le lecteur que les noies prises en voyage pur Victor Hugo ne visent à aucune précision documentaire. Que l'auteur confonde un portail roman avec un portail gothique, qu'il fasse du mot byzantin un emploi abusif, qu'il écrive La Bercherie au lieu <\>- La Berchère, il n'y a rien la qui doive surprendre.
cl- nues à leur sommet, surmontées de grands plateaux el coupées par des ravins étroits, verts et profonds. Au débouché de chaque ravin, un hameau. Des vignes partout.
Pour qui arrive de Chalon, la situation de Dijon rappelle un peu eelle de Paris pour qui arrive parla barrière du .Maine C'esl aussi, dans un grande plaine entourée de collines, une longue route bordée d'ormes; àgauche, à l'horizon, deux collines imitent en petit, l'une le mont Valérien, l'autre la butte Montmartre.
Dijon. 20 octobre.
Dijon est une délicieuse ville, mélancolique el douce. Je me suis promené sur les vieux remparts. L'automne leurva bien. L'automne
esl une saison charmante. Les arbres y sont dans toute leur beauté: on voit le feuillage comme en été et le branchage comme en hiver.
Saint-Bénigne est une cathédrale «lu troisième ordre, assez belle encore dans sa masse, mais trop souvent restaurée. Elle a deux tours pour façade H une aiguille ardoisée. L'ancien portail roman est indignement défiguré par l'ogive de. M. Soufflot.
A l'intérieur, on voit, à droite et à gauche du portail principal, deux nobles tombeaux Louis XIII. Celui de Legoux, seiuneur de la Bercherie, représente l'homme et In femme taillés en marbre, à genoux sur la tombe, (le sont de belles statues pleines de rêverie, avec cette inscription: Quos idem quondam thalamus, idem quoque tumidus excepit.
L'intérieur de l'église esl insignifiant aujourd'hui. Pas un tableau de valeur, pas un vitrail. Pas une chapelle conservée.
Vers lS^u. Pévêque d'alors, M. de Boisville, a refusé les tombeaux -les deux ducs de Bourgogne qui sont au musée, ne leur trouvanl pas de place dans son église. Pauvre bonhomme qui expulsait de sa cathédrale, non seulement Philippe le Bardi et Jean sans Peur, deux grands princes qui sont morts, mais Jean de la Huerta et Claus Sluter, deux grands artistes qui vivent toujours.
A côté de Saint-Bénigne, Saint-Philibert, avec une belle flèche de pierre du treizième siècle, est un magasin de fourrages ; j'ai regardé
par le trou de la serrure; j'ai aperçu des tas de foin dans le chœur. Saint-Jean, autre magasin de fourrages. La loin- du douzième siècle, au Vieux-Palais, est un mont-de-piété ; le rez-de-chaussée est occupé par Robin, menuisier. La porte-forteresse esl une caserne de gendarmerie. Une <lcs anciennes tours d'enceinte serl de salir pour les pansements publics. La nef de Saint-Etienne, patron de la Bour-
L'entrée occidentale de Dijon à. la. fin du XV lli siècle.
H après un- gouache de P.-J. Antoine, album de M .m. Dijon. 18 ,(. Xourry. éditeur.
gogne, qui fut l'ancienne cathédrale, est une halle au blé. On utilise l'abside pour un magasin de décors du théâtre. Les vitraux pendenl défoncés.
Notre-Dame, des treizième el quatorzième siècles, a une façade remarquable, une liante muraille faisant porche, portant à l'un de ses angles une horloge avec jacquemart : un paysan, une paysanne et leur entant, en bois peint. Dans la croisée à droite, j'ai vu la Vierge noire, qui recul toutes les halles des suisses dans s<m tablier, lors du siège de la ville. Elle étail vêtue d'une robe de satin vert, avec une grosse chaîne d'or au cou, qu'on vient de lui donner pour un miracle qu'elle a fail le mois dernier Sous le porche, vestiges, d'u.n,
magnitique portai] romain complètement arraché. Les deux extrémités dû transept sont surmontées de tourelles romanes. Vue par L'abside, L'église esl -hm bel aspect. J'ai remarqué dans le chœur, fort dévasté., <ra.lmiral.los verrières du à&uzième siècle. Un prêtre en
Dijon.
Photo Ne
Le Jacquemart de Notre-Dame.
chaire ànonnait un sermon appris par cœur, cherchant, se reprenant, recommençant ses phrases.
Le palais des ducs de Bourgogne, travesti en hôtel de ville, a d'admirables restes. Vu par derrière, il olfre quatre architectures, comme la cour du château de 131ois, moins remarquables pourtant: une tour flanquée de tourelles du douzième siècle; la grande tour du
quinzième; avec le corps de loiiïs à croisées el à eouronnemenl gothique fleuri qui s'y rattache; un corps île logis Henri IV, avec une jolie porte; un autre Louis XIV, avec des trophées sur l' encorbellement, comme aux Invalides. — Dans une jolie cour for! déla-
fhoto Keurdein.
Dijon. — La « Salle des Gardes» du Musée avec les tombeaux de Philippe le Hardi et de .lean sans Peur et Marguerite de Bavière.
l»iée, avec escalier de la Renaissance, on lit : Ecole des Beaux-Arts.
J'entre dans le musée. On y voit une cheminée faite en 1504, après l'incendie de 1502. « pur Jean Dangus, maçon, moyennant 1211 francs, pierres fournies ». Sur les 120 francs, deux sols par jour aux ouvriers.
Le tombeau de Philippe le Hardi est de la lin du quatorzième siècle. Le duc. peint et doré, est couché sur son tombeau de marbre noir, deux anges à la tête, un lion aux pieds. Quarante statuettes d'albâtre cir-
fuient autour du tombeau sous une charmante galerie ; elles sont très vivantes el très naïves: un moine se nettoie L'oreille avec l'ongle; un autre moine se mouche avec ses doigts. — Fi donc! semble dire un religieux à côté de lui. Ce tombeau est l'ouvrage de Claus Sluter
île Hollande.
Le tombeau de Jean sans Peur et de sa femme Marguerite de Bavière ressemble au premier, mais plus fleuri, plus orné, plus quinzième siècle. Quarante figurines, quatre anges ailes déployées, les deux grandes statues, deux lions, vingt-huit angelots, la galerie qui est de l'orfèvrerie d'albâtre, toute cette œuvre multiple et luutïue a été payée quatre mille livres, c'est-à-dire 28.506 francs à Jean de la Huerta, dit d'Aroca, du pays d'Aragon, tailleur dimaiges.
François Ier se fit ouvrir ce tombeau et y trouva Jean sans Peur, le crâne largement entaillé par le coup de hache de Tanneguy-Duchâtel sur le pont de Montereau. Comme il s'étonnait de la grandeur du trou : « Sire, lui dit le prieur des Chartreux qui l'accompagnait, c'est par ce trou que les Anglais sont entres en France. »
Sur la robe du duc, le rabot qu'il avait pris pour emblème, le duc d'Orléans ayant pris un bâton noueux
Il n'y a que trente-neuf figurines : la quarantième est remplacée parmi monsieur en redingote le plus plaisant du momie. Oui est ce monsieur .'
Des quatre ducs de Bourgogne, le premier est Philippe le Hardi, le dernier est Charles le Téméraire. — En effet, les hardis fondent les dynasties, les téméraires les précipitent. Charles X fut un autre Charles le Téméraire.
France et Belgique (En voyage
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Les Eduens.
Les raisons de la fortune des Eduehs étaient surtout militaires et commerciales. Au centre de leur Etal s'élevait l'énorme redoute que forme le massif du Morvan. compacte, sombre et mystérieuse,
ANTHOLOGIE. LES EDUENS 113
hérissée de taillis, pleine d'invisibles recoins. Au-dessusde cette citadelle même, tel qu'une tour sur un donjon, se dresse le Monl Beuvray, à plus de 8lu mètres de hauteur. El ce mont, d'une part, présentait un plateau assez large pour recevoir une ville el un peuple, de l'autre, se trouvail campé sur le rebord même du massif, dominant les vallées les plus ouvertes, les champs les plus gais, les routes les plus passagères «le la région. De cette plate-forme de Bibracte, les Eduens voyaient et menaçaient tout un monde; et réfugiés là, à l'ombre « 1 « * s remparts de la cité, derrière les bêtraies pleines de vipères qui couvrent les flancs escarpés de la montagne, ils n'avaient rien à redouter des plus braves. Bibracte, j'en suis sûr, fut le point de départ et le plus sur garanl de leur puissance. — Autour du Beuvray et du Morvan marchaient et circulaient de très bonnes routes, unissant les trois plus grands bassins de France : entre la Saône et la Loire, celle de la Bourbince et de la Dheune, et, visible du plateau même de Bibracte, celle de l'Ouche el de l'Arroux; entre la Seine et la Loire, la Nièvre, dont la vallée rejoignait celle de l'Yonne : et, plus loin et plus bas. la Saône et la Loire elles-mêmes, complétant le chemin de ronde qui court au pied du .Morvan. Là où les chemins traversaient ou longeaient le haut pays, les Eduens avaient multiplié les places fortes : tout promontoire saillant, tout mont isolé était devenu dans leur empire un lieu de garde ou de menace. Sur les routes et les croisées d'en bas, au contraire, ils eurent des ponts, des passages, des ports, avec les douanes et les entrepôts nécessaires, à Nevers et Deci/.e sur la Loire, à Chalon et Màcon sur la Saône : et ces lieux de traversée et de rencontre se transformèrent en bourgades utiles, où s'arrêtaient les négociants. De Marseille en Bretagne, le commerce devait passer sous les péages des Eduens. du moins quand il voulait éviter les froids et les montées des cols arvernes ou les longueurs des portages lingons. — Au delà enfin de ces Meuves et de ces routes, de proche en proche, l'empire du Beuvray était descendu très loin de Bibracte, amorçant de nouvelles routes sur celles qu'il possédait déjà. A l'ouest, il arriva, le long de la Loire et de l'Allier, jusqu'à Moulins, comme s'il voulait fermer aux Arvernes les chemins du Nord et de l'Océan. Au sud, il rangea sous sa clientèle les Segusiaves, tribus du Forez et 'les montagnes
ili LA BOURGOGNE
•beaujolaises et lyonnaises : ce qui lui donna la mainmise sur le port de Roanne, sur la montée de Tarare, sur l'avenue du Jarez et le conlluent même de Fourvières. A l'est, il rejeta les Séquanes loin des bords de In Saône, et il se donna des frères politiques, les Ambarres, dans les plaines de la Dombeset les coteaux du Bugey : que ces Ambarres tussent une colonie des Éduens, ou simplement leurs intimes alliés, leur territoire n'en formait pas moins le prolongement du grand empire, qui s'en allait ainsi, jusqu'au Jura, provoquer à la fois les Helvètes, les Séquanes et les Allobroges. Au nord, enfin, l'amitié ou la clientèle de la tribu de l'Auxois, les Mandubiens, leur assura de nouveaux passages entre les deux versants. — A ce patronage sur l'Auxois les Eduens gagnèrent autre chose, cette place forte d'Alésia, merveilleusement placée pour « garder le seuil » de leurs domaines, el île plus vieille cité sainte dont les Gaulois avaient fait la « mère » de leur nation : protecteurs du «foyer de la Celtique», leur empire recevait une sorte de consécration religieuse. — Routes et citadelles les faisaient donc très forts, très riches, très célèbres. Au reste, ils étaient des gens entendus et appliqués en toutes choses. Bibracte, à l'aspect farouche, devenait une ville industrielle, pleine d'ouvriers en fer, en bronze, en or et en émail ; Alésia l'aidait ou lui faisait concurrence dans le travail des métaux. Les chefs du pays paraissent actifs, intelligents, instruits. Peut-être les prêtres éduens tenaient-ils l'école la plus fréquentée par la noblesse gauloise. Ce fut un homme d'une rare valeur intellectuelle, habile et souple, que leur druide Diviciac. Et dans l'histoire de la guerre de l'indépendance, les seuls faits de ruse ou de malice gauloises nous viennent de son peuple. — Ambitieux comme nulle autre nation, mais d'une ambition étroite, tenace, sourde etsournoise, les Éduens joueront, durant cette guerre, le plus piteux des rôles. Traîtres à la Gaule, traîtres à Rome, jaloux de leurs amis et de leurs ennemis, hôtes récalcitrants, alliés soupçonneux et soldats maladroits ou lâches, incapables de penser noblement et de tenir pied sur le champ de bataille, ils ne réussirent à garder leur puissance que grâce à l'inextricable réseau de roueries dont ils enveloppaient à la fois leurs adversaires et leurs complices. — Aussi bien avaient-ils besoin, pour maintenir leur empire, de ruse intelligente autant que de force. Cet empire était fait de pays dispa-
rates, et qui parfois s'ignoraieni l'un l'autre : le Morvan et ses bois, l'Auxois fi ses étroites vallées, 1rs pâturages du .Nivernais, les coteaux du Beaujolais et du LÎharolais, les riches terres de la Bourgogne cl la voie populeuse de la Saône, et. plus loin,, la Bresse opulente, les marais des Dombes, la haute plaine du Fore/, vaste poche entre deux hautes chaînes, la triste Sologne bourbonnaise : que de contrastes entre les terres, que de divergences d'habitudes et d'intérêts s'y ajoutent à la distance ! Il faut, pour que Bibracte les garde unies autour d'elle, une ambition qui ne se démente pas. une défiance de tout instant, beaucoup d'adresse et très peu de scrupules. L'Empire éduen présentai! quelques-uns des caractères de la puissance bourguignonne, qui le refera à la lin du Moyen Age.
Histoire de la Gaule, Hachette et Gie, édit., 1908.
Jl'LES CESAR
Alésia (52 avant Jésus-Christ).
LXXXI. — Un jour se passe ' pendant lequel les Gaulois confectionnent un grand nombre de claies, d'échelles, de harpons. Au milieu de la nuit, en silence, ils sortent du camp et s'approchent de nos ligues en plaine. Soudain une clameur s'élève : signal destiné à prévenir les assiégés de leur approche. Et les voilà qui jettent des fascines : à coups de frondes, de flèches, de pierres, chassent les nôtres du parapet; préparent tout pour l'assaut. Au même instant, averti par la clameur, Yercingétorix fait sonner le ralliement et dirige ses troupes hors de la place. Les nôtres occupent chacun le poste à lui assigné les jours précédents, s'installent sur les lignes. A coups de frondes, de trébuche ts, de pieux qu'ils avaient disposés dans les retranchements et à coups de balles de plomb, ils enrayent les Gaulois. Dans l'obscurité, le nombre des blessés est
1. César vient de raconter la retraite de Vercingétorix dans Alésia. les travaux dont les Romains entourent la place (contrevallation) et ceux qu'ils établissent extérieurement pour protéger leur camp contre l'armée de secours icirconvallation), enfin l'arrivée de cette année. Maintenant les Gaulois venus a l'appel des assiégés et les assiégés euxmêmes tentent les efforts suprêmes contre les assiégeants.
grand il*' part el d'autre Les machines lancenl une grêle de traits : quant aux légats M Antonius et C. Trébanius, à qui était confiée la défense de ce secteur, là où ils sentaient lés nôtres faiblir, ils les faisaient soutenir par des renforts tirés des redoutes d'arrière.
LXXXII. — Tant qu'ils étaient a une certaine distance du rempart, les Gaulois axaient le dessus, à cause du nombre dé leurs projectiles : mais quand ils s approchèrent davantage, ou bien à 1 improviste ils s'empêtraient eux-mêmes dans les aiguillons, ou bien tombant dans les trous ils s'empalaient, ou bien ils périssaient percés par les javelots lancés du liant du parapet et des tours. Ils avaient eu partout de nombreux blessés et nulle pari ils n'avaient pu forcer nos lignes, lorsque le jour parut. Craignant alors d'être enveloppés par une attaque de nos postes les plus élevés sur leurs lianes découverts, ils se replient sur leur camp. Quant aux assiégés, ils transportent bien tout ce que Vercingétorix avait préparé pour la sortie et en remplissent les premiers fossés: mais ces opérations leur prennent trop de temps et ils constatent la retraite des leurs avant de s'être approchés de nos lignes. Ainsi, le coup manqué. ils rentrent dans la place.
LXXXIII. — Deux fois repousses avec de grandes pertes, les Gaulois délibèrent sur le parti à prendre. Us recourent à l'expérience îles gens du pavs. Ceux-ci leur font connaître la situation et le système de défense des camps supérieurs. 11 y avait au nord une colline trop vaste pour que nous eussions pu la comprendre dans notre circonvallation. G'esl forcément dans une assiette assez défavorable et sur une légère pente que nous avions placé le camp : les légats C. Antistius Reginus et ('.. Ganinius Rebilus l'occupaient avec deux légions. Avant reconnu ces positions par des éclaireurs, les chefs ennemis choisissent sur toute l'armée 60.000 hommes des cités qui avaient la plus grande réputation de bravoure. Le but et les moyens d'action sont arrêtés en secret : l'heure de l'attaque est tixée vers midi. Celle élite est placée sous les ordres de l'Arverne Yereassivellaune, l'un des quatre principaux chefs et parent de Vercingétorix. Il soit du camp à la première veille, arrive à la pointe du jour, cache ses troupes derrière la hauteur et les fait repose]- des fatigues de la nuit. Vers midi, il se porte contre le camp que nous venons
de décrire. En même temps, Ja cavalerie s'avance vers los lignes de la plaine et le reste de l'armée se déploie en avanl du camp.
LXXXIV. — Vercingétorix, de la citadelle d'Alésia apercevant ses compatriotes, sort de la ville. Les fascines, les perches, les mantelets. Ifs faux H tout ce qui avait été préparé pour la sortie est amené. On combat en même temps de tous les côtés et l'on nous tâte sur tous les points : une de nos positions paraît-elle moins forte.
Alésia.
La contrevallation de César (restitution)
Extrait de « Pro Âlesia.
on y court. Notre poignée d'hommes s'étend sur de longues lignes et ne peut aisément faire front sur tant de points à la fois. Ce qui contribue beaucoup à effrayer les nôtres, c'est la clameur qui s'élève derrière les combattants : chacun sent que, dans un tel danger, son salut dépend de celui des autres. C'est que, le plus souvent, ce qui échappe à la vue trouble d'autant plus vivement l'esprit.
LXXXV. — César ayant trouvé un endroit propice, se rend compte <le ce qui se passe de part et d'autre et envoie des secours suc les points critiques. Les deux armées ont le sentiment que c'esl vraiment l'heure de l'effort suprême : les Gaulois, s'ils ne parvien-
' nenl à forcer nos lignes, doivent absolument désespérer de leur salut ; les Romains, s'ils l'emportent, voient venir la fin de toutes leurs tribulations. C'est surtout vers le camp supérieur que la défense est pénible, là où nous avons vu que Vercassivellaune avait été envoyé. [Un petit plateau qui commande une pente a une grande importance]. Les uns lancent des traits, d'autres, faisant la tortue, s'avancent. Ceux qui sont fatigués cèdent la place à des troupes fraîches. Les remblais sont partout rejetés sur les défenses et permettent l'escalade aux Gaulois, en recouvrant les pièges cachés par les Romains dans la terre : les nôtres n'ont guère déjà plus ni armes ni forces.
LXXXVI. — Se rendant compte de la situation, César dépêche à la rescousse Labienus avec six cohortes de renfort. S'il ne peut soutenir le choc, il a ordre de faire sortir les cohortes des lignes et de prendre l'offensive : mais il ne doit risquer cette opération qu'en cas de nécessité. Lui-même va trouver les autres combattants, les conjure de ne pas succomber à la tâche, il leur représente que le fruit de tous leurs combats passés esl en jeu en ce jour, à cette heure. Les assiégés, désespérant de rompre les Lignes de la plaine, si fortes en étaient les défenses, tentent l'escalade des points escarpés : c'est de ce côté qu'ils transportent leur matériel. Par une grêle de traits, ils chassent des tours les défenseurs ; avec les remblais et des fascines ils comblent le fossé [ils se ménagent des entrées], à coup de faux ils démolissent le parapet de ciayonnage.
LXXXVII. — César envoie d'abord le jeune Brutus avec [six] cohorte, ensuite avec [sept] autres le légat C. Fabius. Enfin, lui-même, voyant le combat de plus en plus vif, amène des troupes fraîches à la rescousse. Le combat rétabli et l'ennemi repoussé, il se porte sur le point où il avait dirigé Labienus. Il retire quatre cohortes de la redoute voisine, il donne l'ordre à une partie des cavaliers de le suivre, à une autre partie de tourner les lignes extérieures pour prendre l'ennemi par derrière. Labienus se rend compte que ni les retranchements ni les fossés ne peuvent arrêter l'élan de l'ennemi. Il ramasse les forces qu'il peut retirer des postes les plus voisins et, par estafette, avise César du parti qu'il croit devoir prendre. César se hâte afin de prendre part au combat.
LXXXVIII. — Son arrivée est remarquée à cause de la couleur du manteau qu'il avail coutume de revêtir dans le combat ; les escadrons el les cohortes dont il se faisait suivre (car des hauteurs les regards dominaient les pentes et les bas-fonds) sont aperçus et aussitôl l'ennemi de s'y attaquer. Des deux côtés une clameur s'élève; celle clameur reprend du retranchement et de toutes les lignes. Les nôtres, négligeant le pilum, combattent à l'épée. Soudain, sur les derrières, la cavalerie apparaît. D'autres cohortes approchent. L'ennemi tourne le dos. La cavalerie barre la route aux fuyards. On l'ail un grand earnage. Sédulius, commandant des Lemovices et le premier de sa cité, est tué; l'Arvernc Vercassivellaune est pris vivant dans sa fuite ; soixante quatorze enseignes militaires sont rapportées à César : peu de soldats de cette si nombreuse armée rentrenl au camp sans blessure. Ceux de la place, voyant le massacre el la fuite des leurs, désespèrent du salut et ramènent leurs troupes de nos lignes. A cette nouvelle, les Gaulois abandonnent précipitamment les camps. Et si de nombreuses manœuvres et la fatigue d'une journée entière de combat n'avaient harassé les nôtres, les forces de l'ennemi auraient pu être anéanties. Au milieu de la nuit, la cavalerie, lancée à la poursuite, atteint l' arrière-garde : beaucoup d'ennemis sont pris ou tués. Le reste fuit, chacun vers sa cité.
LXKXIX. -- Le lendemain Vercingétorix convoque le conseil. Il représente qu'il n'a pas entrepris cette guerre dans son intérêt personnel, mais pour l'indépendance commune. Puisqu'il faut céder à la fortune, il leur olfre le choix entre deux partis : le mettre à mort pour donner satisfaction aux Romains ou le livrer vivant. Ils envoient à ce sujel des parlementaires à César. 11 ordonne de lui livrer les armes, de lui amener les chefs Lui-même se place sur le rempart, en avant du camp ; devant son siège les chefs lui sont conduits. Vercingétorix est livré; les armes sont jetées à terre. Réserve faite des Eduens et des Arvernes, dans l'espoir de ramener grâce à eux ces cités, il distribue le reste des captifs à toute l'armée, à raison d'un par tète connue butin.
De bellu Gallico, lib. VII.