ANTHOLOGIE. LA COMMUNE A VEZELAY
ment le eoniU', allez au four banal, chauffez-le avec votre bois, el m' quelqu'un veut s'y opposer, jettez-le tout vivant dans le four. Quant au meunier, s'il fait résistance, écrasez-le vif sous sa meule. » En effet, les membres de la nouvelle commune, tout affranchis
Photo- Neurdein.
Vézelay. — Intérieur de 1 "abbatiale.
qu'ils étaient par leur constitution républicaine, se trouvaient encore sous la dépendance de l'ancien manoir seigneurial, à cause de leur longue habitude de n'avoir ni moulins, ni fours, ni pressoirs particuliers. Toutes ces différentes industries avaient été jusque-là exercées au profil de l'abbaye, par ses serviteurs, clercs ou laïcs; et, comme il fallait du temps pour qu'un cbang-ement total eut lieu à
cet égard, les bourgeois furent obligés d'entrer en guerres journalières avec les moines et leurs gens. Dans ces disputes où ils ne pouvaient manquer d'avoir l'avantage, ils s'exaspérèrent de plus en plus contre les religieux leurs anciens maîtres, et jurèrent « de leur faire mener si rude vie, et d'en faire tant, que tout leur corps. jusqu'à la plante des pieds, aurait besoin de recevoir l'absolution ».
Après avoir maltraité les serviteurs laïques et en avoir chassé plusieurs de leurs maisons et de leurs fermes, ils s'attaquèrent aux moines eux-mêmes, qu'ils arrêtaient et rançonnaient. Le prieur alarmé envoya quelques-uns des frères, sous escorte, au comte de Nevers, pour lui demander de s'interposer entre la commune et l'abbaye, et d'engager les bourgeois à user de modération. Mais la réponse que le comte donna aux envoyés fut loin de leur être agréable : « Je voudrais, leur dit-il, que vous fussiez tous partis et qu'il n'y eût plus de monastère à Vézelay ! Pourquoi votre abbé les a-t-il fait excommunier'? » Puis, arrachant un poil de la fourrure qui doublait son justaucorps, il continua en ces ternies : « Quand toute la montagne de Vézelay devrait être abîmée dans un gouffre, je ne donnerais pas cela pour l'empêcher. »
Lettres sur l'Histoire de France.
GUILLAUME LE BRETOX
Prise de ChàtilloR-sur-Seine par Philippe-Auguste en 1186.
11 est un (bateau nommé Gbàtillon, noble bourg, gloire des Bourguignons, boulevard de leur terre. Un fleuve roule au milieu son eau tranquille, c'est la Seine, mère et institutrice de ces hommes de cœur dont la race est sans pareille au monde par la valeur militaire, le sens, la science, la philosophie, la culture, l'élégance, la mise et la beauté. Aussi le duc de Bourgogne, redoutant le roi, avait-il pourvu ce château de tous les moyens de protection convenables : armes, machines, garnison : héros prudent, il y avait