‹ La BourgogneChapitre 41 sur 81 · ANTHOLOGIE. VISITE A BUFFON · texte numérisé non relu

ANTHOLOGIE. VISITE A BUFFON

supérieur à ses propres affections. Jamais d'humeur, jamais d'impat ien<'<* Son buste, par Houdon, est celui qui me paraîl le plus ressemblanl : mais le sculpteur n'a pu rendre sur la pierre ces sourcils uoirs qui ombragent des yeux noirs, Iri-s actifs, sous de beaux che-

Photo Boulanger.

Le parc du château de Buffon.

veux blancs. Il était frisé lorsque je le vis, quoiqu'il fût malade, c'est là une de ses manies, et il en convient. Il se fait mettre tous les jours des papillotes, qu'on lui passe au fer plutôt deux fois qu'une; du moins, autrefois, après s'être fait friser le matin, il lui arrivait très souvent de se faire encore friser pour souper. On le coëffe à cinq petites boucles flottantes: ses cheveux, attachés par derrière, pendaient au milieu de son dos. Il avait une robe de chambre jaune, parsemée de raies blanches el de Heurs bleues...

.De la maison nous parcourûmes les jardins, qui s'élèvent au-dessus. Ils sont composés de treize terrasses, aussi irrégulières dans leur genre que la maison : mais d*où Ton découvre une vue immense, de magnifiques aspects, des prairies coupées par des rivières, des vignobles, des coteaux brillans de culture, et toute la ville de Montbar; ces jardins sont mêlés de plantations, de quinconces, de pins, de platanes, de sycomores. de charmilles, et toujours des (leurs parmi les arbres. Je vis de grandes volières où Bulfon élevait des oiseaux étrangers qu'il voulait étudier et décrire. Je vis aussi la place d'une fosse qu'il avait comblée, et où il avait nourri des lions et des ours. Je vis enfin ce que j'avais tant désiré de connaître, le cabinet où lra\ aille ce grand homme : il est dans un pavillon que Ton nomme la Tour de Saint-Louis. On monte un escalier : on entre par une porte verte à deux battans : mais on est fort étonné de voir la simplicité du laboratoire. Sous une voûte assez haute, à peu près semblable aux voûtes des églises et îles anciennes chapelles, dont les murailles sont peintes en vert, il a fait porter un mauvais secrétaire de bois, au milieu de la salle, qui esl carrelée, et devant le secrétaire est un fauteuil : voilà tout. Pas un livre, pas un papier: mais ne trouvez-vous pas que cette nudité a quelque chose de frappant'? On la revêt des belles pages de Buffon, de la magnificence de son style et de l'admiration qu'il inspire ! Cependant ce n'est pas là le cabinet où il a le plus travaillé ; il n'y va guères que dans la grande chaleur de l'été, parce que l'endroit est extrêmement froid. Il est un autre sanctuaire où il a composé presque tous ses ouvrages. Le Berceau de l'Histoire naturelle, connue disait le prince Henri, qui voulut l'aller voir, et où J.-J. Rousseau se mit à genoux et baisa le seuil de la porte. J'en parlais à M. de Bulfon. Oui. me dit-il, Rousseau v lit un hommage. Ce cabinet a. connue le premier, une porte verte. à deux battans. Il v a intérieurement un paravent de chaque côté de la porte. Le cabinet est carrelé, boisé et tapissé des images des oiseaux et de quelques quadrupèdes de l'histoire naturelle. On y trouve un canapé, quelques chaises antiques, couvertes de cuir noir, une table sur laquelle sont des manuscrits, une petite table noire : voilà tous les meubles. Le secrétaire où il travaille est dans le fond de l'appartement, auprès de la cheminée. C'est une pièce grossière

Page 1