ANTHOLOGIE. NAPOLEON EN BOURGOGNE EN 1815 L
• lu général Braver, qui arriva fort à propos : « De quel droit, dit l'empereur au maire, vous êtes nous permis <le menacer les citoyens parce qu'ils portaient les couleurs nationales ? Comment avez-vous
osé vous nietlre en rébellion contre moi ".' Je vous casse... Vous
Photo Neurdein.
Auxerre. — La porte de l'horloge.
vous êtes laissé mener par les prêtres et les nobles qui voulaient rétablir la dîme et les droits féodaux. J'en ferai justice. Je les lanternerai... » Et s'arrêtant, assourdi par les acclamations de la foule qui se pressait devant l'Hôtel de la Poste, il reprit : « Mon pouvoir est plus légitime que celui des Bourbons, car je le tiens de ce peuple dont vous entendez les cris. » Le 10 mars, l'empereur entra à A vallon. Là aussi le conseil municipal était royaliste, mais il n'avait
4m empêcher l'immense majorité des citoyens de prendre La cocarde tricolore à l'approche de Napoléon.
Désormais, l'entraînement populaire devient irrésistible. La rébellion s'étend à vingt lieues à la ronde, des bonis du Doubs aux rives de la Loire. Le> trois couleurs Uottenl à Arbois, a Poligny, à Dole, à Beaune. à Auxoune, à Dijon. A Nevers, une émeute éclate dans la nuit du 14 au lo mars. A Glamecv, le erénéral en demi-solde
Seurdein.
Joigny.
Allix assemble le peuple sur la place de la mairie,, lit au milieu des vivats les proclamations du g-olfe Jouan et déclare qu'il prend le commandement de la ville au nom de l'empereur : « — Je vous adjure, dit-il en terminant, d'arborer sur-le-champ la cocarde nationale et de regarder comme ennemis ceux qui ne la porteront point. » A Auxerre. où 1 empereur arrive le 17 mars, le préfet Gamot l'attend à 1 entrée de la ville avec les autorités et toute la population: le 1 i de lin ne colonel Bugeaud lui présente les armes ; dans le grand salon de la préfecture, il trouve les bustes de l'impératrice el du prince impérial et son portrait en pied, en costume du sacre.
C'est à Auxerre que le maréchal Ney rejoignit l'empereur. Bien
ANTHOLOGIE. L'HEBE A L'AIGLE 177
que la proclamation de Lons-le-Saunier pût effacer les paroles de Fontainebleau, cette entrevue ne laissait pas d'être embarrassante pour le prince de la Moskowa. Napoléon le mita son aise dès qu'il entra. « Embrassez-moi, mou cher maréchal, lui dit-il. Je suis heureux de vous voir et je n'ai besoin ni d'explications ni de justification. » Ney crut cependant devoir s'excuser, et tout en ayant le tact de ne point prononcer le nom de Fontainebleau, il dit que sa conduite passée et présente n'avait jamais été inspirée que par l'amour de la patrie. Puis, recouvrant vite son assurance, il reprit : « Je nous aime bien, Sire, mais la patrie avant tout! axant tout!... Votre Majesté est sûre que nous la soutiendrons, car avec la justice ou fait des Français tout ce que l'on veut... Mais il ne faut plus songer aux conquêtes, il ne faut plus songer qu'au bonheur de la France. » L'empereur l'interrompit en disant que lui aussi était un patriote, qu'il était revenu de l'île d'Elbe dans le seul intérêt du pays et qu'il donnerait aux Français tout ce qu'ils attendaient de lui. Il appela Ney « le brave des braves », et changeant de conversation, il le questionna sur l'esprit de ses troupes et sur les sentiments des habitants du Jura, du Doubs et de la Gote-d'Or. Le lendemain, Ney regagna Dijon avec l'ordre de conduire ses troupes à Paris par Joigny et Melun.
1815. l'errin et Cie, édit., 1893.
STEPHEX LIEGEARD
L'Hébé à l'Aigle1.
Que la vierge a de charme et que superbe est l'aigle ! Elle, — comme un bleuet qui s'élance du seigle. Quand l'aube au pied joyeux court sur l'épi mouvant. Elle frissonne, nue, aux caresses du vent. Lui, brûlé d'une ardeur qu'allume sa démence. L'enveloppe, jaloux, d'un seul coup d'aile immense :
1 Célèbre groupe en marbre blanc sculpté par Ru. le et conservé au musée de Dijon. Cf. ci-dessus p. 71.
m LA BOURGOGNE
Sut] ongle d'où jaillit le feu qui fend les airs Lui ferait, au besoin, un vêtement d'éclairs.
C'est Hébé, l'immortelle, entre toutes choisie Pour mesurer aux Dieux la divine ambroisie
Pliolo li. Gorgi
Hebé à l'a.igle, par Rude.
Musée d'.- Dijon.
< '. <->l le printemps qui naît, une coupe à la main: i. <->l 1 avril, tendre encor, (jui sera mai demain... El cet aigle, pour elle envolé de son aire, Est le maître des eieux, est le roi du tonnerre. Qui vainquit le Titan succombe à tant d'attraits. Qui planait, tombe atteint par d'invisibles traits. Mais, de quel œil ardent, vers elle il se redresse ! Sa plume a des baisers, sa serre une caresse...
ANTHOLOGIE. L'HÉBE A L'AIGLE [79
A la coupe aux flancs d'or atteindra-t-il du front? Plus d'un y but déjà, tanl d'autres y boironl ! Pleurs du cep, suc de fleurs don! l'acre effluve enivre, Sang (lr Nessus qui tue ou flamme qui fail vivre, Poison, philtre, nectar, qu'est donc cette liqueur Oui trouble la raison en enchaînant le cœur? Eros qui la versa sait comment on la nomme ". Brûlante, elle a coulé du ciel bleu jusqu'à l'homme, Si terrible parfois, que tout va s'y brisant, Si douce, qu'on voudrait mourir en l'épuisant. Ah! ce breuvage aimé, sa lèvre le réclame! Il veut, en l'y plongeant, se désaltérer l'âme, Dût-il, sombre lutteur par l'obstacle irrité, Noyer, du même coup, son immortalité:
Et la vierge sourit au Dieu qui se dépite... Mais déjà sous le marbre on sent qu'elle palpite. Car ses beaux yeux rêveurs qui lloltent dans l'éther Ont. à travers l'oiseau, deviné Jupiter.
0 toi, dont l'étincelle anima le carrare,
Toi qui, seul, d'un effort aussi grand qu'il est rare,
Fis hurler à la pierre mi de ses plus beaux chants,
Puis la pétris, docile, en vingt mythes louchants :
Pygmalion superbe, ô lils de ma patrie,
Dis-moi si j'ai compris, frère, ta rêverie!
Ilébé t'importait peu, Jupiter moins encor :
L'Olympe était trop bas pour tenter ton essor :
Il faut à les pareils la splendeur inlinie
Où l'aigle manque d'air, mais où vit le génie,
Et ton ciseau de feu voulut signer, un jour.
Le pacte de la gloire éternisant l'amour.
Les Grands Cœurs. Hachette ei C'"\ édit.
PMI. ET VICTOR MARdlERITTE
Les Garibaldiens en Bourgogne en 1870
Autiiii semblait une ville conquise. Chariots, fourgons, montures d'état-major s'entassaient, se bousculaient. Une foule hétéroclite, déjà remise de sa débandade, tenait le haut du pavé, traînant le sahif et parlant fort. A côté des patois italiens, les idiomes les plus divers : le polonais, l'américain, le turc. Des Espagnols à interjections gutturales coudoyaient «les Egyptiens silencieux et basanés, îles Grecs ;i ligure noble II yavâil de tout dans cette armée, pompeusement titrée armée 'les Vosges, et répartie en quatre brigades commandées par le vaillant général Bossak-Hauké, un Polonais proscrit, ancien colonel de l'armée russe; par le colonel Delpech, hier encore préfet de Marseille, avant-hier teneur de livres : enfin par les deux lils de Garibaldi, Meriotti et Ricciotti.
Issue de rien, elle comptait aujourd'hui douze mille hommes, où l'on voyait de l'excellent et du pire, des braves et des lâches, d'honnêtes mobilisés et des francs-tireurs de tout poil, les corps libres les moins disciplinés de la France, jpêle-mêle avec des aventuriers venus des quatre coins du monde. Beaucoup de ces auxiliaires inattendus servaient inoins le pays malheureux que la République universelle. Utopie généreuse pour quelques-uns, intéressée pour la plupart, qui, n'ayant rien à perdre, voyaient dans cette cause trouble tout à gagner. Ils y satisfaisaient un goût d'agitation et d'aventures, les débridements de l'instinct, ce que toute guerre traîne avec soi de bas plaisirs et d'aubaines.
La seule brigade de Ricciotti comptait vingt-deux corps réguliers, tous dirigés par des commandants et des colonels, sans compter d'innombrables embryons, où parfois un chef de bataillon avait neuf soldats. ( H'iiciers faisant peau neuve pour empocher plusieurs entrées en campagne; sous-ofiieiers plumés au jeu dont un brevet de sous-lieutenant pavait la dette; passe-volants grossissant de faux effectifs, aux jours de solde. Toutes les excentricités: l'un raccolanl un bataillon d'enfants, l'autre briguant le commandement des