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ANTHOLOGIE. LU VIEUX DIJON D'AUJOURD'HUI

simple annexe de l'édifice, el ne devait avoir d'autre ambition que celle de le faire valoir. Grâce à cette heureuse disposition, le spectateur embrasse sans efforts el sans fatigue la vaste façade de ce bel édifice du xvn' siècle : il 1»' contemple tout entier et il ne contemple rien d'autre: son attention ne redoute aucune distraction, puisque devant lui le palais occupe tout l'espace que son oeil peut parcourir, et que derrière lui le demi-cercle, en se fermant, lui dérobe toute autre perspective. Ainsi judicieusement dégagé, il a vraiment très grand

Photo Xeurdeiu.

Dijon. — Le palais des EUils.

air, ce palais du xvn0 siècle construit sur l'emplacement du palais des ducs, dont il enclave quelques parties. En le regardant, je ne puis m'empêcher de me rappeler ce que, dans ses causeries à propos du cheval de Phidias, Victor Cherbuliez a si bien dit sur la préférence que le siècle de Louis XIV donna au cheval normand, aux membres épais et à l'ample croupe, sur le cheval arabe, aux formes grêles et ardentes. Entre ce palais et les monuments île la renaissance, ou les charmants édifices civils élevés par l'art gothique à sa dernière période, il y ajuste en effet la même différence qu'entre le massif cheval normal et l'élégant cheval arabe; il est bien un peu lourd, mais n'importe, il est imposant, cel édifice, avee sa large façade el ses trophées sculptés, emblème d'une paix majestueuse

.appuyée sur la force. Par derrière se dresse, altière et comme jalouse de maintenir la prééminence d'un souvenir plus ancien, la haute tour du palais des ducs, et, ainsi dominé, ce palais ressemble véritablement à un sénat de gentilshommes présidé par un souverain.

Malgré sa longue histoire, Dijon est presque entièrement une ville des deux derniers siècles. C'est l'époque parlementaire qui lui ;i donné sa forme et son aspect, et c'est cette époque seule qui revit dans les édifices de sa vie civile. Les tombeaux, en très petit nombre, qui décorent les églises et y prolongent les souvenirs du passé sont ••eux des familles parlementaires. A Saint-Bénigne, c'est unBerbisey, un Frémiot. un Legouz et sa femme ; à Saint-Michel, c'est le président Bouhier, et au fond de l'église la petite chapelle consacrée au souvenir de divers magistrats. Quant aux époques antérieures, il en leste beaucoup moins de traces qu'on n'aurait lieu de s'y attendre. Les très anciennes églises de Dijon ont disparu, ou, comme Saint- Étienne et Saint-Philibert, ont été transformées en halles et en magasins à fourrages... De la première maison ducale, il ne reste aucun souvenir, ce qui n'a d'ailleurs rien de bien étonnant, puisque ces princes résidaient un peu partout, voire en terre sainte, et que le lieu de leur sépulture était Citeaux entre Beaune et Dijon. Les souvenirs de la seconde maison ducale ne sont pas non plus fort nombreux; à la chartreuse de Philippe le Hardi a été substitué un hospice d'aliénés; le palais ducal a disparu pour faire place à 1 hôtel de ville et ce qui en reste se trouve comme emprisonné dans ce vaste édifice.

Mais si ces souvenirs de L'époque ducale sont peu nombreux, ils sont admirables, et Ion peut dire que, si Dijon doit à sa période parlementaire son air cossu, son aisance noble, toutes les choses d'usage et de chaque jour qui font l'étoffe des villes bien conditionnées, comme elles font celle des existences heureuses, en revanche, elle doit exclusivement à ses ducs ce qu'elle renferme de choses rares, curieuses, et qui se rapportentà l'éternelle beauté!

Souvenirs de Bourgogne. Hachette et Cie, édit., 1 sso.

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