ANTHOLOGIE. LÀ COTE ET LE PAYS-BAS
taillis... Mais c'est venu à se perdre... Plus loin, vois-tu le château de Broindon"? Il nous est presque caché par la brunie... Petiote... je connais tous ces pays-là comme ma poche!... Voilà les Saulons, là-bas... dans le brouillard,... sur les eaux et les étangs... Tout au loin, mais c'est à peine si on peut distinguer, c'est Noiron, où il y a les bonnes terres ;... puis Gorcelles,... Savouges... où je courais les bals et les bûcheronnes... Et là après, ma foi... c'est le lin bout de notre petit coin sur la terre... car là, c'est la vraie foret de Cîteaux...
Photo B Gorge
Le piocheur bourguignon, par Henry Bouchard.
Musée de Di jon.
On voudrait y pousser tout de même... on gagnerait après bien des bois... les pavs de Saône!... les terres à prés!... les gros bourgs d'eau !... Mais tout cela... c'est trop loin, et ce n'est plus nous! »
Par delà les forets se soulevaient quelques terres brumeuses, de blêmes collines dégarnies, de suprêmes pays où montait se perdre le petit pointillé des dernières routes humaines... Là-bas, dans les lointains éteints, dans des vapeurs d'ombre et de nuit, sous un ciel de
silence la terre allégée s'achève dans cet inconnu de l'est, où
commence tour à tour toute nuit et toute lumière...
« Eh bien !... Petite !... Voila encore un de mes grands plaisirs !... Voilà le coin de terre où j'aime regarder!... C'est beau... le Pays- Bas, va!... C'est autrement bon et doux à y vivre qu'à la Côte!..
<!Vst un pays de bétail, de champs, de forêts et d'eaux. J'aime cela. moi!... Mon viens me l'a souvent dit : « Cherche ton ami dans la montagne!... Plante ta vigne sur la Cote!... Bâtis ta maison au Pavs-Bas !... » Car c'est le pays de nos vieux... tout cela!... On a des parents dans tous ces villages... Aussi loin qu'on peut tirer vers Ouges ou vers Çîteaux,... il n'y a pas un village qui fume où il n'v ,iit des êtres qui nous tiennent de près.. Au plus loin que les anciens remontent par leurs souvenirs, il y a en des Jacquelinet sur ces terres de clairières et de forêts... On est d'ici !... Mon vieux m'a souvent promené dans ces étendues où tu vois la nuit... Dans ces basfonds, où le brouillard se lève, on ne ferait pas cent pas sans trouver le champ où était crampi un jour un des vieux de notre sang... Il y a eu des bergers, des fermiers, des vachers, des bûcherons, des charbonniers. Mon vieux savait les noms assez loin... Moi, j'ai oublié !... Mais, dis, petite !.. ça n'empêche pas qu'on est de cœur avec eux dans le repos que peuvent prendre leurs pauvres âmes... Ils font bien de se reposer... Ils ont travaillé dur, si le proverbe dit vrai !... Il y a un proverbe qui s'est perdu, qui dit : « Ce sont les Jacquelinet qui ont fait la plaine. » Ce serait à dire que ce sont eux qui ont creusé les eaux, retenu les étangs, taillé les forêts, sorti les liainps des épines. Et tout ce qui serait là devant nous ce serait donc l'œuvre de leur courage. Ils sont morts maintenant. Les chers os sont en repos... Mais ce sont les nôtres qui sont à l'épreuve!... Et l'épreuve est dure à l'heure que voici !... »
...Nono s'assit sur la pierre plate qui couvrait le fossé, là où le chemin des Deux-Rentes croise celui des Crais... Une subite tristesse lui avait envahi Le cœur... Il se souvenait être venu par là, et avoir déjà parlé ainsi... C'était dans ce jour radieux, où, assis à côté de la jeune iiancée, il avait la lèvre toute fraîche des premiers baisers... Devant lui tout le Pays-Bas était fleuri,..-, et son cœur était parfumé par l'amour, cfàmme les vastes forêts et la nature sacrée...
Mais tandis que Nono penchait la tète sous le poids du chagrin, une petite main vint doucement se gîter dans la sienne, comme un oiseau qui se blottit au nid.
Nono se réveilla de son rêve... Il n'est pas seul dans le pêle-mêle .iris de la nuit. . Il y a quelqu'un à côté de lui... tout comme jadis...
ANTHOLOGIE. LES CLOS DE VIGNES l'.ii
Ce n'est plus le même être... Jadis, il était plus grand, plus brun, plus vif; il avait la vie violente d'un jeune aigle... Mais maintenant c'est une enfant!... C'est nne mignonne!... Et Xono sent dans son cœur dépéri renaître l'obscure chaleur d'un sentiment qui n'est plus l'ancien amour, mais qui es! quelque chose de plus rassuré et de plus doux...
« Petit père !... lit l'enfant .
— Mon enfant !... » lit le père
Et il enlaça sa tille.
Nono. PIon-Nourrit et </". édit.