ANTHOLOGIE. LE CREUSOT
drale, et qu'il semble bien nous dire par le peu d'espace qui! recouvre combien peu de place tint le paganisme romain dans la vie populaire des Gaules! Aujourd'hui lArroux le parque dans sa solitude rustique comme pour le séparer à jamais de la vie moderne avec laquelle il n'a plus aucun rapporl ni prochain, ni éloigné. A ce superbe paysage architectural, ouvrage des hommes, la nature a prêté un cadre digne du tableau, lu cercle de hautes montagnes largement dessiné ferme l'horizon à une distance qu'on dirait mesurée avec exactitude pour l'aire naître le double sentiment de la proximité et de l'éloignement; plaines et montagnes forment ainsi un des plus majestueux amphithéâtres qu'on puisse voir. Cel horizon dut plaire beaucoup aux Romains, car il était l'ail pour leur rappeler quelques-uns îles paysages de leur patrie, par exemple les montagnes de la Sabine vues de la villa Albani, ou plus exactement de la campagne où s'élève l'illustre petit mont sacré ; malheureusement la lumière est ici dure, sèche et froide, el ces montagnes farouches ne s'en bussent pas amoureusement pénétrer comme les collines romaines qui, visitées par les dieux, ont reçu de leur passage le privilège de la transparence, et dont la masse se présente comme une ouate vaporeuse imbibée de soleil.
Souvenirs de Bourgogne. Hachette et C' . édil
ABDOUiy-D U MAL ET
Le Creusot.
Voici les puits Saint-Pierre et Saint-Paul d'où la houille à peine extraite est dirigée vers les fours, les hauts fourneaux et les forges; les brasiers automatiques où le charbon soumis à la combustion se présente à la gueule de 155 l'ours à coke, sous l'aspect de scories étincelantes poussées par des machines, arrosées par des lances à eau et désagrégées en morceaux noirs qui sont du coke. Près de là. des hauts fourneaux au-dessus desquels on verse sans cesse combustible, castine et minerai et d'où sort à la base, ardente fontaine, le ruisseau de fonte, plus étincelant encore que la lave des volcans.
Des machines soufflantes projettenl l'air dans les formidables creusets où le métal se détache de sa gangue et produisent ce bruit indéfinissable qui plane sur la \ ille. Rien n'esl perdu, la chaleur développée par les fours à coke et les hauts fourneaux est récupérée pour le chauffage des chaudières dans la plus grande partie des usines
Les torrents de métal en fusion vomis par ces hauts fourneaux — que les grèves seules ont fait arrêter momentanément — pendant des périodes de huit à dix-huit années, vonl se déverser dans une poche roulante à laquelle une locomotive s'attelle pour la conduire à l'aciérie.
Celle-ci, ou plutôt les aciéries sont la partie la plus émouvante du Greusot, par la majesté des engins, l'insoutenable éclat du métal, le grondement des machines souillantes, le feu d'artifice des étincelles qui emplissent le hall gigantesque. Aucune autre partie de l'industrie moderne n'est aussi grandiose et émouvante que la production de l'acier par les procédés Bessemer et Siemens-Martin. Mais cela se voit ailleurs : aussi les curieux attendent-ils toujours avec impatience l'arrivée devant le laineux marteau-pilon de cent tonnes, qui. dans leur esprit, incarne l'établissement tout entier, tant la renommée en a dil de merveilles. Il y a cependant, chez beaucoup, une sorte de déception. Certes, la machine est haute, large el puissaule. On s'imaginait quelque chose de terrifiant, de surnaturel et l'énorme outil est d'une docilité et d'une souplesse inconcevables. Le métal incandescenl est forgé par le pilou avec autant de facilité que le petit morceau de fer rouge sous le marteau du forgeron. Les épaisses plaques de blindage des cuirassés, les tourelles des forteresses sont préparées par le gigantesque marteau avec une inexprimable facilité.
Dans l'immense halle de la forge où les marteaux-pilons tombent en éveillant un grondement sourd, se suivent les machines énormes servant à ajuster et percer les plaques, fabriquer les éléments de canons : le spectacle est d'une grandeur sereine. Des ponts roulants courent d'une extrémité à l'autre, portent plaques et canons près îles machines, les déposent, brûlants, dans les formidables cuves ou fosses pleines d'huile ou d'eau pour la trempe. Dans un autre atelier on fait uniquement les bandages de roues pour chemins de 1er