‹ La BourgogneChapitre 6 sur 81 · A. Lu.-Ik-I · texte numérisé non relu

A. Lu.-Ik-I

\unsi bien le vin de Bourgogne porte-t-il avec lui sur la table de l'amateur autre chose encore que son l><m<iuet et sa belle couleur : sa renommée. Tous les siècles de l'histoire l'ont chanté. Grégoire «le Tours l'égalait au plus noble falerne. Les ducs de Bourgogne s'intitulaient les « seigneurs des meilleurs vins de la chrétienté ». Pétrarque a expliqué à la gloire de la Côte de Beaune la longue durée du schisme d'Avignon : « Si les cardinaux désirent demeurer au delà des monts, c'est qu'il n'est point en Italie de vin de Beaune et qu'ils ne croient pas mener une vie heureuse sans cette liqueur. Ils regardent ce vin comme un second élément et comme le nectar des dieux. » Il y a eu, — il y a encore, — en Bourgogne une littérature du vin : des chansons surtout, car le bourgogne rend optimiste et sa vertu s'est montrée capable de faire oublier au vigneion ses plus durs déboires, ceux des années « du phylloxéra » et de l'année 1910, la seule peut-être, depuis le moyen âge, où l'on n'ait pas vendangé. Les fantassins bourguignons chantent sur les routes :

Joyeux enfant de la Bourgo^uf.

Je n'ai jamais eu de guignon.

Et quand je vois rougir ma trogne

Je suis fier, je suis fier Je suis fier d'être Bourguignon.

Et, ce disant, ils oublient leur fatigue. Ne dirait-on pas que Piron lui-même, inter pocida, ait voulu rendre justice au vin de Beaune :

De Beaune l'on médit en vain; Tout cela, pures calomnies !

Beaune produit d'excellent vin, Ergo, Beaune est fertile en excellents génies.

Ce glorieux bourgogne a son histoire dont les épisodes saillants ne sont point oubliés dans le terroir. Qui n'a entendu parler du vin de la Comète? En 1811, année de grande sécheresse, le vin fut d'une linesse vraiment extraordinaire. Or cette même année parut au ciel la fameuse comète où les astrologues et le peuple virent tant de présages. En Bourgogne on se contenta d'attribuer à l'influence de l'astre la récolte exceptionnelle. Depuis on répète une chanson patoise (jui dit :

On n*an fi gar, ma ç'eto bon, L'année qu'on voyi lai cômaite ; <)n n'an pu pas boueire ai fouazon Car ç'ai feso mau ai lai tcte !

tarai le bon vin bian

Dlai cornait", d'iai cômaile ;

Jarni le bon vin bian

Dlai cornait" d*el y é deux au !

Le vigneron de la Cote, au surplus, aime non seulement son vin. mais son métier, sa vigne et Fanon gris qui lui laboure son clos. En somme, ces pochards dont parle Aimé Piron :

Ce gro gorman. ces ivrogne Ce pillé de caibarai Qui du sirô de Bregogne S'erôse sôvan le bai

sont aujourd'hui la minorité, et il est assez rare que

Lo trogne, lo trogne, lo rouge trogne Se painture an violai.

Idées générales sur l'industrie et le commerce. - - Il y a, dans la région du Creusot, de Montceau et d'Epinac, une Bourgogne minière, une Bourgogne de grande industrie. Mais le reste du terroir ne compte que des usines dissérninérs un peu partout, et particulièrement aux abords des voies d'eaux et aux lisières des forêts. La Montagne a perdu ses anciens maîtres de forges, mais possède aujourd'hui, à Froidvent, à Tarsul. d'importantes distilleries de bois, voire de belles forges modernes à Sainte- (lolombe-sur-Seine. Dijon, dont l'industrie s'accroît, fabrique sa moutarde, son cassis, ses biscuits Pernot, et aussi ses cycles Terrot. Brazev-en-Plaine tisse et distille. Montbard occupe huit cents ouvriers à la fabrication des munitions d'artillerie et des « corps creux ». Longchamp se consacre à la faïencerie, Pouilly-sur-Saône à la céramique. Ces exemples, choisis dans le département de la Côte-d'Or. beaucoup moins industriel que celui de Saône-et-Loire, et aussi dénué de gisements houillers que de houille blanche, montrent qu'il n'est guère de coins dans la province

où ne fume quelque cheminée. .Mais dans celle indu-strie; comme dans l'agriculture, le morcellement et la variété sont infinis. Pas de grandes spécialités. Peu de grands domaines et peu de grandes usines: toutes sortes de cultures el toutes sortes de fabrications.

Les lignes ferrées, la Saône, les canaux de Bourgogne et du Centre emmènent donc des marchandises très diverses. Si la province qui

Photo Boulange

Fabrication des marsoltins.

a nourri Lyon durant des siècles de son grain est surtout connue aujourd'hui pour les vins qu'elle envoie à l'Allemagne et à la Belgique, elle exporte aussi des bois de Bourgogne, des laines, jusqu'à ses gaudes, et sa houille, et bien d'autres choses. — au loin, la Gloire de Dijon, si célèbre parmi les roses, rappelle en bien des jardins son pays d'origine, — niais si l'on excepte les produits de l'industrie creusotine, il va de Bourgogne au dehors assez peu de chaque chose.

Les caractères de l'agriculture et de l'industrie locale déterminent (•eux du commerce. Pas de commerce spécial à la province. Pas même, au total, de très grand commerce. C'est ainsi que partout nous

retrouvons cette demi-teinte, mêlée et moyenne, qui est celle de la Bourgogne sur la carte de France. Les spécialistes l'ont remarquée, chacun dans son milieu, cette médiocrité éternelle. Et, pour linir. voici un économiste qui parle, M. Germain Martin : « L'habitant de Dijon, accoutumé à l'étroite rue de la Liberté, où les petites boutiques se succèdent : le vigneron pris par les soins minutieux de la culture

Hioto Boulanger.

Flottaëe des bois sur l'Yonne.

des grands climats, qui ne saurait comporter de vastes exploitations ; le rural, très attaché à son lopin de terre et vivant dans des villages dont la superficie cultivable est très morcelée, n'ont pas l'esprit tourné vers les grandes affaires. Subissant un sort dont ils savent se contenter, ils ont plus l'esprit d'épargne, d'économie, que le goût de risquer et leurs capitaux et leur activité dans de grandes entreprises. Ils ont plus de sagesse que d'audace. »

Vue cavalière de l'Abbaye de Citeaux vers 1720.

Dessin fie l> Ktienae l'rinstet.

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