M LA BOURSE
Les marchés sérieux avec le jeu lui-même;
Les premiers, concentrant les capitaux épars ,
Secondent puissamment l'industrie et les arts ;
Beaucoup de plans hardis , d'entreprises immenses,
Avorteraient dans l'ombre , infertiles semences ,
Si, de lumière et d'air largement inondés,
La Bourse, leur soleil, ne. les eût fécondés.
Parmi ceux dont j^admets le règne légitime
J'en citerais plus d'un que tout le monde estime ;
L'opulence chez eux , utile réservoir,
S'épanche en des travaux , grands comme leur pouvoir.
— Mais tu ne poursuis point un but de cette sorte ?
LÉON
Non. Comment le pourrais -je ?
DELATOUR
Une autre ardeur t'emporte :
Tu veux jouer?
LÉON
Sans doute.
DELATOUR, lui faisant signe de se rasseoir, et restant debout.
Eh! bien, écoute- moi ; N'en dis rien au public ; garde ceci pour toi :
— La Bourse , selon vous , ô gens de la campagne ,
Est un jeu comme un autre, où l'on perd ou l'on gagne? Point. Les joueurs y sont partagés en deux corps : Les faibles dans un camp, et dans l'autre les forts ; Grâce aux gros bataillons qu'ils tirent de leur caisse, Ceux-ci font à leur choix ou la hausse ou la baisse. Si bien que l'un des camps, étant maître des cours, Toujours gagne, pendant que l'autre perd toujours. A ce duel inégal joins l'œuvre des habiles :
Les uns ont su d'abord les nouvelles utiles;