‹ La Bourse, comédie en cinq actes, en verseChapitre 19 sur 97 · UN PROPRIÉTAIRE CAMPAGNARD · texte numérisé non relu

UN PROPRIÉTAIRE CAMPAGNARD

Messieurs, cet beaux projets, qui vous semblent plaisants, Ne nous arrangent pas, nous autres paysans ; Tout l'argent va chez vous, et les propriétaires N'en peuvent plus trouver pour cultiver leurs terres. Par exemple, voulant dessécher des marais, Je cherchais un emprunt, même à gros intérêts; Ah I oui I — le capital , à nos champs infidèle. S'envole vers la Bourse où la prime l'appelle , Et chez les étrangers fait pleuvoir les milliards , Sans qu'il en tombe un sou parmi nos campagnards.

LÉLIO

Patientez ; la Bourse a de grosses bourrasques Qui rendront plus prudents les capitaux fantasques ; Vous verrez revenir vers les champs négligés Ces nombreux déserteurs , rudement corrigés.

A Simoanet.

Voyons, n'avez-vous pas quelques légers scrupules D'exploiter à ce point les bonnes gens crédules?

SIMONNET

Tant pis pour les niais; la Bourse est un champ clos Où c'est, au lieu de sang, de l'or qui coule à flots; Par -dessus les blessés on se pousse, on se presse , Et la victoire, en somme, appartient à l'adresse. Un conquérant, qui veut subjuguer l'univers , Va-t-il compter les morts dont les champs sont couverts ?

U u raMled.

DELATOUB, à Leou.

Écoute bien ceci. >

l'agent de ghangb.

D'ailleurs, ceux qu'on culbute Sont de petites gens mal taillés pour la lutte.

SIMONNET

Ces petits capitaux deviennent trop fougueux.

l'agent de change.

Ils encombrent la Bourse ; on n'y voit que des gueux.

le propriétaire campagnard.

Le mal , c'est que chacun, dédaignant l'humble vie , Sur plus riche que soi jette un regard d'envie.

SIMONNET

Eh I mon Dieu I la richesse a bien ses embarras , Et pour nous l'envier, on ne la connaît pas.

Que d'ennuis , de soucis , de soins de toute sorte ! C'est un fardeau qui pèse à celui qui le porte; Et ceux que le destin n'a pas trop enrichis , De tous ces ennuis -là se trouvent affranchis.

LÉLIO

Soit; mais si la richesse est une lourde affaire, Rien ne me semble aisé comme de s'en défaire.

SIMONNET, oonitoMut oooime t'U ae l*«r«ltpw entendu.

Que faut- il pour bien vivre? à peu près mille écus; Qui sait borner ses goûts n'a pas besoin de plus. Contentez- vous de peu I voilà ce que je prêche A tous ceux qui n'ont rien , et que la Bourse allèche,

LÉLIO

Ce conseil est fort bon , mais les excellents fruits Par votre propre exemple en sont un peu détruits. Ehl comment voulez- vous que tous ces pauvres diables

Page 1