V. BERI^ARD
Aussi tu disparais, v'ian I sans dire bonsoir.
On apprend, un beau jour, que la terre est vendue,
Que le maître est en route et sa trace perdue.
CAMILLE
Et vos amis, Léon I N'aviez-vous pas songé Aux craintes dont leur cœur allait être assiégé ?
LÉON
Es m'avaient défendu de leur parler.
M. BERNARD
Sans doute ; Il m'en souvient , voisin , et de ce qu'il en coûte : Car, du jour où j'ai cru te devoir renvoyer, Avec toi le bon rire a quitté mon foyer.
Tu nous manquais, ma foi ; j'étais mal à mon aise, Et regardais souvent la place de ta chaise.
Le comte, ton rival , ne te remplaçait pas ; Beau garçon, mais ayant des goûts trop délicats : n était trop poli, trop plein de courtoisie; Sa parole coulait, lente, pure et dioisie; Il sen^lait que lui-même écoutât ses discours ; Toujours doux, souriant; paré, ganté toujours. Les gros mots, bien gaillards, comme j^e sais les dire, Expiraient tous devant son étemel sourire; Je fis , une ou deux fois , effort pour les placer; C'était morne et lugubre; on se sentait glacer; Et mes éclats joyeux sonnaient dans le silence. Comme l'écho des pas dans une église immense. Puis il ne fumait pas; pour finir le tableau, Il n'aimait pas la chasse, et buvait beaucoup d'eau.
LÉON , lui vreunft U mais.
Pauvre monsieur Bernard I
MADELAINB.
Ce monsieur de la Mole!
Il n*a jamais daigné m'adresser la parole.
n avait un laquais aussi guindé que lui.
▲ Léon.
Et mon Pierre, Monsieur? va-t-il bien, mon Pierre?
LBON.
Oui.
Tu le verras tant^.
MADELAINB.
Ohl qu*est-ee qu'il va direl
M. BERNARD, à lAm.
Lorsque tu fus parti , ce fut encor bien pire : Elle rêvait, pleurait, ne disait pas un mot ;
C«mU]e M tktBt pour M fairo rtgne de se taire ; H. Bernard oonMane.
Quand elle en disait un, j'y sentais un sanglot.
LBON , aT«o. une eztrènw émotion.
Mademoiselle!... Camille!...
M. BERNARD
De manière Que , las de rengainer ma verve prisonnière , Et d'être, à mes repas, autrefois animés, Entre un sourire fixe et des pleurs comprimés. J'ai renvoyé le comte, et dit à cette sotte : Ne pleure plus; allons chercher ton Don Quichotte; U n'a pu s'envoler en l'air, comme un oiseau ; Nous le ramènerons, captif, au Toboso.
Lai frappant rar l'épanU, en riant.
Eh I eh I on a trouvé ta grotte solitaire ,