ACTE III
HADELAINE.
J*ai bien du chagrin t
CAMILLE
Parle, au Heu de soupirer.
MADELAINE
Ahl tant j'ai du chagrin, je voudrais être morte!
CAMILLE
Mais quel est ce chagrin enfin? de quelle sorte?
MADELAINE, écUfani tout à fait.
Pierre... Ah! ahl ah!
CAMILLE, lui prenani les nuiii».
Eh bieni quoi?... Pierre?
MADELAINE
Il sort d'ici* Pierre qui m'aimait tanti que j'aimais tant aussi î... Mon Pierre I... Ahl ah! mon Dieu!
CAMILLE
Quoi donc?...
MADELAINE
Est-ce possible!...
Je m'y fiais si bien!... Je dormais si paisible!... Quand un ange du ciel me serait apparu , Quand il me l'aurait dit, je ne l'aurais pas cru.
CAMILLE, doucement.
Explique-toi; voyons!
MADELAINE
Oui , Pierre m'a laissée ; Il ne veut plus de moi , de moi , sa fiancée ; Il est devenu riche, un monsieur, un bourgeois; Il n'est pas fait, dit-il, pour vivre en villageois; Il se fixe à Paris; il lui faut une femme
Qui sache le bon genre et soit une madame.
— Ahl j'aurais été riche, et les plus beaux messieurs De France et de Paris m'auraient fait les doux yeux; J'aurais un grand château, dans une grande terre , Que je n'aurais pas pris d'autre mari que Pierre.
Elle se re^aet à plear«r.
CAMILLE
OÙ s'est- il enrichi?
màIdelainb.
Que sais -je? Il m'a parlé D'un endroit tout plein d'or ; c'est comme un *as de feié. • • Il a gagné la Bourse...
CAtiILLE.
A la Bourse, sans doute?
MADELAINE
A la Bourse, c'est ça. — & le bon Dieu m'écoute , Il prendra son tonnerre, et jusqu'aux fondements Brûlera cet endroit qui fait ces changements. Ah! pourquoi Pierre a-t-il cet argent qui le change! Et que n'est-il encor pauvre batteur en grange 1
CAMILLE
N'as -tu pas honte, enfant, de tant te lamenter? Et puisque Pierre est vil, peux -tu le regretter?
— Moi je serais plus fière; et, comme toi frappée, Le mépris éteindrait l'affection trompée.
— Va me chercher ma lettre, et sèche -moi ces yeux.
Elle lui essuie les yeux arec son mouchoir. — Madelaiae sort.