‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 100 sur 153 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

matière essentielle, il est nécessaire que l'homme y supplée par son travail, ses connaissances et des substances fertilisantes. ‘Tout ce qui est pris du sol doit lui être remis sous quelque forme convenable, et doit être adapté aux exigences auxquelles on veut l'astreindre. La violation de ce précepte tue l'agriculture dans un pays, déconsidère et ruine ses habitants. Quelles que soient les expériences que l’on exécute en fait de succession de récoltes, en fait de rotation ou autre chose semblable, :l faut toujours en venir à la remise des fonds empruntés. Les bouleversements du sol opérés par la charrue fourniront bien aux racines des plantes quelques nouvelles particules de terre dont les principes fertilisants n’ont pas encore été extraits, l’action du soleil sur la nouvelle surface exposée à ses rayons pourra bien développer certaines ressources végétatives encore inexploitées, mais tout ceci ne fera aue prolonger le

délai de quelques jours avant le jour de l’épuisement.

Il faut de toute nécessité rendre à la terre sous une autre forme une partie de ce qu’elle nous donne. C'est une compensation exigée pour de nouveaux produits et d’ailleurs toute naturelle. Jetons un coup d'œil sur le travail de la nature. La divine sagesse qui a formé le monde et qui préside à sa conservation nous montre ce que nous avons à faire dans l’œuvre de notre propre conservation et de notre avancement, pour nous perfectionner à son imitation et en retirer un bénéfice matériel, sûr et considérable,

Dans son infini domaine, depuis le sol que nous foulons ici-bas sous nos pieds, jusqu'au dernier des astres dans la profondeur de l’espace, rien de perdu, rien d’inutile, pas un aiôme de matière, pas une force, pas mêrne la moindre vibration de lumière. L’éclair qui fend les rochers comme les nues, le tonnerre qui secoue le firmament et purifie les airs, la pluie qui remet à la terre des vapeurs empruntées, la tempête qui renverse et déracine les forêts, les convulsions du globe qui entr'ouvent des abîmes, bouleversent et engloutissent des cités entières, toutes ces choses sont les grandes et parfois terribles opérations au moyen desquelles la nature combine et recompose :es diverses et perpétuelles substances. Un cercle sans fin de mouvements proportionnés, avanta-. geux et puissants, soutient en équilibre la balance de ses harmonies. Il n’y à pour ainsi dire qu'un changement de fonctions dans les substances terrestres par les mutations de la nature. La fin d’une chose devient ic commencement d’une autre ; tout est transition. Les flots de la mer absorbent les eaux fugitives des fleuves et des rivières, puis l'océan les retourne par la voie atmosphérique à leurs sources diverses. Les arbres vieillissent, se gâtent et périssent ; de leurs racines profondes ou de leurs troncs vermoulus surgit un bois puissant qui aura son printemps, son âge mûr et sa vieillesse. La poussière de la terre deviendra une tige et un épi de grain. Cette tige et cet épi, après bien des changements successifs et sous des formes nouvelles, s'uniront de

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