CHAPITRE XI
années, mais que ça ne dure pas, qu'on ne peut pas faire de calculs sur le fond de ces terres, au'elles s'épuisent trop vite! qu'après quelques années elles ne produisent plus que de mauvaises herbes, que les engrais mêmes devant être renouvelés souvent deviennent trop coûteux, et mille autres balourdises et absurdités de ce genre.
Mais de quel droit cet hoinme ignorant où malicieux veut-il donc priver sa famille et toute sa postérité peut-être, d'une carrière de progrès, de positions honnêtes et converables ? N'est-ce pas assez d'avoir détruit la fertilité du sol :: d'en avoir dissipé les éléments par l'inconcevable folie d'un système absurde et meurtrier? Après avoir rapidement dépouillé sa terre de ce qui lui était indispensable pour assurer l'existence d’une famille, aprés l'avoir laissée en ruine à l'homme courageux qui lui succède, va-t-il encore chercher à déraciner du cœur des colons qui ont l'expérience des choses, l'espoir d'un succès dans lequel on se confie avec bonheur? Vraiment, c'est tenter la Providence, cela se comprend aisément, Cacher, en effet, ou soustraire à l'homme de bonne foi qui les cherche avec ardeur, les ressources qu'il peut tirer du sein de la terre par une culture améliorante au bénéfice de son avenir, c’est aller beaucoup trop directement contre cette loi antique et divine, solennellement promulguée sur le Sinaï : « Vous ne déroberez point.» C’est tendre malheureusement, sans trop le savoir peut-être, vers l'extinction de notre race dans cette province même, ou ce qui est
aussi pernicieux, la relancer vers la sauvagerie des siècles passés, alors que, luttant à la fois contre des ennemis nombreux et cruels, elle avait à pourvo:r à sa conservation et à faire face à mille exigences diverses.
Voilà le fait d’un colon qui ne comprend pas son rôle, sa mission, que l'inconnu environne de toutes parts, que l'ignorance a graduellement perdu, et auquel on peut demander pourquoi il est venu dans les terres nouvelles. A ceux qui avaient déjà quelques préjugés, des antipathies, quelques systèmes, un petit point de vue individuel, il a fait dire, il a fait croire que la colonisation était une œuvre ingrate et qui ne payait pas. Imbécile et aveugle, il n’a pas su fixer la plus légère attention à la merveilleuse transformation du sol, ni regarder à l'assurance du secours divin, soit dans l'abondance des pluies qui font germer les grains, soit dans la limpidité d’un beau ciel, cette vive peinture de l'espérance. Il a voulu tout laisser à d’autres ; eh bien, d’autres en ont profité, et ils en profiteront à sa honte comme à son regret.
Le principe du succès chez le colon comme chez le cultivateur d’une vieille terre, nous disent les lois de l’agronomie, c’est de savoir que chaque plante, chaque tige, chaque brin d’herbe tirent en grande partie leur substance du sol, et que ces ingrédients, ces matériaux n’y existent pas en quantité inépuisable. Il faut qu’ils s’y renouvèlent et comme ce renouvellement ne peut s'opérer de lui-même ni sans
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