CHAPITRE XII
avait été donnée le 5 février 1866. Nous y fimes le premier dimanche de septembre, après la bénédiction, le premier office public et dans l'après-midi, j'y érigeai le chemin de la croix en vertu du décret de Monseigneur l’évêque de Montréal en date du 31 juillet précédent. Par une remarquable coïncidence le premier baptême de la mission fut fait ce jour-là dans la nouvelle chapelle.
J'avais déjà fait transporter à mon établissement dans le mois de mars précédent tous les matériaux et instruments nécessaires à la construction et au bon fonctionnement d’une scierie. Mon ouvrier s’'étant mis à l’ouvrage de bon printemps confectionna d’abord toutes les machineries qui devaient être faites en bois, n'ayant acheté et fait monter que celles qui devaient être en fer ou en fonte, en sorte qu’au milieu de l'été, tout étant prêt, on s’occupa des ouvrages du dehors tels que la chaussée, la charpente, etc. Le tout fut prêt à l'automne, mais trop tard pour être utilisé cette année-là. Néanmoins voilà la chapelle et le moulin construits à St-Zénon à la grande satisfaction defésidents : ce sont là les deux premiers éléments nécessaires à toute colonisation, si l'on veut qu’elle réussisse.
M. Brassard de son côté parachève peu à peu ses établissements, en construit de nouveaux, défriche ses terres, bâtit de nouvelles granges en prévision de la magnifique récolte qui s'annonce avec bonheur sur tous les lots sans exception. A la fin de l’année, il avait une dépense de trois mille cinq cent quatre-
vingts piastres. Il donne de l'ouvrage aux colons résidents comme à d'autres qui surviennent, il tient à garder ceux qui se rendent sur les lieux et qu'il juge dignes de protection. Les sacrifices ne lui coûtent pas. De pauvres qu'ils étaient quand ts sont montés, ces colons s’en vont sur les lots qu’ils ont choisis, avec un peu d'argent et quelques provisions. Tout leur avoir est sorti de ce cœur généreux, sa main libérale et bienfaitrice a versé bien des consolations dans l’âme de ces pauvres déshérités de la fortune. Plus tard ils reviendront peut-être offrir leurs bras et leur travail à ce bienfaiteur afin d’en obtenir quelques nouvelles ressources, et comme la première fois, il s’intéressera à leur sort d’une manière efficace. Puis 1l les encouragera plus fortement que jamais, et saura fixer au fond de leur cœur l’espérance de beaux jours pour eux-mêmes et pour leurs familles.
En 1868, M. Brassard continue les travaux sur le chemin dé Mantawa ; ils sont poussés avec activité dans tout le cours de la belle saison. [1 y eut dans cet été-là une sécheresse considérable. Le 10 de juin, le feu se déclare dans les bois de St-Michel-des- Saints, en arrière du mont Roberval. Ce feu violemment activé par le vent menace l'établissement de M. Brassard, il prend même dans la basse-cour. Heureusement éteint sur ce point, il éclate ailleurs et se propage plus loin d’une manière aläirmante. Le 29 de juin il est au paroxysme de sa fureur; on est obligé de garder pendant plusieurs jours le pont
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