‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 26 sur 153 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

chi vers l'Est la première rangée de hauteurs qui la bordent, l’on tombe dans de belles sucreries et dans un terrain passablement plan; on assure qu’il y a là de quoi établir toute une paroisse. D’ün autre côté, sur la rive opposée de la rivière, à l'Ouest et au Nord de ce que l’on appelle la Ferme de Crépeau, on trouve pour le moins les mêmes avantages. Si jamais ces terres viennent à se prendre et qu’on s’y établisse définitivement, la vallée dont je parle aura son importance, car elle deviendra un centre d'approvisionnement et de commerce pour toute lx population fixée dans cette grande circonscription. M. Crépeau, qui a lui-même surveillé l'ouverture du premier chemin, de colonisation dans cette direction, peut ajouter un témoignage précieux à celui que j'en donne et fournir d’utiles renseignements sur cette région. Que de fois, en explorant ces lieux à la tête d'une compagnie de travailleurs, ne s'est-il pas épris d'admiration pour ces solitudes couvertes du plus beau bois possible et qui lui semblaient récéler dans leur sein les trésors de l'abondance ! Que de fois dans les rencontres que nécessitaient nos travaux conjoints de colonisation, n’ai-je pas trouvé sur ses lèvres, dans le cours de nos entretiens, des expressions bien sincères d’apitoiement sur le sort de ceux qui laissaient de côté les assurances qu’ils pouvaient trouver là d’un bon avenir, pour courir après les chimères et les illusions d’un projet de fortune à l'étranger ! Ah ! que de fois, que de fois, en vérité, on a laissé la Bourse et la Vie, pour aller se jeter dans les bras de l'indigence et de la ruine!

De l'extrémité nord de cette vallée, il n'y a que quelques milles pour atteindre le sommet des Laurentides. Le niveau du chemin est un peu différent maintenant. Des trois lieues et demie que nous venons de parcourir depuis Ste-Emmélie, nous pouvons en compter presque trois dont la surface est parfaitement unie, et, si jamais les moyens en sont fournis, on peut faire pour toujours dans cette partie un bon £ se et très-beau chemin. A partir du point où nous som- leu mes, il y a bien une légère ascension à faire sur qu quelques milles en avant, mais ce qui contrarie le plu

L plus, c'est le passage, il faut dire, sur pierres d’envi- Bet, \ ron quatre m'ies qui n’ont jamais été finis comme etr route de colonisation. Une montagne haute et som- Le

bre se dresse ici devant nous ; elle est taillée à pic d'un côté de la rivière, et de l’autre elle projette inégalement d: gros rochers: ces masses informes, nues et dépouillées de toute végétation, sont étagées perpendiculairement à l'horizon, à des hauteurs sans limites ; on dirait que cette montagne, double aujourd’hui, s’est fendue autrefois pour laisser passer un filet d'eau qui circule avec misère au fond de cette crevasse. Ce filet d’eau, c’est encore la rivière Noire qui porte ici son nom avec plus de raison que partout ailleurs, étant singulièrement assombrie par ces deux noirs et gigantesques remparts. Lorsque : nous avons tracé le chemin de Mantawa, nous fûmes obligés de nous jeter à l’eau plusieurs fois afin d'opérer notre passage dans ces lieux difficiles; et je me rappelle fort bien que, pour comble de bien-être, le

CITAPITRE III. 59

y a que soir du 3 août 1863, nous y fûmes assaillis par un les Lau- orage affreux. Nous eûmes à peine le temps de nous différent retirer sous la toile de notre tente fragilement tendue nous vé- dans l'angle d’un rocher, que déjà de grosses gouttes pouvons de pluie commencèrent à tomber. Un vent d’oura- | parfaite- gan s’engouffre tout à coup dans le ravin ; notre mait fournis, son s'écrase du premier coup: les arbres craquent, e un bon se balancent et se tordent avec fracas; on entend nous som- leur chûte ; ils entraînent avec eux de grosses pierres

faire sur À qui se brisent en éclats sur d’autres plus solides. La ntrarie le pluie, poussée avec une violence extrême, se précipite

es d'envi- et crépite sur les parois dépouillées de la montagne is comme et ruisselle en cataractes bruyantes jusque sur nous. te et som- Le ciel s’illumine d'innombrables éclairs, le ton-

illée à pic Mnère éclate à tout moment, et dans ses roulements le projette sourds, terribles, saccadés, on aurait dit que la moninformes, Mtagne était secouée jusaue dans ses fondements. nt étagées HEpouvantable concert que celui-là, où le vent, l’eau, hauteurs Île feu, le tonnerre faisaient chacun leur partie. Nous ne, double llen fûmes quittes, grâces à Dieu, pour une heure d'in ser passer quiétude. !

u fond de C’est au fond de cette gorge profonde, sur la rive

la rivière fpauche du cours d'eau, que passe le chemin. On a raison que éussi à y déblayer le fond d’une bonne route, il respmbrie par ferait maintenant à la parachever : ce qui demande- Lorsque fait assurément moins d'ouvrage qu'il y en a de fait. nousfûmes % a différence de niveau, dans ces quatre milles, est à afin d'opé- fhbeine de cinquante pieds, il n’y a que deux ou trois ; et je me Æôtes de peu d'importance, la ligne est très-bonne.

bien-être, le

Notons en passant que ceux qui, sans aller bien

loin, voudraient jouir du pittoresque de la grande nature montagneuse et forestière de la chaîne des Laurentides, pourraient fort bien essayer de cette région qui en forme à peu près le sommet. On vante avec beaucoup de raison sans doute les admirables paysages du Saguenay, le splendide aspect de ses rives, l'altitude de ses caps : en voici un, le cap Alpha, qui porte à près de mille pieds de hauteur sa noire chevelure de mélèzes et de cyprès. Ses pieds sont baignés par la rivière, et de sa droite s’échappe un large filet d'eau qui descend perpendiculairement d’au moins six cents pieds de hauteur. C’est la décharge du lac Marchette qui se trouve en arrière du cap. Cette langue monstrueuse qui creuse doucement son lit dans le roc vif, qui se précipite avec fureur sous les grands arbres qui l’abritent et à travers un léger nuage de vapeurs, fixe nécessairement l’attention du voyageur. On s'arrête instinctivement devant cette phénoménale création. Une fameuse reine de Babylone creusait autrefois des lacs, bâtissait des villes, se taillait des palais dans les monta gnes de l’Arménie en se plaignant du peu d'ouvrage que ces constructions nécessitaient ; il est certai qu'elle aurait ici trouvé matière à exercer comme à satisfaire son génie ; longtemps elle aurait employé ses milliers d'hommes, la nature n'aurait pas refusé 1: matière, eût-elle fait travailler durant un siècle. Il es vrai que sa domination ne subsista point, mais se œuvres matérielles restèrent. Rien ne lui résista, les rochers, ni les précipices, niles lieux les plus es L

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