CHAPITRE V
Sauvage. Je suis persuadé que si les environs du lac de Léry étaient connus ou avaient été visités, il y aurait déjà plusieurs familles qui habiteraient cette importante partie de St-Zénon.
C'est de St-Zénon que l'on se dirigera plus tard par un chemin très-court vers le lac Bourget, comme aussi vers les grands plateaux du lac L'Assomption, puis à St-Donat du lac Archambeault. Il y a dans ces parages une grande région de terres fertiles qui attendent un chemin, et qui appellent des agriculteurs pour les exploiter. Nous avons visité ces terrains qui sont pour la plupart d'excellente qualité et bien boisés. On y peut faire partout de beaux établissements.
Telles sont les différentes parties de cette nouvelle paroisse que l’on peut considérer comme les plus dignes de remarque. Il est bon d'observer que sur les quarante mille acres de terre dont se compose à peu près la superficie de cette mission, il n’y a pas un huitième de mauvaises terres ou de perte quelconque. Quel vaste champ de colonisation ouvert à l’industrieuse activité de nos cultivateurs canadiens ! Il me tarde de voir une population canadienne-française échelonnée par exemple sur la pente de ces deux collines qui ornent les bords enchanteurs de la rivière Sauvage et se sourient avec complaisance au-dessus de cette vallée. L'une achève de se découvrir par déférence pour sa sœur, qui ne tardera pas, il faut
l'espérer, à lui rendre sa politesse. Il viendra bientôt, sans aucun doute, le temps où l'on verra les défrichements du côté occidental concorder avec ceux
du côté oriental, et quelque bon jour nous contemplerons avec autant d'agrément que de bonheur des habitations charmantes qui embelliront ces campagnes en rivalisant de beauté. Qui sait même si quelques constructions extraordinaires, sur l’une et sur l’autre de ces hauteurs, ne rappelleront pas un jour ces deux collines de la superbe Grenade avec leurs couronnes historiques et monumentales, l’Alhambra et l’Alcazar ? Qui sait si quelqu'un ne proposera pas un jour ou l’autre de substituer le nom du Darro qui divise celles-là, au nom primitif de la rivière Sauvage qui sépare les nôtres? Et s’il ne trouvera pas un Xénil, où se décharge le Darro, dans la Mantawa qui reçoit la rivière Kaïakamak? Alors la ressemblance sera en quelque sorte plus parfaite avec ce ravissant paysage d'un coin de Ja vieille Espagne. Nous avons tant de baptêmes à faire dans ces nouveaux cantons et territoires que l'emprunt de quelques noms étrangers pour des localités qui se ressemblent ne saurait être inconvenant, ni déplaire. Mais ceci n’est pas le plus inportant, et je reviens à demander avec instance à tous ceux qui ont besoin de se procurer des terres, d'établir leurs enfants, de coloniser enfin, de vouloir bien se donner la peine de visiter avec impartialité ces champs fertiles où des années d’abondance récompenseront, s'ils viennent s’y fixer, leur courage et leur persévérance. Afin de produire une conviction plus motivée encore, s’il est possible, dans le public, que l’on me permette de citer de nouveau quelques chiffres. A la
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