‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 84 sur 153 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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Nord sera un immense trésor pour toute la province.

Il est facile de le voir, on le pressent, c’est immanquable, avec cette œuvre tout grandira autour de nous. Un avenir brillant e nous tenons dans nos mains resplendit à la distance de quelques années. Je salue d'avance avec un inestimable plaisir l'aurore d'un beau jour, d’une époque mémorable, d'une ère de prospérité pour ces nouvelles limites de mon pays, quand au moyen des chemins de fer et des autres voies de communication rendues faciles, le trop plein de nos vieilles paroisses y aura fixé son séjour. Que cette robuste jeunesse pour laquelle nous écrivons particulièrement, dans un élan général et patriotique, secoue généreusement la malheureuse léthargie dans laquelle elie s'endort ; qu’elle vienne travailler dans ces nouveaux cantons avec entente, économie, persévérance, et les crêtes de nos montagnes, le creux de leurs vallons, les plaines immenses et fertiles de la Mantawa, tous ces terrains se

‘ couvriront en peu de temps d'habitations paisibles,

Th 166 LA BOUFSE ET LA VIF.

heureuses, où se perpétuera la race canadicnnefrançaise dans les âges lointains. (

| En vue de l'avenir d’autres idées se présentent à

ni nos esprits. Qui sait ce qui nous est réservé? On en- 8 tend souvent parler de guerre et de bruits de guerre ; Ï

| un mot, un rien en suscitent aujourd'hui. Qui sait si P | le peuple canadien ne sera pas trop heureux un jour c d'aller chercher un asile dans ces montagnes ou de ca- Te

cher derrière elles les restes de sa nationalité? Les re

b guerres et les persécutions font monter les hommes re vers les hauts lieux. Et puis quelles populations ont di plus d'énergie et de force que celles des montagnes ? re

1 Nulle part les convictions ne sont aussi profondé- té ji ment enracinées. Il y a du roc dans les âmes coim- CO lé me dans la nature. C’est là que s’emporte le feu l'o 4 sacré de la foi lorsqu'on menace de l'éteindre: les ri

persécutions et les guerres de religion ont peuplé les mc

| Cévennes et le Tyrol. Lorsque Henri VIIT brülait ) pu

| des églises et des couvents en guise de cierges aux | ch immenses funérailles qu'il prétendait faire de la foi À aill : | catholique, celle-ci, refoulée dans les hautes terres de tio ï: l'Écosse, s’y conservait intacte. Comme une lampe ter | au for.d d’un sanctuaire, elle ne s'éteignit point. Ses nat

11 rayons ont illuminé depuis bien des intelligences, et E h au jour du triomphe de l’ancienne foi de l'ile des | éga î saints, elle brillera d'un nouvel éclat. Les monta- peu

i gnes sont le boulevard de la liberté, elles sont une ; pu 8

vraie sécurité contre la tyrannie. Ce glorieux coin É tant

de terre qu'on appelle le Monténégro ne nous mon- À a tr

tre-t-il pas qu'une poignée de paysans héroïques, au PB et d:

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CY.APITRE xX. 167

milieu des montagnes, a su tenir en échec pendant quatre siècles toute la fortune et la puissance de l'empire ottoman! Nos montagnes pourraient être aussi un jour un boulevard de liberté, une barrière infranchissable à toute armée qui envahirait notre pays : habitées et cultivées elles seraient notre salut, car nous y pourrions puiser les ressources nécessaires. Les populations groupées en arrière continueraient d'y vivre en pleine sécurité. Du haut de ces remparts crénelés, élevés par le bras tout-puissant du Créateur, nous pourrions voir flotter à toute heure et sans trembler le drapeau de la liberté sur la tête de nos ennemis, nous pourrions même leur crier comme ce héros des siècles passés : « Viens si tu l’oses. » Oui, que le feu de la guerre éclate sur nos rives, tout l’avenir du pays se concentre dans nos montagnes et dans tout le territoire au delà. Ainsi, puisqu'il peut se préparer dans notre avenir des

choses d’une gravité telle que cet avenir, ici comme

ailleurs, pourrait être mis en danger, il est donc rationnel de chercher à s'assurer un agrandissement de

territoire dans des endroits où l'indépendance et la

nationalité canadiennes seront toujours à l'abri.

Passons à un autre genre de considérations. Eu égard à la qualité des terrains, la colonisation n’a peut-être pas été aussi vite en ces lieux qu’on aurait pu s’y attendre. Mais aussi qui aurait pu prévoir tant de mauvais rapports, tant de verbiage à tort et a travers? Par ce qui en a été dit de temps à autre et dans toutes les directions, on a pu croire en effet

que tout était, dans ces cantons, au rebours des autres. On a presque laissé entendre que les arbres y perdaient leur écorce et non leurs feuilles, que les fruits y croissaient le noyau en dehors, que les fleurs y étaient sans parfum, les plantes sans vertu, les oiseaux sans voix. Tout cela est le fruit d’une crédulité fort niaise et trop souvent, par malheur, d’un voyage fait à la légère, sans précautions, sans calculs, sous l'impression du moment et sans avoir la moitié du nécessaire pour un tel voyage. Combien de personnes, pour ma part, n’ai-je pas rencontrées, réduites par la fatigue, en proie à la faim, découragées par le mauvais temps, sans abri sur la route! Un homme sur lequel toutes ces contrariétés tombent à la fois, sans qu’il les ait prévues, sans même qu'il s'en soit douté, se désenchante très-vite des châteaux en Espagne qu’il a bâtis dans sa maison, au coin de son feu. Il ne franchit pas même toute la chaîne de montagnes, il rebrousse chemin de mauvaise humeur et jure qu'on ne l’y prendra plus. Puis il raconte son voyage, comment il a perdu ses effets, usé ses chaussures, retaillé ses pantalons, effilé tous ses habits dans les roches, les cèdrières, les brûlés, les renversis, les savanes ; il énumère les flaques d'eau où il a barbotté dans la boue à moitié jambes après s'être écarté dans le bois. Il recompte ses déceptions une à une, donne ses impressions comme il les a reçues, à travers le prisme d’une fort mauvaise humeur, et

finit par certifier que Mantawa est un pays affreux. | L'on conçoit que de semblables données sont de na- |

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