CHAPITRE X
comme à lui-même, et qu’il porte dans sa main, avec le poids de sa cognée, les destinées. de son pays. D'un autre côté, le temps viendra de même où l'on parlera de ceux qui désertent annuellement la terre natale, où qui ont peur de coloniser, comme de traitres ou de lâches qui auron’, refusé leur contingent de sueurs et de travaux en faveur de leurs compatriotes et par conséquent de la patrie. Oh ! si le peuple voulait mesurer sa bonne volonté sur son véritable intérêt et si la jeunesse voulait prendre une décision finale en rapport avec le besoin où elle est de coloniser pour se maintenir forte et unie, nous verrions peu à peu le sol passer en des mains canadiennes, et dans cette action unanime de chacun de ses membres, ne trouverait-on pas infailliblement le salut de la nation? Mais, malheureusement, tant qu'il reste en mains quelques piastres, l'on s’obstine à demeurer sur des morceaux de terre insuffisants, et ce n’est qu'après avoir dépensé le dernier centin, que l’on se détermine enfin à prendre la route des cantons. Quelle existence peut-on se créer en arrivant dans la forêt sous ces circonstances? Quelle espérance d’un succès rapide peut-on raisonnablement entretenir dans de semblables conditions? Il faut donc tâcher de prévaloir sur la détermination de ceux qui se trouvent, ou qui se verront bientôt dans la nécessité de quitter leur demeure, d’abandonner la maison qui les a vus naître, afin qu'ils viennent coloniser à temps, et dans des conditions avantageses pour eux-mêmes, pour leurs familles
comme aussi pour leur patrie. Nous leur épargnerons une aventure qu'ils méditent peut-être, mais dont ils n'ont sans doute qu’une imparfaite idée, je veux dire l’expatriation, avec les privations, les ennuis et les dangers qui l’accompagnent.
Car on doit le savoir, ou qu'on l’apprenne si on ne le sait pas, le pain de l'exil est toujours amer, la terre étrangère est toujours stérile, même au milieu de sa fertilité, et quand il faut que le cœur dise adieu à sa patrie, c’est-à-dire à ses proches, à ses amis, à tout ce qui lui est cher, c'est toujours avec un sentimenc, une émotion d’inexprimable tristesse, c’est un moment pénible dans la vie. J'en atteste tous ceux qui nous ont laissés. Que de pleurs versés au départ d’un père, d’un enfant, trop souvent même d’une faible jeune fille! Que de larmes recueillies par les parents, les amis au départ d'une famille entière s’en allant à l'aventure sur les chemins désolés de l'exil! Combien de malheureux néanmoins livrés au fol espoir de trouver fortune ailleurs s’en vont ainsi végéter et mourir sur un sol étranger, abandonnant leurs foyers avec tout ce qu’ils y chérissent ! Ils laissent en partant comme la moitié de leur vie; et cependant notre beau pays n'est-il pas digne de posséder, n'est-il pas capable de nourrir tous ceux qui naissent sur son sol! Ah !je le dis, appuyé sur des faits nombreux, sur des succès exemplaires, qu’un homme s’en aille aux terres nouvelles avec la bourse qu'il lui faut pour chercher une place aux Etats-Unis ou avec la somme d'argent nécessaire pour travailler
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