CHAPITRE X
une année activement sur son lot sans être obligé de s'absenter, et je réponds qu'il réussira. Le succès est infaillible, surtout, si c'est un fils de cultivateur qui se dirige à Mantawa, par exemple, avec le secours de ses parents et muni de quelques appareils d'agriculture. Le terrain partout est facile à cultiver, et moyennant économie et bon travail, il paiera jusqu'au centuple les peines du colon. Le prix des terres n'est rien ; 1l n'est généralement que de trente centins l’acre, en sorte que pour la bagatelle de trente piastres, payées au Gouvernement dans l’espace de cinq ans, un colon devient propriétaire d'un lot de cent acres, outre l'étendue additionnelle accordée sur tous ces lots dan53 le cas où il serait nécessaire d'y ouvrir ‘*s chemins. Tout ceci n'est-il pas de nature à faire voir que le cultivateur ou le fils de famille qui néglige de se prévaloir de ces immenses avantages refuse véritablament la Bourse et la Vie qui lui sont pour ainsi dire gratuitement offertes ?
Mais on dit : « Un tel,y est allé et a été très-content d’en revenir ; au lieu d’une terre promise, il n’y a trouvé que déception et misère, il s'y est rendu pauvre, il en est revenu mendiant. » Cela s’est dit, je le sais, pour Mantawa, cela s’est dit pour les cantons de l’est, pour la colonisation des Bois Francs si prospères aujourd'hui, cela s’est dit pour T'émiscouata, pour le lac St-Jean même, où se rencontre le sol le plus riche et le plus fécond, cela s’est dit pour tous les endroits où les premiers défrichements ont été faits avec quelque peine, au prix de certains
sacrifices. Mais que voulez-vous ? C’est l’histoire de tous les temps. Il y a toujours eu et il y aura toujours des hommes qui, quelque part qu’ils aillent, passeront leur temps à se tenir la bouche ouverte pour y recevoir les ortolans tout rôtis. Le jardin des
Hespérides et l’île des Plaisirs resteront à jamais gravés dans l'imagination de la race dont le père a été chassé du paradis terrestre. Malgré que les terres c soient bonnes à Mantawa, que le climat soit favora- 1 ble, on n’y vit cependant qu'avec du travail et un L travail constant. On pourra peut-être même y endu- v rer de la misère quelquefois, mais ce sera une misère n
féconde, d’une année ou deux au plus, qui sera suivie
d’un temps illimité de prospérité et de jouissance.
Tout ceci est relatif au personnel d'un établissement,
à la circonstance dans laquelle les travaux ont été
commencés, à la bonne volonté, à l'énergie que l’on
aura déployées tout d’abord, ainsi qu’à la plus ou. moins grande persévérance que l’on aura mise à
poursuivre le but désiré. ,
On se préoccupe aussi d’une autre question dont Ja solution paraît embrassante au premier coup-d’œil. Quels frais, quels voyages n’aura-t-on pas à faire, dit-on, pour aller vendre le produit de ces terres ! Qu'on veuille bien observer d’abord qu'il se fait tous les hivers des chantiers nombreux et considérables dans les profondeurs de la Mantawa, et sur les rivières qui arrosent ce territoire. Les maîtres de ces chanters cherchent toujours à s’approvisionner le plus près possible de leur centre d'opérations, car les
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