‹ La bourse et la vieChapitre 115 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le ces sacrifices préliminaires étaient déjà une certitude de futur bien-être.

Ce Lrave homme est âgé de trente-six ans, il jouit d'une bonne santé, il est alerte et vigoureux. Un séjour de dix-huit mois aux Etats Unis ne l'a pas comme tant d'autres dégoûté de son pays ; loin de là, il veut y revenir, il y revient avec empressement, vu que malgré son travail et sa bonne conduite, il ne trouve pas d'assurance pour sa famille dans la vie de mercenaire qu'il faut mener là-bas. Il a voulu, comme un si grand nombre l'ont fait, chercher la fortune sur la terre étrangère qu'on lui avait tant vantée. Il a vu beaucoup de progrès remarquables dans toutes les branches d'industrie, de commerce et d'agriculture, il est vrai, mais aussi il a vu une nombreuse population répartie en classes riches d'abord, puis en classes moyennes, et enfin en classes pauvres ; et malheureusement il a constaté que la plus grande partie de ses compatriotes appartenaient aux deux dernières. Quelques-uns, parmi lesquels certains hommes de profession surtout, ont réussi et réussissent encore assez bien, mais c'est l'exception, c'est le petit nombre, on pourrait dire un su?' cent. Il n'est point pessimiste, il ne voit pas les choses autrement qu'elles ne sont, mais, tout bien compté, la population canadienne en général n'a pu sortir encore sur cette terre étrangère d'un état qui n'a rien d'assuré, de fixe, lequel dépend souvent du caprice d'un maître dur et dédaigneux. Les travaux les plus pénibles et même les plus dangereux, lui sont réservés en

compagnie d'une autre population d'émigrés venue des quatre vents du ciel. L'amour propre de ce brave homme a été singulièrement blessé de ce spectacle navrant. Il nous a dit avec quelle amertume dans l'âme il avait souvent comparé la masse du peuple canadien dans les Etats-Unis au peuple hébreu dans la terre d'Egypte. Son orgueil national s'est naturellement révolté contre ce genre de vie misérable et décourageant des trois quarts au moins de ses compatriotes. Il s'est donc dit à lui-même avant qu'il ne fût trop tard : « Je retourne au pays, « car travail pour travail, mieux vaut mille fois me « faire défricheur et colon à mon propre compte et « avantage dans les terres nouvelles de nos cantons, « que de poursuivre ici plus longtemps une carrière « sans espérance. » D'ailleurs, il ne connaissait pas lors de son départ ces terres nouvelles du nord, ni les succès qui ont enrichi tant de propriétaires vivant à l'aise aujourd'hui sur ces lots.

Sur les indications que nous lui donnons, notre futur colon se rend d'abord à Joliette, puis au lieu de continuer directement à Mantawa par St-Jean-de- Matha, il prend le chemin de St- Alphonse afin de suivre la rivière de l'Assomption et de la remonter jusqu'au Grand Lac où se trouve une région de bonnes terres qu'il désire explorer.

Les paroisses de St-Alphonse et de St-Côme attirent son attention par un mélange singulier de fermes, les unes bien cultivées et abondantes en divers produits, les autres mal soignées, en dépérissement

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