‹ La bourse et la vieChapitre 116 sur 135 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et en désordre. Il voit ici des pâturages exce1 des animaux gras et nombreux, une abondant de grains et de légumes, là, une herbe sècl le, un troupeau maigre, point de grains ni de léïs. Ici plus de souches, plus de roches, mais de prairies, un riche tapis de trèfle blanc, des sources bien nettoyées, de hautes et solide- clôtures ; là quelques petits carreaux d'avoine et de sarrasin 014

1 iches, les broussailles et les pierres se d tint la possession du sol, quelques brins de foin éparpilles sur une lisière de quelques arpents, enfin un champ mal entretenu sous tous les rapports. Tandis que dans les unes tout annonce l'aisance et la prospérité, dans les autres tout annonce la négligence et la pauvreté. Cependant la qualité du soi est partout la même. Donc, se dit notre voyageur, il y a faute, et faute impardonnable chez ces colons pauvres dont les terres ne sont pas de moindre qualité que c de leurs voisins qui vivent dans le confort. Il allait repasser dans sa mémoire les causes probables et certaines de ces insuccès lorsqu'un homme qui l'avait aperçu de loin s'approche et lui parle en ces termes :

— D'après ce que je puis voir, Monsieur, vous êtes étranger dans les montagnes. Vous venez sans doute acheter quelque propriété qui vous plaira. Je vous ai suivi depuis quelque temps et l'examen que semblez faire de tout ce qui vous environne m'indique assez clairement que vous désirez vous procurer un établissement ; n'est-il pas vrai ?

— Précisément, mon cher Monsieur, répond notre voyageur. J'admire la facilité qu'il y a d'exploiter toutes ces terres et je pense à la somme de bien-être qu'elles peuvent procurer à leurs propriétaires. Vous demeurez en ce lieu ?

— Voyez-vous là-bas ce ravin qui descend à la rivière de l'Assomption ? Ma maison est tout près de là ; la côte nord fait la ligne du milieu de ma terre, celle-ci descend de la montagne que vous apercevez à votre gauche et elle se prolonge du côté du soleil levant jusqu'à la rivière elle-même. Belle terre comme vous voyez, elle a de la montagne, de la plaine, du ravin et de la rivière. Ici, j'ai fait de la potasse, là, sur la côte, j'ai fait des billots, au pied du cap est mon chantier de bardeau, le cèdre se trouve dans la petite savane à la tête du ravin. Cette terre est avantageuse sous tous les rapports, elle a une superficie de cent arpents, le fonds en est bon, il n'y a pas de perte, un homme y peut réussir magnifiquement. Combien me donnez-vous pour ma terre ?

— Elle me paraît si bonne que je ne vous en offre rien du tout. Loin de chercher à vous en déposséder, je vous prie d'en venir à une autre décision, c'est-à-dire de la garder, de la travailler convenablement et de l'améliorer de jour en jour. Vous y trouverez la vie et le bien-être, au lieu qu'en vous en désaisissant vous courez rapidement à votre ruine.

— Je n'ai pas les moyens de l'améliorer, je suis trop pauvre, les forces me manquent, il faut être riche

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