‹ La bourse et la vieChapitre 18 sur 135 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

avec un certain orgueil l'industrie des colons qui, tout en ouvrant et cultivant leurs terres, savent aussi se créer une autre source de revenus dans le bois de service qu'ils préparent pour le commerce.

Voyez ces heureux habitants, dont je vous indique les demeures là-bas près du lac des Français, en deçà dans les augmentations de Kildare, tout près d'ici au lac Cloutier, comme sur les bords de la rivière L'Assomption, plus loin dans les troisième et quatrième rangs de Cathcart, enfin jusqu'à la ligne extérieure du canion de Juliette qui est en face de nous. Ceux que je vous montre dans ce rapide coup d'œil peuvent soutenir comparaison avec les cultivateurs les plus à l'aise des grandes paroisses d'en bas. En voici un sur le second rang qui n'a pas moins de cinq mille piastres de prêtées, et dont tout l'avoir, en se mariant, consistait dans les quelques hardes que pouvait envelopper son mouchoir de poche. Ceci est à la lettre.

En voici un autre qui a trois jolies terres en sa possession, une ferme très-bien montée, des lots de réserve pour ses enfants, de l'argent en banque, et que voudrions-nous donc de mieux ? Celui de là-bas dans les augmentations, possède un troupeau considérable de bons animaux ; nommons en particulier seize belles vaches à lait, le reste en proportion, près de quatre cents arpents de terre sur lesquels on compte encore au moins deux mille érables, une beurrerie privée qu'il s'est lui-même construite à peu de frais ; où trouverons-nous mieux dans tout un

district ? Trois entre cent autres que je pourrais également mentionner avec honneur. Tous ont la Bourse et la Vie. Ils ont trouvé l'une et l'autre dans la colonisation de leurs terres.

Et cependant qu'était S t- Alphonse il y a quelques années ? Je le répète, l'endroit que je décris n'était alors qu'une épaisse forêt ne promettant rien moins qu'un joli petit village en 1882. Les quelques rares habitants d'alors n'avaient qu'une foi bien faible dans l'avenir de leur paroisse ; ils ne s'attendaient pas à une augmentation si rapide de la population. Celui qui leur aurait dit que bien avant ce jour, une flèche élancée, brillante, surmonterait un jour leur église, et s'élèverait dans les airs à une hauteur de cent trente pieds, que l'airain de deux cloches réveillerait à leurs oreilles de lointains échos, celui-là, dis-je, les eût trouvés certainement incrédules. Tout cela s'est exécuté en peu de temps. L'aspect de cette église bien finie, dans de justes proportions, assise au pied d'une verte colline, au bord d'un lac charmant où elle se mire avec orgueil, annonce la prospérité croissante de la population de ces montagnes et jette un audacieux défi aux contempteurs de leurs terrains.

Le commerce se fait à St-Alphonse sur une bonne échelle. Qu'ils aillent en de plus grands centres ou qu'ils viennent à leur village, les colons sont sûrs de trouver un échange rémunératif de leurs produits soit en provisions, soit en marchandises, soit en argent/ Un marchand solidement établi aujourd'hui, M. F. M. Trudeau, et dont l'activité s'étend à toutes

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