PROUVÉS PAR LE VENDEUR AVOIR EXISTÉ A SA
DISPOSITION au temps de l/t livraison. (Articles 421 et 422.)
Qu'en dites-vous ?
C'est à ne plus croire au témoignage de ses
yeux.
Il n'est pas une des lois dont vous venez de
lire le texte qui reçoive son application sérieuse.
Pensez-vous que l'agent de change s'occupe des diverses transactions commerciales mentionnées plus haut, et dont il a le monopole?
Non , vraiment.
270 LA liOURSE.
Jamais il ne traite dans son exercice aucune affaire de change ; il manque au but indiqué par sa création même. La négociation des effets commerçables et celle des matières métalliques ne semblent pas le concerner le moins du monde. Il dédaigne les opérations au comptant, il les néglige , il les passe à d'autres intermédiaires et abandonne à ses commis la constatation des cours officiels.
Toutes les personnes qui fréquentent la Bourse de Paris peuvent acquérir la preuve authentique de cette négligence de l'agent do change.
Alors, de quoi s'occupe-t-il .'
Vous le devinez sans peine, il s'occupe d'opérations à terme.
Or, il y a, comme je l'ai dit. deux sortes d'opérations de ce genre. Quand l'acheteur et le vendeur doivent fournir, à terme convenu, le premier les fonds, le second les titres, elles sont sérieuses et parfaitement légales. L'agent
de change peut remplir son office, il est dans le rôle que la loi lui attribue.
Mais au milieu des affaires innombrables de chaque jour, celles dont il est question représentent un chiffre excessivement minime.
XKXIII
Xlystères ciui couirtfcLge.
Quel est celui de ces officiers ministériels qui, au moment où la Bourse ferme, montrera son carnet pur de ventes et d'achats à prime? Heureux encore si des notes irrécusables ne viennent pas le convaincre d'avoir opéré pour son compte et ne constatent pas des variations de cours au préjudice des clients.
Plus d'une fois la chambre syndicale a puni de la réprimande ces accrocs à la loyauté.
274 LA BOURSK.
Seulement elle n'oblige pas l'agent prévaricateur à restitution, ce qui est un moyen presque infaillible d'encourager de nouveaux délits.
Et si nous ouvrons les livres après avoir examiné le carnet, pourra-t-on donner le mot de ces écritures singulières, que l'on décore du nom de virements de compte? Sera-t-il possible de justifier ces soldes extravagants, portés sous un titre ou ?ous un autre, et dissimulant, pour qui n'a pas le secret des rubriques, certains profits d'une moralité plus que douteuse, destinés à accroître dans une proportion notable la somme déjà trop exagérée du courtage?
On entend par courtage la prime ou la commission perçue par les agents sur les affaires qu'ils traitent, et qui s'élève, année courante, à des sommes énormes.
Que le courtage soit prélevé sur la somme payée, dit M. Mériclet, rien de plus juste ; mais sur les sommes non versées, c'est une exaction. Le courtage est particulièrement écrasant lors-
LA BOIRSK
qu'il s'exerce sur l'emprunt. Ainsi, dès les premiers jours de l'émission, par exemple, on achète six mille francs de rente trois pour cent, avec un capital de six mille huit cents francs. Pour ce faible capital, l'agent de change réclame un droit de cent soixante-dix francs, et en cas d'application il prélève un autre courtage de pareille somme : en sorte qu'une simple vente de six mille francs de rente entre deux clients produit trois cent quarante francs de courtage, — et cela sans responsabilité : les titres sont au porteur et l'opération se fait au comptant.
L'émission d'un emprunt se ressent toujours des charges qui l'entourent, et c'est une charge très-injuste que celle de payer un courtage entier sur un titre non libéré.
Autrefois les clients se plaignaient de la situation singulière qui leur était faite chez les agents do change le jour des reports. Les gens de Bourse acceptaient celte situation; mais les
liens du inonde s'en inquiétaient , et leurs raisons avaient une certaine importance. Ainsi , vous reportiez chez un agent de change cinquante actions du chemin de fer de Lyon ou du Nord. Le lendemain de la liquidation, vous vous présentiez à la caisse, vous remettiez cinquante ou soixante mille francs, et le caissier vous regardait à peine ; il ne faisait pas de reçu ; vous rentriez chez vous sans qu'une seule note indiquât le versement que vous aviez fait. Cette situation présentait plusieurs sortes de dangers. On pouvait avoir affaire à un employé infidèle (malheureusement plus d'un agent a été victime de son caissier, des exemples récents le prouvent); le feu pouvait faire disparaître le registre où se trouvait inscrit le versement , et si un caissier joueur , après avoir reçu vos fonds, venait à partir pour l'étranger sans vous inscrire sur son livre de caisse, vous perdiez vos soixante mille francs. On a beau dire que l'agent de change était responsable , il y a telle
circonstance où cette responsabilité devenait dérisoire. Toujours est-il que la thèse pouvait se soutenir, et qu'elle a fait naître plus d'un procès.
Les tribunaux ont condamné les agents de change à donner des reçus.
En attendant, les gains annuels de chacun de ces messieurs sont de treize à quinze cent mille francs.
C'est comme j'ai l'honneur de vous le certifier.
On gagne cela rubis sur l'ongle, tranquillement et sans beaucoup d'efforts. Multipliez ces honoraires énormes par soixante, et dites-moi votre opinion sur les fous qui alimentent ce budget colossal.
Ici la vieille histoire de VHiiitre et des Plaideurs doit modifier un de ses paragraphes : l'agent de change absorbe l'huitre et la coquille.
Afïiaii e Carpt;ntiei-, Grellet et coiiBoits.
Un déficit de six millions ayant été constaté, au chemin de fer du Nord, dans la caisse particulière de M. de Rothschild, et les prévenus n'ayant été trouvés nantis que de valeurs insignifiantes, on se demanda comment avait pu disparaître une somme aussi considérable.
Les agents de change présentèrent à la justice le bordereau de liquidation des opérations faites, soit par les accusés, soit par leurs in-
terraédiaires. Mais ce recensement ne donnait qu'un chiffre de pertes beaucoup moins important que le bénéfice constaté.
Que conclure de là?
Ou les prévenus possédaient encore quelques épaves des sommes englouties , ou le relevé des agents de change était inexact.
Étudions la comptabilité d'un agent de change, et voyons ce qu'on appelle un bordereau de liquidation.
C'est le compte des opérations faites dans la quinzaine par l'agent, d'après les ordres de son client. Les achats sont inscrits à gauche et les ventes à droite. Le compte se solde par débiteur et créditeur.
Jusqu'ici tout est logique.
Au premier coup d'œil, on s'imagine que la situation, perte ou gain, doit apparaître nettement.
Grave erreur!
Un bordereau de liquidation peut porter ciiiqu.anle miUc franco de pyrte pour le client.
LA BurKst. Î8I
tandis que, tl'aii autre coté, celui-ci païaîl recevoir cent cinquante mille francs comme solde de ce même bordereau.
Voilà ce que démontre le compte qui va suivre.
Il semble établir un bénéfice de cent cinquante mille francs, lorsqu'il existe en réalité une perte de cinquante mille francs.