‹ La bourse et les signes du siècleChapitre 14 sur 33 · EN LA PERSONNE DES PAUVRES · texte numérisé non relu

EN LA PERSONNE DES PAUVRES

Dans un discours prononcé à l'ouverture de la chambre de justice, il ajoute :

(*) Édit portant établissement d'une chambre de justice, pour la recherche des abus et malversations commises dans les finances, depuis Tannée 1625. — A Fontainebleau, au mois de novembre 1661. (13e volume des Ordonnances de Louis XIV).

// est un genre d'Iiomnies entre lesqiœb> il ne ■peut se trouver que des coupables. Ce sont les usuriers que le commerce du papier a fait naître dans les ténèbres et l'obscurité. Ils ont élevé des fortunes subites dont ils ont dérobé les fondements au public. Vous creuserez, Messieurs, dans ces fondements, et vous détruirez ces odieux édifices d'iniquité.

Les rigueurs et la repression définitive que réclamait, en 1720, la haute sagesse de d'Aguesseau sont aujourd'hui plus que jamais justes et nécessaires, puisque notre époque a vu renaître les mêmes excès de jeu , de spéculation et d'usure. Donc, il faut créer de nouvelles chambres de justice, environnées de toutes les garanties morales qu'on a puisées dans l'expérience. Elles puniront les hommes qui s'enrichissent par des moyens frauduleux. Le salut social et la morale publique l'exigent impérieusement.

C'est à la magistrature à donner l'exemple et à frapper sans merci, comme elle a voulu le faire au temps de Law.

Il est vrai qu'alors des magistrats furent arrêtés 6t qu'on envoya le parlement en exil à Pontoise. Mais aujourd'hui le triomphe de l'injustico n'est pas à craindre.

A plusieurs reprises l'empereur a témoigné sa sympathie aux écrivains qui flétrissent avec toute l'autorité du talent et combattent par l'inspiration des plus nobles setiUtnents le funeste entraînement du jour.

Ce sont les propres paroles de Napoléon m.

Or, le moyen infaillible d'arrêter l'agiotage, et de le flétrir plus sûrement encore que par des écrits, se trouve dans les articles 419, 421 et 422 du Gode pénal.

En principe, les paris qui sont faits sur la hausse ou sur la baisse des effets publics sont punis, — par conséquent ils sont défendus, puisque la loi ne punit que ce qu'elle défend. Du reste, par ces expressions, effets publics, elle a voulu parfaitement préciser une négociation

réelle et non lictive, et c'est l'absence du titre qui constitue ce qu'elle nomme pari.

Mais, dira-t-on, la pratique admet des opérations à découvert, c'est-à-dire fictives.

Cette pratique ne peut prévaloir contre le texte formel de la loi, et chaque fois que les opérations comportent ce caractère fictif, il y a infraction à la loi. Or, puisque l'article 410 punit d'un emprisonnement d'un mois au moins et d'un an au plus tous ceux qui auront parié sur la hausse ou sur la baisse des effets publics, pourquoi le magistrat reste-t-il spectateur impuissant de la violation journalière du Code?

La Bourse a complètement perdu le caractère assigné à son institution par les articles 71 et 1^ du Code de commerce; les transactions honnêtes ont cédé la place tout entière à l'agiotage, et ce qui était l'exception est devenu la régie. Plus le jeu a pris d'extension, plus les affaires véritablement sérieuses, c'est-à-dire les affaires commerciales, tendent à se retirer. Les

LA BOURSE. 3(i3

maisons de banque et les comptoirs d'escompte se chargent exclusivement du change, que les agents négligent, ou, pour mieux dire, dont ils ne s'occupent jamais. Les fabriques en sont réduites à écouler elles-mêmes leurs marchandises ou à recourir à des commissionnaires spéciaux; les assurances, la batellerie, les voies ferrées ne figurent absolument à la Bourse que pour y faire coter leurs actions. Tout s'efface et tout disparaît devant l'agio.

C'est une vérité devenue banale.

En présence d'un tel état de choses, puisque la loi existe, toujours armée de sa sanction pénale, appliquez la loi !

Revisez le règlement des agents de change. Qu'il soit interdit à ces officiers ministériels de prêter leur concours à aucune espèce de pari. Qu'une décision judiciaire, ferme et irrévocable, les contraigne à rentrer dans l'ordre naturel des choses et à ne toucher de droits de commission que sur la valeur positive des

titres dont ils opèrent réellement la vente ou procurent l'achat. Eli ! bon Dieu, s'ils ne gagnent plus, à soixante qu'ils sont, quatre vingt millions par an, ce sera désagréable pour leur budget; mais la bourse d'autrui et la morale publique ne s'en plaindront pas !

La justice enfin doit poursuivre ceux qui se livrent à l'usure sous le nom de report, ainsi que ceux qui deviennent leurs complices en leur facilitant les moyens d'exercer leur coupable industrie. Quoi ! vous condamnez le Schylock vulgaire qui prête ses fonds au-dessus du taux légal, et vous ne pourriez pas atteindre le loupcervier qui force l'emprunteur à courber la tète sous les fourches caudines de trente on quarante pour cent!

Jamais je n'admettrai qu'il soit impossible de châtier les Scapins et les Sbrigani de la Bourse.

Ne craignez pas surtout de frapper le monopole exhorbitanl des agents de change. Ils ont

violé le pacte même de leur privilège; ils tolèrent la coulisse, clandestine et illégale de sa nature; ils vivent fraternellement avec elle.

En un mot, les réformes que je demande se résument toutes à l'application de la loi.

M. Oscar de Vallée dit que les moyens de défense efficaces ne manquent pas à la société. Néanmoins il s'écrie dans un moment de défaillance : Je demande que la loi disparaisse et que nous ne soyons pas condamnés^ nous ses ministres, à la tenir en nos mains frémissante, inappliquée, vaincue!

Je ne comprends pas le sens de cette exclamation singulière.

La loi est po^ive ; elle n'a jamais été abrogée. C'est un être impersonnel qui ne peut, comme un être humain, se retrancher dans l'indifférence.

Puisque Thémis vous confie son glaive, qui vous retient, magistrats? Frnppez !

Ce sont les agioteurs, qu'il faut conduire entre

3fi6 LA BOURSE.

deux gendarmes devant le juge d'instruction; c'est l'escroc de la Bourse, et non pas l'écrivain qui le dénonce, à qui vous devez serrer le poignet avec les menottes comme à un voleur de grand chemin.

Souffrirez -vous que deux ou trois cents ban- <lits fassent plus longtemps la loi à la loi?

OCi l'iriiiteiit^ se ■réfsxiTTie et oonol\it.

Des natures pusillanimes vont s'écrier : Prenez garde! en supprimant l'agiotage vous donnerez peut-être un coup funeste au crédit public.

Ah ! jetons par terre ce sophisme imbécile !

Le crédit public ne connaît pas la passion du jeu et n'a rien à démêler avec elle. Je vous mets au défi de soutenir que l.'i Bourse,

en aucun temps, ait été le pouls de la France et le symptôme de la prospérité nationale.

Durant tout le premier empire, la rente cinq pour cent ne s'est jamais élevée au pair, et nous étions alors maîtres de l'Europe. La France jouissait d'un budget splendide. Elle voyait s'établir dans les finances un ordre inconnu avant et depuis.

On sait quel fut le contre-coup de la bataille de Waterloo, saluée en Bourse de Paris par une bausse formidable.

Rappelez-vous l'exemple de ce spéculateur qui, instruit l'un des premiers du traité d'Aixla-Chapelle, dont les clauses accordaient enfin l'évacuation du territoire français, occupé depuis trois ans par les troupes de la Sainte- Alliance, creva cinquante chevaux pour venir acheter à Paris des masses de rentes prodigieuses, et fut complètement ruiné. La retraite de nos bons amis les ennemi? n'avait produit qu'une baisse énorme.

D'autre part, osera-t-on prétendre que la prospérité du pays soit intéressée à ce qu'un juif d'Allemagne ou de Portugal, qui traînait la savate dans nos ruisseaux, puisse absorber la prime en glouton et devenir millionnaire du jour au lendemain?

La morale et la religion souffrent évidemment du triomphe inouï de la race juive dans les temps modernes.

C'est un danger social incontestable.

Que l'Angleterre sympathise avec Israël, cela se conçoit. Les Anglais et les Juifs, sous le rapport du caractère et des mœurs, ont toutes sortes de points de similitude. A Londres, à Liverpool, à Exeter, il y a sept mille chefs de famille Israélites, qui tirent leur force, non pas de leur nombre, mais de leur prodigieuse opulence et de leur concentration sur les points les plus importants du territoire. Il plaît aux électeurs influents de la Cité de prendre des juifs pour en faire des aldermen et des lords-maires ;

ils les transforment aussi en membres du parlement. On affirme h John Bull que la chose est indispensable, et que toute l'Europe se précipite au pas de course dans la même voie.

Et John Bull de répondre : Faites ! La vieille Angleterre ne doit le céder à aucune nation, ni pour la philanthropie, ni pour la tolérance.

— Vous prétendez refuser aux juifs le pouvoir politique? a dit un membre de la chambre des communes, M. Gréant. Mais ce pouvoir ne réside ni dans les fourrures d'hermine, les parchemins ou les sceaux, ni dans les masses que l'on fait porter devant soi par les huissiers. 11 réside dans la fortune, dans rinflumce qu'eœerœ le créancier sur quiconque a recours à ses services. Un juif peut être le premier homme du pays, imprimer une direction souveraine à la corporation de la Bourse, à la Banque, à la Compagnie des Indes. Il peut assister les monarques étrangers, même ceux (|ui sont en guerre avec nous; il peut jouer un rôle auprès d'un congrès

de rois. Qu'est-ce que tout cela, si ce n'est, en réalité le pouvoir?

Vous entendez ? Tel est le sens mural des peuples matérialistes; tel est le langage d'une nationvouéeauculteexclusif de l'or. Elle chante naïvement en l'honneur de Baal une antienne cynique et monstrueuse.

<Qui oserait dire, hélas! que nous ne commençons pas à raisonner comme les Anglais? Le réseau de la puissance juive étendu sur le monde entier se relie chez nous, par les rails du chemin de fer et par les fils du télégraphe, à une sorte de foyer central (jui représente assez bien l'appareil gastrique de quelque bête gigantesque, celui, par exemple, du Béhémoth, dont parle le livre de Job. La synagogue de Paris est l'estomac qui prépare le travail digestif; les autres synagogues, disséminées au loin, sont autant de glandes mésentériques chargées de transformer toute substance en chyle et hnalement en or. C'est le sang précieux

qui répare et entretient l'organisme de l'animal.

11 est prouvé que l'accaparement de i'or, par tous les moyens et par toutes les voies, est l'unique occupation de la race juive; il est prouvé qu'Israël compte dans ses rangs les agioteurs les plus coupables et les plus dangereux.

Qui donc arrêterait le bras de la loi, le jour où il voudra s'appesantir sur les hommes de Bourse ?

Assurément ce n'est pas la moralité de l'institution, car elle est à la hauteur de son patriotisme. Donner et ne pas recevoir^ disait le maître d'armes de M. Jourdain, voilà toute la science de l'escrime. Recevoir et ne pas donner, voilà au contraire toute celle de la Bourse. On peut allirmer que sur cent joueurs qui la fréquentent, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui cherchent à duper leur partner.

Plus on se rapproche des grands capitalistes, plus les moyens de succès sont infaillibles. Hors

de là, point de chasse féconde. Tout le reste sert de victime et de gibier.

Fripons et dupes, dupes et fripons!

Souvent on a comparé les petits joueurs à des , gens qui tiendraient une partie d'écarté sans voir dans le jeu, tandis que l'adversaire aurait l'œil sui' leurs propres cartes. La comparaison est très-juste et se vérifie tous les jours.

Bref, en ce qui concerne la délicatesse et la probité, Ja Bourse en est encore au temps des Mazarin et des Grammont, qui ne se faisaient aucun scrupule de se servir de dés pipés et d'écouler de faux doublons à la bassette ou au passe - dix. Ces aimables filouteries étaient réputées tours de bonne guerre, et l'on ne s'en cachait point, — on s'en vantait même.

Ainsi se comportent les gens de Bourse au sujet des nouvelles mensongères mises chaque jour en circulation.

H74 LA noiHsi;.

Donc, on pyul conclure fie la manière h plus catégorique et la plus nette que les fortunes qui reposent sur l'agiotage sont entachées de fraude et d'immoralité profonde. Les autres, je veux dire les fortunes honnêtes et solides, ne soullriront aucune atteinte de la répression du jeu. Que les premières s'écroulent avec les fondations factices sur lesquelles on les a échafaudées , la conscience pubhque saluera leur chute de longs applaudissements.

S'agit-il de fermer la Bourse'.'

Non. Laissez ouvert le grand marché commercial; mais prenez soin de lepohcer, moraUsez-lel

Comme dit avec beaucoup de justesse, M. Alphonse Brussaut, si la grande spéculation honnête, utile, organisatrice et sincère, est un bienfait social aussi admirable dans ses effet? que respectable danâ son principe et son action, sa fille, la joueuse boursicotière, intrigante, avide, éhontée, n'est que l'abus, la corrup-

Page 1