LA 11(11 USE
lion, la proslilution, le iléau qu'on doit combattre et flétrir. D'où viennent les désordres et les crises? des conséquences directes du système d'opérations actuel de la Bourse, système complètement sorti du cadre légal de l'institution. Comment se font les transactions à la Bourse? Dans une séance quotidienne, tumultueuse comme un encan de foire de faubourg; dans une lutte publique sans contrôle et sans frein, où il est permis de jouer des sommes fabuleuses sur des titres dont on ne prouve pas la possession ; où l'on tient pour des millions de paris sans garantie et sans enjeu, et cela à haute voix, aux cris d'une enchère à tue-tête. Ce débat public sans dignité, aussi grossier que périlleux et immoral, passionne les intéressés, les excite séance tenante aux exagérations, aux extravagances. Les joueurs, entraînés dans le feu croisé des provocations, en viennent à exposer cent fois, mille fois ce qu'ils ne possèdent plus, ou ce qui appartient à leurs clients, (l'est aux
37H LA BOLRSE.
entraînements de ce grossier vertige que s'allument les ambitions et les défis qui conduisent aux abîmes.
Eh bien ! enlevez à ces séances leur brutal caractère.
(Jue chaque agent de change soit tenu d'opérer séparément les transactions qui lui sont confiées, par des écrits en bonne forme et sur dépôt de titres réguliers, dans un modeste comptoir, comme le notaire en son étude. Qu'après opération close et dûment enregistrée, chaque af^ent de chanue remette entre les mains d'une autorité syndicale les résultats de toutes les allaires du jour. Ces résultats serviront d'éléments à la composition d'un tableau qui indiquera le mouvement quotidien de la finance. (3n pourra lixei' ainsi le thermomètre des valeurs publiques.
Le bruit, le désordre, le tumulte, les cohues de la corbeille et de la coulisse, les chiffres surpris, déviés ou forcés feront place à une
calme et imposante manifestation linancière.
Au cri sauvage et désordonné de la passion du jeu, succédera la voix tranquille du calcul sincère et réfléchi. Le temple du crédit français, rendu enfin à sa destination, offrira dans son enceinte silencieuse une indication lidèle et froidement mûrie du mouvement des affaires du jour, avec toute la dignité que doit avoir ce solennel témoignage des fluctuations de la fortune publique.
Résumons-nous.
La loi actuelle est suffisante pour ferraei' la plaie qui nous ronge, et la suppression du monopole des agents de change préviendra le retour du mal , surtout si une juridiction temporaire et exceptionnelle passe au creuset d'un examen rigoureux les fortunes mal ^icquises ou suspectes, amassées depuis vingt ans.
Mais ce que je demande avant tout, pour conjurer le danger social, c'est une améliora-
tiun (le nus mœurs dans le sens des idées chrétiennes.
Il faut, en outre, comme l'insinue M. Oscar de Vallée, que les honnêtes gens forment une ligue de dignité et d'honneur, qu'ils interdisent l'entrée de leur maison aux parvenus de l'agio, et qu'ils n'accordent que leur mépris à ces faquins affamés de considération.
La considération, juste ciel \ que nous restera-t-il, à nous, s'ils viennent à l'obtenir?
Honorez et ne châtiez pas la résolution courageuse de ceux qui leur interdisent de toucher à ce fruit défendu.
Que le progrés s'accomplisse à cet égard, et les lettres nationales sauront du moins se respecter assez à l'avenir pour ne pas se prostituer au veau d'or.
0 belle et généreuse France , déploie les ailes de l'esprit î
Kemuiite à Dieu, el que la noble terre,
pour me servir de l'expression du poète, soit de nouveau ensemencée d'Évangiles.
Alors le dragon matérialiste ne sera plus à craindre.
Tu lui écraseras la tète, comme la Vierge, ta puissante palronne, écrase sous son pied victorieux celle de l'antique Serpent!
Fr>'.
TABLE DES MTIERES