‹ La bourse et les signes du siècleChapitre 3 sur 33 · I.A BOllir-K · texte numérisé non relu

I.A BOllir-K

reux et honnêtes. L'infamie disparaissait sous l'argent amoncelé ; les tuteurs volaient leurs pupilles; les hommes. robustes trafiquaient de leur sang et s'enrichissaient dans lew bras d'une vieille opulente ; les maris héritaient des amants de leurs femmes. D'un des traits de sa plume indignée, Juvénal montre jusqu'à quel point les âmes étaient avilies par la soif de l'or. «. Un favori du prince, dit-il, allait souvent chez un citoyen romain nommé Cœpius, dont il aimait et enrichissait la femme. Quand il était là depuis un moment, le mari faisait semblant de dormir pour faciliter ses lucratives caresses. Un jour, l'esclave de Cœpius, croyant que son maître dormait tout à fait, se mit à boire du falerne. Le mari le vit, et oubliant son rôle pour sauver son vin, il s'écria :

f — Esclave, je ne dors pas pour toul le monde! Pue)\ non onmibus dormiol »

Ces vices, ajoute M. Oscar de Vallée, déshonoraient la société romaine et préparaient sa

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ruine. S'ils avaient pris Jiaissance tians la loi, il eût suffi de la changer; niais ils venaient de cette région du cœur qui a besoin d'air pur pour ne point se corrompre, et ils se répandaient ensuite victorieusement, p.irce qu'au lieu de les ilétrir, on les laissait se développer en liberté, quand on ne les applaudissait pas. Juvénal demande compte de cette contagion horrible, non aux institutions de Rome, mais k l'exemple que les pères donnent aux fils.

Et Juvénal est dans le vrai; car, à dix-huit siècles de distance, les mêmes elfets sont produits par les mêmes causes.

Nos générations aussi manquent d'air pur, f'i nos lois se trou\enl réduites à l'impuissance comme celles de liome. parce qu'on enlève chaque jour pierre à pierie la seule base sur laquelle le législateur ait pu les asseoir : nous parlons de la morale publique.

De toutes les sources de la fortune, dit le

grand anarchiste moderne, le travail e!>l devenu la plus précaire et la plus pauvrfî.

Malheureusement, ici, Proudlion voit juste. 11 n'est pas un cultivateur de nos provinces qui n'ait le droit de s'écrier avec le poète :

J'ai beau piocher, bêcher et herser le terrain, Semer et moissonner, battre et vanner le grain, Me lever avant l'aube et rentrer la nuit close, Travailler comme un bœuf qui jamais ne repose, Quand je vivrais cent ans, je ne gagnerais pas Ce qu'il gagne en un jour en se croisant les'bras (').

L'aspect des fortunes rapides et illégitimes a donc pour eft'et certain d'attirer le mépris sur le travail, de fausser les consciences et de jeter dans l'àme de la classe laborieuse des sentiments et des désirs parfaitement incompatibles avec les lois de la Création.

De nos jours, essayez de prouver au peuple (jue le travail est le premier devoir de l'homme?

11 secoue la télé et refuse de vous entendre.

<') L'Honneur et l Argent,

fil LA i;(»I llt^E.

Aux cliaiiii)S, il pleure le destin qui rattache à la glèbe. Dans les ateliers, il gémit sur la modicité du salaire.

On élève les enfants dans ces idées funestes: on leur inspire le dégoût du métier paternel; on leur désapprend la résignation, la patience; on les pousse vers les carrières où l'on s'enrichit vite, au risque d'égarer leurs pas dans le tumulte inséparable de la concurrence, et de les conduire au bord d'un abîme.

Nos révolutions développent de plus en plus cette espèce de gangrène sociale.

Progrès! disent les faux apôtres. Les hommes sages répondent : Corruption !

En effet, suivez la marche du génie révolutionnaire, et voyez s'il a tait autre chose qu'exciter les appétits matériels. Après la grande mêlée de 89, les vainqueurs ont gagné des vices, rien de plus.

La bourgeoisie ambitieuse, jalouse, avide de bien-être et de jouissances, a chassé la no-

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blesse pour usurper ses privilèges et se mettre à sa place.

Une fois là, quel exemple a-t-elle donné?

C'est triste à dire, mais elle n'en a pas donné d'autre que celui de la corruption.

Gâtée par la philosophie monstrueuse du vieux libertin de Ferney, se moquant des prêtres et de la foi chrétienne, accordant tout au ventre et rien à l'esprit, elle s'est jetée comme une gloutonne sur la table abandonnée par les convives; elle s'est empiffrée de mets indigestes et malsains; elle a saisi la coupe des passions sensuelles, et ses lèvres l'ont épuisée jusqu'à la lie.

Tous les torts des anciens nobles sont devenus les siens.

Elle a imité leurs excès avec beaucoup moins de retenue, beaucoup moins d'élégance et infiniment plus de sottise.

Au lieu de construire, elle a démoli.

Son exemple, véritable peste, est devenu contagieux pour le peuple, dont elle est voisine,

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