‹ La Bourse, le Marché Libre et la CoulisseChapitre 10 sur 43 · D LE · texte numérisé non relu

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On comprendra aussi que, plus la prime est faible, | plus le cours est élevé, car les chances de gain du vendeur sont plus restreintes, et il doit se dédommager en vendant plus cher.

Les marchés avec report paraissent à première vue 1 d'un mécanisme un peu plus compliqué. On emploie parfois le mot report pour signifier la situation de Bourse provenant de la différence des cours d’une même valeur au comptant et à terme, mais ce n’est pas dans ce sens que nous allons l’étudier.

Le report est une opération qui consiste en un achat et une revente simultanés de titres de même nature, mais à des termes différents. Cette opération est le plus souvent la suite d’un autre marché arrivé à échéance, dont elle proroge les effets. Je dis « le plus souvent », car il arrive que des Sociétés financières, des propriétaires de titres ayant momentanément besoin d'argent, se servent de ce moyen. Ils vendent les titres au comptant, et les rachètent à terme. Mais, en règle générale,

il y a un marché antérieur, d’où le nom de report {1).

Un exemple fera mieux comprendre le mécanisme et l'utilité de cette opération : Au 1* juin, je vends au comptant 3.000 francs de Rente 3 % à 98,50 et je rachète la même quantité fin juin à 99 francs. C'est là un report. Je suis dans cette opération le reporté; la partie qui achète au comptant et revend à terme est le reporteur. On voit tout de suite l'avantage évident et le bénéfice certain de ce dernier : Il peut ainsi placer avantageusement ses fonds pour une courte durée; il réalisera à coup sûr un bénéfice de 500 francs, différence entre le prix de son achat et de sa revente; il a en plus des garanties, puisqu'il détient en main les titres. Mais on n'aperçoit pas si facileinent l'intérêt que peut trouver le reporté à la même opération.

Il y trouve cependant un avantage, si, ayant pré-

(1) Terme d’origine anglaise qui signifie prorogation.

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cédemment acheté à terme, en prévision d'une hausse qui ne s'est pas produite, il désire continuer sa spéculation jusqu’à une liquidation suivante, espérant toujours que cette hausse viendra atteindre les valeurs qui font l’objet du marché.

Si, par exemple, escomptant la hausse, j'ai acheté en mai pour la fin du mois 3.000 francs de Rente à 98,75, et qu'au jour de la liquidation, la Rente ne soit cotée que 98,50, je perdrai 250 fran2s, si je me livre et si je paye. Pour me procurer les fonds, je me fais reporter, c'est-à-dire je revends au comptant à X... les 3.000 francs de Rente au cours du jour, à 98,50, et je les lui rachète pour fin juin à 99 francs, car je pense toujours que le prix de la Rente sera à cette époque plus élevé. X... y gagnera, mais j'ai des chances d'y gagner aussi, Car je n'aurai au moment üe cette première liquidation que 250 francs à fournir de ma poche au premier vendeur, et si, à la liquidation de fin juin, le cours est de 99,50, mon bénéfice net sera de 500 fr., moins les 250 francs que j'ai dû verser au 31 mai, soit 250 francs. Ainsi, grâce à la prorogation de mon premier marché, j'aurai pu attendre que la hausse sur laquelle je spéculais vienne à se produire.

Cette opération est considérée tantôt comme une double vente, tantôt comme un prêt sur gage à intérêt, puisqu'en somme c’est une avance de fonds que m'a faite mon reporteur pendant le cours du mois de juin. Les titres vendus et livrés constituaient son gage, et la différence entre les deux cours, l'intérêt. Malgré cela, la jurisprudence a décidé que c'était là une double vente; en effet, la propriété des titres est bien transférée : ceux-ci sont vendus et non livrés en gage (1).

L'opération peut se faire en sens inverse : j'ai spéculé à la baisse, j'ai vendu 3.000 francs de Rente à

(1) Sur la nature et le caractère juridique du report « Cf » Thaller. Traité élémentaire du Droit Commercial 944-945. — Buchère. Des opérations de Bourse 428 et suivants.

Cass. 3 fév., 1862. S. V., 62. 1. 370.

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