‹ La Bourse, le Marché Libre et la CoulisseChapitre 5 sur 43 · LT ER · texte numérisé non relu

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rant, on ne qualifie guère d'opérations de Bourse que celles qui ont pour objets les effets publics ou autres.

Au seul point de vue qui nous intéresse par conséquent, la Bourse est la réunion des agents de change pour la négociation des valeurs et effets publics. C'est un immense marché où l'on vend tous les jours, sauf les dimanches et les jours fériés, des fonds d'Etat, des valeurs mobilières, par l'intermédiaire obligatoire des agents de change qui, seuls, en principe, peuvent servir d'intermédiaire.

On doit encore distinguer parmi les Bourses d'effets celles qui sont ou non pourvues d'un Parquet. Seules, les Bourses importantes ont un Parquet (1), c’est-à-dire un endroit séparé du public où se tiennent les agents de change pendant les négociations. es agents de change des Bourses à Parquet relèvent du ministre des Finances, sur la proposition duquel ils sont nommés (2); les autres relèvent du ministre du Commerce et de l'Industrie. Seuls, les premier élisent une Chambre syndicale et ont le droit de former une Société pour l'acquisition et l'exploitation de leur charge; dans les premières Bourses seulement aussi, les cours sont rendus publics.

Ce sont les premières qui nous occuperont, et spécia-

lement la Bourse de Paris qui, par son importance, par :

la répercussion de ses cours, par l'ampleur de son marché, domine toutes les autres; c'est là seulement que nous pourrons observer le fonctionnement des deux institutions parallèles : agents de change et coulissiers, qui font en partie le sujet de cette étude.

La Bourse de Paris ouvre tous les jours officiellement de midi à 3 heures. Elle se tient dans un local appartenant à la ville; la surveillance en appartient au Pré-

(1) Actuellement, les Bourses pourvues d'un Parquet sont en France au nombre de 7 : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux,

Toulouse, Lille et Nantes.

(2) Décret du 7 octobre 1890, art. 2.

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fet de police. L'ouverture et la fermeture du marché officiel sont annoncées par un coup de cloche.

Nous aurons à voir plus loin le fonctionnement de la Bourse. Mais il nous paraît utile dès à présent de donner ici quelques indications générales.

L'Epargne vient chercher sur le marché les valeurs. qu’elle désire mettre en portefeuille, et dont la jouissance et la propriété lui assureront des revenus variables, suivant la nature du titre acheté : c'est sur ce même marché qu'elle effectue ses ventes de portefeuille pour se créer des disponibilités.

La spéculation vient y chercher des différences, et son intervention, portant pour chacune des valeurs cotées sur un chiffre considérable, imprimera à la cote une activité plus grande que ne pourraient le faire les achats ou les ventes de l'Epargne.

La spéculation qu'il ne faut pas confondre avec le jeu, est, sans contredit, nous l'avons vu, un élément indispensable au marché financier et, loin d’être un danger, quand elle s'exerce sur des valeurs de tout repos, et qu’elle opère dans des limites raisonnables, elle contribue au contraire au maintien des cours normaux justifiés, et préserve le marché des écarts trop brusques, soit en hausse, soit en baisse.

Nous pensons, malgré tout le mal qu’on en ait dit, que ses bienfaits sont beaucoup plus grands que les maux qu’elle cause (1).

Sans la spéculation, comment ferait-on pour vendre des titres rapidement, si l’on a besoin de réaliser? Et à quel prix trouverait-on preneur? Que A’abus n'y auraitil pas?

Toute l’activité du marché repose sur les fluctuations

(1) À l'appui de notre thèse, nous signalerons les chutes profondes que subissent, sous le poids de quelques offres, certains titres négociables seulement au comptant. Et la lecture des cotes de Bruxelles, où les marchés à terme n'existent qu'exceptionnellement, offre un bon sujet de méditations sur l'opportunité et le bien fondé des opérations à terme.

des cours, sur les prévisions des possesseurs de l'épar-

gne et surtout des spéculateurs qui cherchent à pressentir la hausse et la baisse.

Aux époques tranquilles, alors que la politique intérieure et internationale chôme, l'Epargne sort de sa réserve, les bas de laine se vident, et elle vient sur le marché financier en quête de placement : si les récoltes de l’année ont été abondantes et si la balance du commerce d'exportation est en notre faveur, ces deux éléments de prospérité, amenant une détente des taux d'escompte, profitent, sous le couvert de la politique somnolente, au marché, et lui donnent de l'activité. En raison du numéraire abondant qu'elle a accumulé, l'Epargne recherche l'achat de valeurs dont, par contre, peu de détenteurs désirent se débarrasser en raison de cette situation exceptionnelle. Elle les demande à un cours de plus en plus élevé, ;usqu’à ce que le détenteur de la valeur, satisfait du bénéfice réalisé, consents à l'abandonner au plus offrant.

Telles sont les conditions dans lesquelles la hausse se produit et s'impose.

Aux époques troublées, alors qu'en même temps, les récoltes s’annoncent comme devant être médiocres ou franchement mauvaises, il faudra demander au commerce d'importation ce qui manque par suite de l’insuffisance des récoltes, d’où disette de capitaux, amenant une tension des taux d’escompte : bonnes et mauvaises valeurs sont jetées sur le marché, l'inquiétude et le trouble règnent dans les esprits, et le détenteur du titre, désireux de s'en débarrasser, l'offre à un cours de plus en plus bas, jusqu’à ce qu'un acheteur, séduit par le bon marché du titre offert, consente à en prendre livraison : la baisse, on le comprendra, s'impose forcément, dans ces conditions.

On voit, pour nous résumer, que l’abondance des demandes provoque la hausse, et l'abondance des offres, la baisse.

Le capitaliste avisé, le spéculateur bien informé et judicieux interviennent alors, chacun suivant son tempérament, pour effectuer soit leurs achats, soit leurs ventes : on comprend, en effet, qu'il y ait des limites à la hausse comme à la réaction.

Les achats s'effectuent donc quand les prévisions sont en faveur de la hausse, et les ventes, quand, au contraire, les prévisions sont en faveur de la baisse.

Certaines locutions, qu'il n’est pas inutile de connaitre, sont employées pour indiquer les tendances du marché.

Le marché est ferme quand il est orienté à la hausse.

Le marché est mauvais, quand la réaction est franchement dessinée.

Le marché est nul quand il s’y traite peu d’affaires.

Le marché est lourd, quand la tendance n’est pas. bien déterminée, et que son équilibre tend à s'établir au profit des offres.

Le marché est faible quand il a une tendance à la baisse.

Les facteurs particuliers de nature à amener la hausse sont d'ordre financier, d'ordre économique et d'ordre politique.

1° Les causes d'ordre financier sont:

L’abaissement des taux d’escompte, l'abondance des capitaux sur le marché, qui ont pour résultat la détente monétaire les reports peu élevés, l’abaissement du taux des reports (1), par rapport aux taux antérieurs des précédentes liquidations.

L'augmentation du dividende sur tel ou tel titre.

L'annonce du premier dividende sur un titre qui n'avait encore rien donné.

L'augmentation du capital ou une émission d'obligations en vue de l’adjonction et de l'achat d’une affaire connue, à rendement avantageux et à extension certaine.

(1) Nous nous expliquerons plus loin sur les reports.

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