‹ La bourse, ses opérateurs et ses opérations appréciés au point de ..., Volume 1Chapitre 10 sur 86 · L'étaHOM^or · texte numérisé non relu

L'étaHOM^or

13. — Il existe de nombreuses mamères de classer les différentes personnes qui figurent comme parties contractantes dans les q>érations de Bourse. Cette classification dépend un peu du point de vue auquel on se place.

La plus rationnelle, suivant moi, consiste à distinguer ceux qui remplissent ce rôle par exception et par hasard, et ceux qui le remplissent par règle et par habitude.

14. — Les premiers sont tous ceux qui, possesseurs de capitaux quelconques, préfèrent les vrieurs qui se cotent à la Bourse aux placements immobiliers ou commerciaux. Les oscillations ordinaires de la hausse ou de la baisse les touchent médiocrement. Ce qui Tes préoccupe avant tout, c'est le chiffre du dividende ou des intérêts payés; le capital n'est pour eux que l'accessoire. Acheteurs sérieux, ils conservent leurs titres et ne les ven-

dent que dans un besoin d'argent, ou lorsqu'une dépréciation alarmante leur fait concevoir des craintes positives pour la sécurité du capital.

On les voit rarement à la Bourse; leur présence y serait inutile ; leurs opérations se traitent presque toujours au comptant et au cours moyen^ c'est-à-dire qu'ils vendent ou achètent i[u'cûuïs~ienant le juste milieu entre le cours le plus élevé et le cours le plus bas de la Bourse du jour. Us se contentent de se rendre le matin dans les bureaux d'un agent de change, donnent leurs ordres, déposent leur argent ou leurs titres, et revien-nent le lendemain^ ou au bout de quelques jours, suivant le cas, chercher le produit de la négociation.

Les agents de change, qui n'apprécient la valeur des clients qu'à l'importance du courtage, considèrent ceuxci avec une suprême indifférence. Ils doivent même regretter le temps consacré à l'accomplissement des mandats qu'ils en reçoivent : car il est certain que, si les droits perçus sur ces transactions étaient leur unique ressource, leurs charges ne seraient jamais parvenues au prix fabuleux où nous les voyons aujourd'hui.

Pour eux, les véritable^; clients sont ceux qui se font de la Bourse une occupation ou un moyen d^existence.

A l'inverse des premiers, ceux-ci se préoccupent avant tout des chances d'augmentation du capital ; l'intérêt et le dividende sont pour eux l'accessoire ; ils les reçdvent bien au moment de l'échéance, mais c'est un accident, ce n'est pas un but dans leurs opérations. Us achètent des titres réels ou fictif avec l'intention bien anêtée de s'en défaire le plus promptement possible, dès qu'une augmentation de quelques francs ou de quelques centimes leur c^rira l'occasion de réaliser un bénéfice.

Parmi eux nous remarquons le petit rentier, le petit

actionnaire qui, possesseur d'une inscription minime, ou de quelques titres d'une Compagnie industrielle ou financière, se tient sans cesse à TafiFût, guettant la hausse pour vendre et la baisse pour acheter, et réalisant avec peine un maigre bénéfice, diminué par les droits de courtage qu'il paie aux intermédiaires à chaque négociation. De la même espèce sont les capitalistes qui, disposant de sommes plus considérables et voulant les faire fructifier, se livrent sur une plus vaste échelle & ce genre d'opérations. Ils n'achètent jamais que dans les limites de leur fortune, passent toute leur année à faire, défaire et refaire leurs ventes ou leurs achats, et vont d'une valeur k l'autre au gré de leurs inspirations ou de leurs caprices.

Ce n'est pas encore la fleur de la clientèle ; ces acheteurs ou ces vendeurs ne pratiquent guère les marchés à terme : or, les clients du comptant ont reçu dans la langue du métier une appellation qui témoigne de l'estime où on les tient : on les appelle des ctîenU de carton.

Les clients les plus sérieux pour l'agent de change sont ceux qui le sont le moins pour les opérations qu'ils négocient. Ceux-ci vendent cependant et achètent comme les autres ; seulement la marchandise est la chose dont ils se soucient le moins. Ils ont rarement dans leur portefeuille les titres qu'ils s'engagent à livrer , et plus rarement encore les sommes qu'ils s'engagent à payer. Mais, comme ils pratiquent presque exclusivement le marché à terme, c'est-à-dire qu'ils stipulent un délai de quinze jours, d'un ou deux mois, suivant les cas, entre l'époque de la convention et celle de l'exécution, ils espèrent, durant ce laps de temps, trouver l'occasion favorable de faire la contre-partie de l'opération qu'ils ont engagée tout d'abord , de manière à neutraliser, à compenser une vente par un achat, un

achat par une vente ; et, s'ils ont revendu plus cher qu'ils n*ont acheté, s'ils ont racheté moins cher qu'ils n'ont vendu, & encaisser la diflFérence.

Quand on veut être poli avec ce genre d'opérateurs, on les appelle des spéculateurs ; quand on veut l'être moins, on les appelle des joueurs : de même on désigne leurs opérations tantôt sous le nom de spéculations, tantôt sous celui d'agiotage^ et quelquefois aussi sous celui de tripotage.

15. — De même qu'autour des tables de roulette, il y a des gens qui mettent toujours sur la rouge, d'autres qui mettent toujours sur la noire ; de même que dans le corps médical vous avez le docteur Tant pis et le docteur Tant mieux ; de même que dans le monde vous avez des gens qui voient tout en rose et d'autres qui voient tout en noir ; de même qu'à côté des Héraclites qui ne cessent de pleurer, se montrent les Démocrites qui ne cessent de rire , à côté des joueurs qui voient toujours la hausse, il y en a qui voient toujours la baisse.

Cherchez, si vous le pouvez, l'explication du phénomène, j'y renonce ; je me borne à le constater. On est haussier conmie on est baissier^ip^T instinct, par organisation. C'est ce qui vous explique pourquoi, dans les circonstances les plus difficiles, au milieu des crises les plus formidables, quand on veut jouer à la Bourse, on trouve toujours un partner pour faire sa partie.

Les Anglais distinguent ces deux catégories de joueurs par des noms fort pittoresques. Ils appellent les haussiers des ours {bearsjy sans doute, parce qu'à l'exemple de ces carnassiers, qui courent à l'ennemi la tête haute et le nez au vent, les haussiers, pour la plupart gens de belle humeur, ont dans l'encolure et dans la démarche une affectation de ce genre; ils appellent les baissiers des taureaux (&u//s), par suite, sans doute,

de l'habitude qu'ont ces ruminants de baisser la tête pour encorner leurs adversaire, et de celle qu'ont les baissiers à l'humeur triste de regarder en marchant la pointe de leurs chaussures.

Les joueurs, avec les curieux et les oisifs, forment le public habituel de la Bourse.

16. — En dehors de la scène et dans les coulisses se tiennent les capitalistes qui fournissent aux joueurs, au moment de la liquidation, le nimiéraire ou le titre dont ceux-ci ont besoin pour continuer leur partie. Au moment où ils ouvrent la main droite pour laisser tomber les écus dans l'escarcelle de l'emprunteur, ils ouvrent la main gauche pour recevoir les titres qui leur sont remis comme nantisseineiit. H y a tout bénéfice à faire ce métier àe prêteur à la petite quinzaine ; l'argent peut reporter de 10 à 20 0/0 et plus, et l'on rentre dans son capital au jour convenu avec une certitude presque complète. Le pis qui puisse arriver, c'est de rester détenteur de titres susceptibles de dépréciation ; après tout, on s'en console en palpant les intérêts ou les dividendes, jusqu'au moment où il devient possible de les revendre avec bénéfice. Du reste, comme on n'a pas eu la naïveté de prendre dans le contrat le titre dangereux de prêteur, qualité qui oblige à observer certaines presciiptions légales relatives au taux de l'intérêt; comme, par le mécanisme des reports, que nous expliquerons plus tard, on a pu dissimuler sous Ta^^arence d'un achat et d'une vente un véritable prêt sur nantissement, on évite l'application des lois des 3 septembre 1807 et 19 décembre 1850 (1) . Au lieu d'une opération qui flaire

(1) Loi du 3 septembre 1807, aru l*'. « L*intér6t conveBlionnel ne pourra excéder, en matière civile, cinq pour cent, ni, en matière de commerce, six pour cent. »

liOi du 19 décembre 1850, art. 2. « Le délH d'halntude d'usure sera

l'usure, on a fait un placement de père de famille (1).

17. — A côté et au-dessus de ces capitalistes, au som» met de l'échelle, se tient r état-major , composé de ban-r quiers et de financiers, directeurs de compagnies commerciales et industrielles, administrateurs de Sociétés ou de Crédits quelconques; ceux chez qui, chaquematin, les agents s'empressent de recueillir les ordres , quj doivent décider du sort de la bataille ; ceux qui opposent à la puissance aveugle du hasard la stratégie de leurs combinaisons ; ceux qui, assez forts pour tenter l'assaut de la place, engagent la lutte pour l'emporter et la soutiennent pour s'y maintenir; ceux enfin qui, dominant une situation impuissante à les dominer, asseoient l'édifice de leurs fortunes sur les débris et les ruines dont ils sèment trop souvent leur passage.

Archimède, après avoir découvert le levier, s'engageait à soulever le monde s'il trouvait un point d'appui. Ils ont tout à la fois le levier et le point d'appui : le levier, c'est leur intelligence; le point d'appui, leur capital : faut-il s'étonner qu'ils soulèvent la Bourse ?

puni d'une amende qui pourra 8*ébyer à la moitié des capitaux prêtés à usure, et d'un emprisonnement de six Jours à six mois. »

(1) Ce Jugement porté sur la conduite du reporteur pourra paraître térère et contradictoire aTec des usages constants. S*il n*existait pas de loi positive sur le taux de l'intérêt de l'argent, elle ne me paraîtrait violer en aucune façon les lois de la probité et de la bonne foi. Mais enfin, de quelques critiques que cette loi soit susceptible, elle existe, et tant qu'elle n'est pas abrogée, il ne saurait être permis de faire indirectement ce qa'il est défendu de faire directement. Si la loi est mauvaise, qu'on la Mpprime ou qu'on la modifie, à la bonne heure \

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