Goan diTon des négociations
51. — Délais nécessaires pour le transfert des titres au porteur.
52. — Délais pour le transfert des titres nominatifs. 58. — Gomment ces délais peuvent être abrégés.
54. — Délais extrêmes pour l'exécution des marchés au comptant.
55. — De l'arbitrage ; son mécanisme, son but, ses arantages, ses incon- Ténients.
49. — Les marchés au comptant sont ceux dans lesquels aucun délai n'est stipulé pour Texécution de la convention ; c'est le contraire des marchés à terme.
60. — Ils sont négociés, soit à un cours fixé d'avance à l'agent de change par le client; soit au cours du Jour, c'est-èrdire à l'un des cours qui seront faits à la Bourse où la négociation doit s'opérer, et qui est livré à la discrétion de Tofficier public; soit enfin au cours moyen i c'est-à-dire au cours également distant des
cours extrêmes qui auront été faits dans cette Bourse (1) .
À Paris, les marchés au cours moyen sont négociés, avant la Bourse, dans le cabinet des agents de change, par eux-mêmes et quelquefois par leurs commis, quand le temps manque aux patrons; les autres se négocient au parquet pendant la Bourse.
51 . — Bien qu'aucun délai ne soit stipulé pour l'exécution du marché, il faut néanmoins prendre le temps nécessaire pour opérer la mutation de propriété du vendeur à l'acheteur.
Ce temps est plus ou moins long, suivant qu'il s'agit d'effets nominatif ou d'effets au porteur.
Quand il s'agit d'effets au porteur, rien n'est plus simple et plus expéditif . Us sont livrés par l'agent acheteur et payés par l'agent vendeur, dans l'intervalle d'une
(i) Lonqne le client donne ses ordres d'achat ou de fente an cours du jour, il est exposé à un danger de la part d'un agent infidèle : car celui-ci, en cas d'achat, peut porter sur le bordereau le cours le plus haut fait à la bourse du Jour ; en cas de yente, il peut porter le cours le plus bas, et s'^>pliquer la diflCârence, dans le cas où il aurait opéré la négociation entre ces deux extrêmes. Le client, qui n*a aucun moyen de contrôler le cours réel de la négociation, supporte ainsi un courtage supplémentaire qui peut avoir son importance. Espère-t-il éviter ce danger en donnant ses ordres au cours moyen, un autre danger peut se présenter. Supposez que vous donniez ordre de vendre cent actions au cours moyen, au moment ob elles oscillent entre A95 et 500 fr. Au lieu de vendre au cours moyen, comme il en a reçu Tordre, l'agent peut vendre à ses risques et périls à 697 fr. Quelques instants après, à la même Bourse, il vendra lui-môme ou fera vendre par un tiers deux ou trois de ces mômes actions à 493; de sorte que le cours moyen, qui, normalement, eût été de 497.50, se trouvera être de 490.50, et qu'il pourra réaliser, au détriment de son client, un bénéfice de 50 c. par action. Le meilleur moyen de se soustraire à ces dangers, c'est de donner ses ordres à un cours fixe; si l'agent les exécute ft un cours différent, il le fait à ses risques et périls. Le plus sûr, c'est de ne s'adresser qu'à des agents dont la réputation soit solidement établie. Dieu merci I le nombre en est grand. D'ailleurs, la Chambre syndicale ne manque pas de réprimer sévèrement ce manquement aux devoirs profesaiomielf ; quand il est porté à sa connaissance.
Bouse à l'auln (1) « La propriété 9e trouve teaBsl&rée par la minple tradition manuelle»
Ayaixt d'opérer la négoeiatk», Vagent ayant Thabiftude d-^ se feûre consigner l'argent par l'acheteur^ le titre par le v^ideur, aucun obstacle ne vient ordinairement empêcher que le marché soit réalisé le lendemain.
Si l'agent du vendeur ne reçoit pas l'argent de son oonfrère, ou si celui de l'acheteur ne reçoit pas le titre, celui des deux qui souffre de cette inexécution, »'aidresse,, avant la Bourse, au syndic ou à l'un de ses adjoints. Le plaignant et son contradicteur sont entendus^ et le syndic ou l'adjoint^ après en avoir délibéré avec deux autres adjoints, prononce, s'il y a lieu, que les effets seront rachetés ou revendus dans la Bourse du jour, aux frais, périls et risques de l'agent en défaut. Si cette négociation s'est opérée à un taux différent de la première, celui-ci devient responsable du préjudice et débiteur de la différence que le confrère peut avoir payée.
52. — Lorsqu'il s'agit d'effets nominatîfe, ce qui arrive fréquemment pour les rentes sur l'Etat, la mutation de propriété ne peut plus s'opérer par la simple tradition du titre ; il faut remplir ce qu'on appelle les formalitéa du transfert. La réalisation du marché exige plus de temps, et le délai est d'autant plus long que la négociation ne s'opérant paâ directement entre les clients, mais bien entre les agents de change, il faut que la propriété du titre passe des mains du client vendeur dans celles de son agent, de celles de cet ageat dans celles de l'agent de l'acheteur, pour arrivier des mains de celui-ci dans cellet du client ache-
(1) Rètf eoMnt général» titro V, feet i, irt. 2.
tear (1); ce qui entraîne un délai de cinq jours aa moins.
53. -^ Connue cm délais sont quelquefois fort g^ oaats pour les clients^ les agents de clumge peuvent les abréger et les abrègent en effet vitHà-vis de ceux qu'ils veulent obliger.
Les agents de change ayant presque toujours k leur diiq>oBition des inscriptions de rente ou des capitaux^ on procède de la façon suivante :
Supposez que le client désire vendre et ait un pressant besoin d'arg^it^ il se rend chez son agent et signe im-^ médiatement une déclaration de transfert à son profit^ Fai^ent la certifie ; le client se rend au bureau des traïuh farts avant la Bourse, et y signe le transfert. A la BiBrae, l'agent vend la r^te ; comme elle est à son nom, il avance le lendemain à son client le prix de la vente, et le reçcdt (]^elques jours après du confrère acheteur. Supposez, au contraire, que lo client désire acheter et veuille avoir son inscription presque inuné-*
(1) Void commeât s'opèrent cm muiatioiu snooesBîVM : Le client Tefideitf dépoee^ uû kmdi par exemple^ un titn CDtn lût tÊoâm de son agent, 6t fixe le eoun de la nôgooiatioii. k la Bonn» du Jour, ragent opère la Tente au profit d*un confrère qui achète ; le lendemain, mardi, comme celui-ci ne doit pas faire connsftre le client pour le compte duquel il a acheté, il remet ton aom pefsonaei à ragsm vcndevr, et c'eet à lui personDeUemeiit que le transfert va d*abord être consenti* Cette transmission de confrère à confrère s'appelle la remise des noms. Le mercredi, c'est-à-dire le troisième Jour, le client vendeur signe, au bureau de la Trésorerie, un transfert du titre âa profit de cet agents le Jeadi, l'inseripCiOA aouveile, délivrée en conséquence de ce transfert, est remise à l'agent vendeur, et envoyée par lui à l'agent acheteur, avec un bordereau de la négociation. Sur la i^ceptioû de ce bordersau acquitté et de l'inscription transférée à son nom, oelid-d pâte 2e prix d'âch8t« Le même Jour, il signe à son tour uti transfert au nom du client acheteur; les pièces sont de nouveau transmises au bureau de la Trésorerie, et, enfin, le vendredi, c'eet-i-dire le cinquième Jour aparèf l'ordre donné, l'inscription définitive est remise an client acheteur.
diatement, il remet entre les mains de son agent une somme nécessaire à payer Tachât au cours le plus élevé que, suivant toute probabilité , la rente fera ce jour-là ; l'agent signe aussitôt une déclaration de transfert au profit de son client qui, le lendemain reçoit son inscription. Dans le premier cas, le client a gagné deux jours au moins ; dans le second, il en a gagné au moins trois.
n est possible aussi d'abréger les délais ordinaires, lorsque l'agent trouve à fiure dans sa clientèle la contrepartie de l'opération dont il a reçu l'ordre ; lorsque, vendeur pour le compte d'un client, il est acheteur pour le compte d'un autre. Pour qu'il en soit ainsi, il feut, on le comprend, qu'il y ait lieu de vendre et d'acheter une même quantité de rentes au même prix, ce qui peut arriver assez fréquemment, surtout lorsque les ordres sont donnés au cours moyen.
54. — Le délai pour opérer le transfert d'agent à agent est au minimum de trois, et au maximum de cinq jours, en y comprenant celui de la remise des noms (1), soit six jours, à partir de l'ordre donné. La livraison à l'agent acheteur peut donc n'avoir lieu que le septième jour, et la livraison au client que le huitième.
Si, avant la cinquième Bourse qui suit celle où la remise des noms a été faite, l'effet n'est pas livré, l'agent acheteur prévient l'agent vendeur par une affiche, visée par un des membres de la Chambre, qu'à la Bourse du lendemain, il fera racheter cet effetpour son compte, à ses risques, périls et frais.
Cette affiche visée est apposée, avant l'ouverture de la Bourse, dans un tableau placé à cet effet dans l'intérieur du cabinet des agents (2) .
(1) Règleinentgéoéral, titre V, secu u, art. 6. (3) ibUL, irt 7.
Ce rachat) ainsi que la revente, dans le cas où, par suite de non-paiement, elle est nécessaire ^ s'opèrent dans les mêmes formes que les achats et ventes des effets au porteur (1).
55. — Quelquefois, au lieu d'échanger leurs titres contre des espèces, ou réciproquement, les clients échangent des titres contre d'autres titres. Cette opération, qui, en langage de Bourse, se nomme un arbitrage , est plus usitée dans les marchés à terme que dans ceux dont nous nous occupons en ce moment ; néanmoins, connue elle se pratique aussi au comptant, j'ai cru pouvoir en parler dès à présent.
Cette opération repose sur cette observation que les différentes espèces de fonds ne sont pas toujours au même taux relatif. Ainsi de la rente trois pour cent à 70 fr. est plus chère que de la rente quatre et demi à 90 fr. ; pour qu'il y eût égalité dans le rapport des prix, il fendrait que le trois pour cent fût à 60 îr. (2).
Si donc je suis propriétaire d'une inscription de trois mille francs de rente trois pour cent^ et qu'à un moment donné le trois pour cent soit à 70, tandis que le quatre et demi est à 90, en vendant ma rente trois pour cent , je me ferai un capital de 70,000 francs. Pour me procurer un revenu de trois mille francs en quatre et demi, je n'aurai à débourser qu'un capital de 60,000 francs : il me restera donc un capital de 10,000 francs disponible, et si je l'emploie en quatre et demi, j'augmenterai mon revenu de cinq cents francs environ.
Cette opération, avantageuse dans ce cas, deviendrait désavantageuse, si, au lieu d'acheter de la rente, j'avais
(1) Depuis la loi da 20 arril 1831, les rentes sur l'État sont nominati- ▼es ou ao porteur, à la Tolonté du propriétaire.
(3) I^ 3 0/0 à 60 f^., le 6 1/2 & 90 fr., le 5 0/0 à 100 fr., rapportent 9 0/0 d'intérêt au rentier.
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beBoin d'en vendre. Car la même quantité de rentes Tendues donnerait en trois pour cent un eapital de 70,009 francs et ne donnerait en quatre et demi qu'on capitri d'environ 60,000 francs.
Quant à son mécanisme, cette opération comjdexe se compose, ainsi qu'on le voit, d'une vente et d'un achat ; nous n'avons donc rien à ajouter à ce que nous venons de dire à ce sujet.
SECTION II
DES MÂlCHÉS A TKBItS.
S !*'• *"" Observations préliminaires.
^, — GoBsidéntions générales; la spéculatios et l'agiotage; définir
tiom.
57. — Exemples ée spéciilatioa et d'agiotage; acca|«r6iiienu St. ^ Ventes et aebats àdéoDavert. 59. — Jeux de Bourse.
56. — Nous mettons le pied sur le terrain de la Bg^ culation et de l'agiotage.
A ces deux mots je m'arrête : je sens qu'une définition est nécessaire.
Qu'est-ce que la spéculation? Qu'est-ce que l'agiotage î
Je n'essaierai pas de reproduire ici toutes les définitions qu'on en a données. Variables suivant le point de vue auquel on se place, elles sont si contradictoireâ que, loin d'éclaircir la question , elles ne serviraient qu'à l'embrouiller* Tel mot d'ailleurs, pris autrefoisdans un sens, est pris aigourd'hui dans un autre ; si bien, qu'il y a au^ tant de diversité et de confusion dans le domaine de lias-
toifequè damf celui d^ la légîalatioB ou dt l'éconcHaie pditique (1).
Jô préfère dire simplôment le œn» que j'attacherai anx mots spéculation et agiotage dans la suite de ce trarail.
Les cours des effets publics, conune ceux des marchandises) sont soumis à des oscillations de hausse ou de iMûsse, déterminées par des causes nombreuses dont rénumération complète est impossible, mais parmi les«quelles on peut citer les propc^ons diverses de l'offre et de la demande^ et les événements, la plupart du temps politiques, au milieu desquels s'opèrent les transactions.
En matière commerciale, à côté des négociants qui cherchait uniquement leur bénéfice dans la différence entre le prix qu'ils paient au producteur et celui qu'Us
(I) Agiô^ par «lemi^, ttt vA yieu mot italiett corrooipa, qui ûgmie viiear additlonoeUeY et correspond assez bien au mot fonçais plus-Talue. n désigna d*abord Texcédant du prix sur la valeur naturelle TRrCfibsèV; ~ pha tard, il désigna l'eicédant de valeur de la monnaie de banque sur la nooiiaie oonraotê, et vke terta. On s'en sert aussi pour désigner la phu»value de l'or sur l'argent, et réciproquement.
^ J'ouvre un dictionnaire, voici la définition que Je trouve du mot agiotage : ■ On appelle ainsi le profit nsuraire et excessif, qu'on prend pour convertir en argent quelque promeaee, quelque billet, quelque rescription. — n désigne plus communément aujourd'hui l'espèce de trafic que l'on fait des eflÎBts publics ou papiers, en les achetant ou les vendant, suivant l'opinion qu'on a qu'ils baiseeront ou hausseront de valeur. » ( Lavanx, Dictiotmaùre de la langue françaUe, )
Le même auteur définit ainsi la spéculation : « Examen approfondi et réfléchi de la nature et des qualités d'une chose. Ce mot est opposé à pratique. — Spéculation se dit aussi des projets, des raisonnementB, des calculs que l'on fait en matière de banque, de fiiianoes, de commerce. »
M. Proudhon {Manuel du spéculateur^ 3* édit., p. 4), s'exprime ainsi : ■ La spéculation n'est autre chose que la conception intellectuelle des diftreiito procédéi par lesquels le travail, le crédit» le transport, l'échange, «te, ptvveat intervenir dans la production. ■
De «s différentes aeoeptioiis des mots agiOi agiotage, gpécalatiea, ré* MMntaécesialreBantdas diiirenoea dans les maaièiee de définir les note agioteur, q>éciilatenr.
font payer au consommateur, il en est qui cherchent dans les fluctuations des cours des marchandises l'occasion d'un autre bénéfice. Au lieu de subordonner leurs achats et leurs ventes aux besoins actuels de leur commerce, s'ils croient à une hausse prochaine, ils achètent des marchandises avant que leurs approvisionnements soient épuisés, et fixent au vendeur un délai pour la li* vraison; s'ils croient à la baisse, ils vendent, également à terme, les marchandises qu'ils ont ; ils vendent même celles qu'ils n'ont pas, avec la perspective de se procurer à un plus bas prix la quantité vendue, dans l'intervalle qui sépare le jour de la convention de celui de la livraison.
En pareil cas, l'espérance de la hausse ou de la baisse est le motif déterminant de l'opération.
De même à la Bourse, à côté des gens qui achètent ou qui vendent, suivant leurs besoins respectifs et actuels, se trouvent des gens qui cherchent une occasion de bénéfice dans les variations nombreuses des fonds publics : acheteurs, s'ils croient à la hausse ; vendeurs, s'ils croient à la baisse.
Je les appelle spéculateurs ; j'appelle spéculation le trafic auquel ils se livrent.
Que les opérations soient sérieuses ou fictives , qu'ils achètent avec l'intention de prendre livraison et vendent avec l'intention de livrer, ou qu'ils soient animés d'une intention contraire, je maintiens ma définition , qui s'appuie, non pas sur la nature des moyens employés, mais sur le but final des opérations (1).
(1) « Nous appelons Jeux de Bourse les opérations à terme faites avec l'intention de ne les liquider que par des différences. Que l'on soit ou non en position de les régler autrement, l'intention suffit, à nos yeux, pour faire d'une spéculation à terme une affaire de Jeu. » ( Gourtois, Des Opirêtioni de Bourse^ p. 81).
En matière de spéculation, Timprévu joue le principal rôle. Sans doute Tintelligence, l'aptitude, la capacité, la situation particulière de chaque individu peu- Tent Taider et le guider dans ses calculs; mais le hasard peut toujours donner à ces calculs un dangereux démenti.
Les manœuvres de l'agiotage servent au spéculateur pour lutter contre cette force aveugle du hasard. Au lieu de laisser à celui-ci le soin d'amener la hausse ou la baisse, il cherche à les provoquer lui-même au moyen de ses combinaisons ; au lieu d'attendre des cours naturels, il crée des cours factices.
57. — Voici l'un des procédés usités en matière commerciale (1) :
Un individu achète en spéculation une forte quantité de marchandises. Pour qu'il réalise un bénéfice, il faut que la hausse se manifeste. Cet individu vend adroitement de petites quantités de marchandises avec une hausse progressive , de manière à établir un prix couitmt supérieur à celui de son acquisition : ces ventes sont simulées ; l'acheteur apparent ne prend pas livraison de la marchandise qui demeure la propriété du spéculateur ; ou, si la livraison est eflFectuée, il y a une rétrocession inmiédiate au profit de ce dernier. Ces ventes successives produisent une hausse factice, dont le spéculateur profite pour écouler à la fin les marchandises sur lesquelles il a spéculé.
Voici une autre combinaison :
0) Cet exemple et le stdyaDt sont extraits du Trûité des spieulatUnu fteBoitru, par M. Frémery, ancien avocat et ancien juge au Tribunal de la Seine. Ce traité fait partie d*un ouvrage publié en 1833^ soub le titre de : Etudes de droit commercial. Bien que paru depuis longtemps, cet ouvrage Gttrt encore tout l'intérêt de l'actualité. J'y ai trouvé de prédeux «^ocomenu, et Je saisis cette occasion de rendre hommage à Tautenr des ^OQQrants que J'ai pu lui Daire.
Un individu a acheté à terma one forte quantité de marehandifles. Pendant le délai ûxé pour l'exécution du marché, il fiait racheter sans bruit par un ^rand nombre de eommiadonnaires différents la totalité ou la presque totalité de ee qui existe sur le marché. Le jour de l'échéance arrivé, il réclame la livraison de ses ven" deurs; cette livraison est impossible, puisqu'il a tout racheté. Alors, maître du cours, c'est lui-^méme qui tire de ses magasins et revend à un taux supérieur lesmar*chandises destinées à y rentrer.
Cette opération, qui se nomme accaparement, n'est possible que si la quotité des objets à accaparer n'est pas au-^dessus des forces du spéculateur.
Elle est fort difficile à la Bourse, où la fortune d'un individu aérait le plus souvent insuffisante pour solder l'acquisition de la totalité de telle ou telle espèce de valeurs ; néanmoins elle n'est pas impossible, aujourd'hui sur*tout que la puissance sociale remplace la puiesance individuelle, et que l'association, en concentrant des capiteux énormes entre les mains de certaines compagnies, fournit à la spéculation et à l'agiotage des munitions suffisantes pour la lutte.
Du reste, h» son d^aut, les habiles de l'endroit ne manquent pas de combinaisons qui aident à la réuasite de leurs opérati(ms.
En effet, dans le monde finander comme daaa le monde commercial, la spéculation se présente presque toujours doublée de l'agiotage.
58. — A l'imitation des ventes ou des achats à terme employés dans le commerce, le spéculateur qui prévoit la baisse, fait ce que l'on appelle une vente à découvert, c'est-à-dire qu'il vend à terme des effets qu'il n'a pas. Bi sa prévision est exacte, et que la baisse surviemie avant l'échéance du terme^ il rachète les titres moûis
cim ^a'il m tes a vendus, et se trouve oânsi en mesure d'eifoctuer la livraison au jour &xé par la première convention. S'il prévoit la hausset il fiât l'opération contraire.
59. — Cette livraison ne s'eflFéctue pas toujours : car, lorsque les deux contractants savent que chacun d'eux n'a opéré que par spéculation, et telle est la présomp* tien en matière de marchés à terme, il en résulte ime sorte de convention tacite que voici.
L'un des spéculateurs a vendu des effets sras w $tre propriétaire ; il ne les a vendus qu'avec l'intention de les racheter moins cher avant le terme et d'opérer la livraii^n avec les titres rachetés, en gardant pour lui la différence du prix des deux négociations. L'autre spéculateur a acheté ces effets sans avoir l'argent nécessaire pour payer son acquisition ; il ne les a achetés qu'avec l'intention de les revendre plus cher aussi avant le terme ; de telle façon que le prix qu'il recevra du nouvel acquéreur, lui serve h payer le précédent vendeur et à encaisser la différence.
Mais si Tacheteur et le vendeur n'ont opéré tous deux qu'en vue de cette différence, au lieu de fiure ce circuit d'achats et de rachats, de ventes et de reventes, il est bien plus simple d'aller droit au hut, et de convenir, expressément ou tacitement, que le vendeur qui a «pé^ calé h la baisse, sera censé racheter de l'acheteur qui a spéculé à la hausse, la même quantité d'effets qu'il lui a vendus ou réciproquement ; les deux marchés se compenseront, sauf Ja différence entre le prix des deux négociations, différence qui profitera au vendeur primitif, s'il y a baisse, h l'acheteur primitif, s'il y a hausse (I).
(1) MuiMy, p. W.
Exemple : Pierre et Paul, spéculateurs, n'opèrent qu'en vue des diflFérences. Pierre vend à Paul 8,000 £r. de rentes trois pour cent fin courant à 69 fr. A la fin du mois, la rente est à 68 jfr: ïTTfaut qu'il livre les rentes achetées par Paul, il achètera lui-même 3,000 tr. de rentes au cours du jour moyennant 68,000 fr., remettra les titres à Paul, de qui il recevra 69,000 fr., recouvrera les 68,000 fr. qu'il a déboursés ou qu'on aura déboursés pour lui, et gardera mille francs de ^néflce. De son côté, Paul qui a acheté les 3,000fr. de rentes, se procurera d'une fiEiçon ou d'une autre 69,000 fr., les versera entre les mains de Pierre contre réception des titres, revendra immédiatement ces titres moyennant 68,000 fr., et se trouvera en perte, de mille francs. Si, au lieu d'être à 68 fr. à la an du mois, la rente eût été à 70 fr., c'est Pierre, le vendeur à terme, qui aurait perdu les mille francs ; Paul, l'acheteur à terme, qui les aurait gagnés.
Supposez maintenant, puisque Pierre et Paul n'ont opéré qu'en vue de cette différence de mille francs, que Pierre, au lieu de racheter d'un tiers les 3,000 fr. de rentes vendus à Paul, les rachète de Paul lui-même; que Paul, au lieu de vendre à un tiers les valeurs nécessaires pour réaliser la somme qu'il doit i Pierre, les vende à Pierre lui-même, le résultat ne sera pas modifié ; mille francs de gain pour l'un, mille francs de perte pour l'autre.
Supposez enfin qu'au lieu de racheter réellement, Pierre soit censé racheter; qu'au Heu de vendre réellement, Paul soit censé vendre; à la réalité substituez la fiction : la situation finale des deux spéculateurs sera toujours la même, et vous aurez le jeu de Bourse dans toute sa pureté.
C'est ainsi que ces marchés, bien qu'ils affectent la
fonae d'achats et de ventes, se résolvent en de simples paiements de différences.
En fait, et cela résulte de la manière dont s'opère la liquidation des marchés à terme, il est certain que la majeure partie des ventes n'est pas suivie de livraisons, que la migeure partie des achats n'est pas suivie de paiements. La science du spéculateur consistant à en-^ gager et à conduire une série d'opérations contraires, il en résulte que, sauf les différences des prix, les achats sont neutralisés par les ventes, les ventes neutralisées par les achats , et que d'ordinaire, sauf les exceptions inventées pour le besoin des circonstances, parmi les vendeurs, celui-là seul doit livrer, qui n'a pas compensé sa vente par un achat ; parmi les acheteurs, celui-là seul doit payer, qui n'a pas compensé son achat par une vente.
Je ne saurais trop insister sur ce point, que la nature du contrat ne peut et ne doit dépendre que de l'intention des contractants. Qu'il soit souvent difficile, quelquefois même impossible de distinguer cette intention, j'en conviens ; mais qu'on veuille toigours juger du fond d'après la forme, voilà ce que je ne saurais admettre.
Quoi ! parce qu'au jour de la liquidation, après une série d'achats ou de ventes, demeurant en fin de compte acheteur, vous prenez une fois par hasard livraison de titres qui, dans un jour, dans une heure peut-être, auront disparu de vos mains, parce que, demeurant vendeur, vous allez, pour opérer une livraison accidentelle, emprunter ces titres à un tiers, quitte à payer les lourds intérêts de votre empnmt, vous vous écriez : j'ai fait une opération sérieuse, et vous vous indignez contre l'épithète de joueur, que vous prétendez devoir être réservée pour ceux qui se dispensent de cette comédie ! Je vous réponds tout de suite : avez-vous acheté pour garder,
pour consùmmet l'objet de votre achat? Avez-vouB vendu pour recevoir le prix de votre vente, pour le conserver et l'utiliser à vos besoins? Non, sans doute; que vous soyez acheteur ou que vous soyei vendeur, vous n'avez eu qu'un désir, qu'une pensée, gagner une différence. Les titres ou les écus qui ont pu circuler entre vos mains n'étaient pas le but, mais l'instrument de vos opérations. Dans un cas, comme dans l'autre, vws avez joué à la Bourse.
Si vous avez laissé au hasard seul le soin de décider des cours, vous avez spéculé ; si vous les avez produits, ou si vous avez tenté de les produire à l'aide de vos combinaisons, vous avez a^ioté^
En résumé, pour moi, à l'intérieur comme en dehors de la Bourse, la spéculation consiste dans le tri^c fait sur la hausse ou la baisse de certaines valeurs, l'agiotage dans l'ensemble des manœuvres employées pour déterminer cette hausse ou cette baisse.
8 IL — ConiUùmB diverm des marchén à terme.
60. — Nombre proponionnti de» marché! aa çopiptant at im maichéa i
tenne.
61. — Quantités sur lesquelles on peut opérer. es. — Délais de l'exécution.
6S. — Remise des couyertures.