Espèces diyenes des marchés à terme
J'ai dît dans le paragraphe précédent que la majeure partie des marchés à terme, même lorsqu'ils ne se résolvaient pas en de simples paiements de différences, n'étaient que des opérations de spéculation. Les quatre remarques suivantes confirment cette opinion :
60. — 1® Lorsqu'on compare le nombre des marchés au comptant avec celui des marchés à terme, çn )*emarque avec étonnement une différence énorme.
li'âuteur d'une petite broohure, publiée en 1821 (1), estimait qu'à cette époque les marchés à terme surpash saient cinquante fois au moins les marchés au comptant.
Cette proportion est singulièrement dépassée aujourd'hui (2). Dire au juste ce qu'elle est, serait difficile; mais ce qu'on peut affirmer d'une &çon générale, c'est que les marchés au comptant ne sont rien en comparaison des marchés à terme, c'est que dans une seule journée on fait à la Bourse de Paris plusieurs millions de rentes à terme, tandis qu'au comptant un achat ou une Tente de trois cent mille francs de rentes est un éTénwient.
On ne comprendrait guère cette différence si, dans un cas connue dans l'autre, VoStQ et la demande avaient un but identique.
61. — 2^ Les clients ne peuvent acheter ou vendre à terme une quotité quelconque de valeurs.
On ne peut opérer que sur des quantités déterminées ou sur leurs multiples.
Ces quantités sont : de 2,250 francs pour les rentes 4 et demi pour cent; de 2,000 francs pour les rentes 4 pour cent; de 1,500 francs pour les rentes 3 pour cent; de vingt-cinq actions pour les chemins de fer, la Banque de de France, la plupart des valeurs financières ou industrielles, et les obligations de certains emprunts étrangers (3).
(i) Préciêdesdiférentes manières de spéculer sur les fçnds publics en usëçe à ia Bourse de Paris.
(t) U est ?ni de diie que, sur lei qoarante-hiiU Bonnes existant actoeUement ea France, il n'y en a que cinq où les opérations à terme ont une activité locale; mais il ne faut pas oublier que ces cinq Bourses sont celles de Paris, Bordeaux, Lyon, Marseille et Toulouse, et que ce sont les leules qui aient un parquet.
(3) Voir, WAppêiiAice^ Règlement particulier des agents, tit. V| sect i, art. 1.
Quel est le motif de cet usage, imposé comme règle au public par la toute puissance des agents de change?
Ils ont voulu, disent-ils, faciliter la marche de leurs opérations. Pourquoi donc ne Tont-ils pas adopté pour les marchés au comptant? Le règlement de leurs comptes quotidiens eût été plus rapide et plus facile ; et puisque l'avantage de l'officier public paraît devoir être seul pris en considération, on se demande pourquoi il n'en est pas ainsi.
Ne voyez-vous pas que les clients et les agents n'ont jamais cherché entre eux à prendre le change sur le but des marchés à terme ; que les uns comme les autres savent à merveille que les opérations engagées de la sorte ne sont ni fixées ni limitées par les exigenceis sérieuses de la consommation , et que, par conséquent, il n'était pas nécessaire de tenir compte des besoins infiniment variables de l'individu, quand il s'agissait de régler entre des joueurs les conditions de la partie.
62. — 3® Les délais fixés pour l'exécution de ces marchés ne sont pas abandonnés non plus à la volonté des contractants. On ne peut vendre ou acheter qu^en liqui-dation^ c'est-à-dire aux époques fixées par les agents pour les liquidations des marchés à terme. Ces liquidations n'étaient d'abord que mensuelles ; mais depuis 1844, une liquidation spéciale aux actions de chemins de fer a lieu le 15 de chaque mois. C'est un moyen pour les agents, d'une part*, de diminuer les risques résultant de l'incertitude des événements, risques d'autant plus considérables, que les délais sont plus prolongés ; de l'autre, d'éviter l'encombrement causé par l'insuffisance de leur nombre et de doubler leurs droits de courtage (1).
(1) ProudbOD, Mmmul du spéeuiàteut, p. SO.
On ne peut en général opérer que fin courant ou fin prochain^ c'est-à-dire qu'on ne peut prendre pour jour de l'exécution du marché que le dernier jour du mois où l'on opère, ou du mois suivant (1). On peut cepen*dant, pour les actions de chemin de fer, stipuler au 15 courant oMaul^ du mois 'prochain. H n'est pas permis au parquet de stipuler d'autres délais.
Les considérations qui expliquent la fixation invariable des quantités, sur lesquelles il est permis d'opérer à terme, expliquent aussi la fixation invariable de ces délais.
63. — 4<> Enfin, les ag-ents de change n'exécutent les ordres des clients qu'après être nantis de comertures. S'il s'agissait d'opérations vraiment sérieuses, où la livraison et le paiement des valeurs négociées seraient l'objet direct du contrat, quel est l'agent qui, responsable vis-à-vis de ses confrères de l'inexécution de ses clients, ne prendrait pas la précaution si simple et si légale de se fidre remettre par eux à l'avance le titre ou le prix ? Quel est celui qui ne préférerait pas sacrifier un droit de courtage, quel qu'en soit l'importance, au danger de ne pouvoir faire face à ses engagements professionnels? Mais comme ils savent à merveille, qu'en règle générale, dans l'intervalle d'une liquidation à l'autre, l'ordre d'achat sera suivi d'un ordre de vente, ou réciproquement, et que la somme exposée par les clients n'est pas autre chose que celle qui résultera de la différence du cours des deux négociations, il ne faut pas s'étonner s'ils se contentent d'une garantie à peu près égale au risque couru , et si la couverture qu'ils exigent, est ordinairement proportionnelle à la différence possible et probable, et non pas à l'importance des som-
(1) Règlement général, tit. V, sect ni, art. 8.
— semés qui) en apparence, doivent sortir de lenrs mains ou y entrer.
J'ai tenu à dire mon opinion sur les marchés à terme avec une entière franchisé. Je pense que le tecteur isans prévention , qui veut se rendre un compte exact des choses, recoimattra qu'elle n'est lii iiguste, ni exagérée.
Que maintenant un pareil état de choses, s'il paraît contraire anx lois de la saine morale, puisse être justifié par des considérations d\in autre ordre ; ique son maintien puisse être réclamé par les exigences inhérentes à l'organisation de notre crédit public; t|û'il soit âiême désirable que le lêgiidateur substitue une sanction active à ime tolérance purement passive j ce sont autant de questions dont nous aborderons l'examen dans la dernière partie de xie ihivail. Mais leur solution sera d'bûtant moins difficile, que nous aurons plus complètement déUayé le terrain de la disciBsion des ar^ties et des sophiknés dont l'intérêt personnel s'^felroe de l'embarrasser.
64. —On distingue deux espèces de mardiés àterme ; les marchés fermes et les marchés à prinH , Bppdés aussi marchés liàrei.
S IIL -^ tin motchéi ftmet.
^ ««- DèSnitiM dei màftlf éi feréiei.
fi^ — Fonnole de ces marcbét, 67. — Faculté réservée à l'acheteur d'anticiper la lirraiaon. 6$. — lllécànisme de ces mlordiéË.
•9. — Réi|«ii8ldblUté de l'àgeftt db chttige. 7«» — Dee marchés dits maicbée de dieots.
71. — Gomment l'agent devient toi^oora responsable via-4-tia de son client.