Le report, avons-nous dit, est utile au capitaliste
Supposez que je possède soixante-dix mille francs, dont je n'aurai l'emploi que dans un ou deux mois. Comment les rendre productifs d'ici là? En dehors delà Bourse, ce serait difficile, impossible môme; à
(I) Bepart est an mot anglais qui signifie prolongation, continuation.
la Bourse rien n*est plus simple. Voici comment :
Le trois pour cent est, au comptant, à 70 fr. ; il est à terme à 70.35. J'emploie mes soixante-dix mille francs à acheter comptant du trois pour cent à 70 fr., et je le revends en même temps fin courant à 70.35. De cette feçon, contre soixante-dix mille francs que j'aurai déboursés, j'en recevrai, à la fin du mois, soixante-dix mille trois cent cinquante. Ces trois cent cinquante francs, bénéfice résultant de la différence du taux des deux négociations, me représenteront un intérêt de six pour cent par an. Si l'écart entre le terme et le comptant était double, triple, quadruple, ou si l'intervalle entre l'achat et la vente au lieu d'être d'un mois, était de trois semaines, quinze jours ou une semaine, ce serait un moyen de placer mon argent plus avantageusement encore.
J'aurai, en outre, l'avantage, ayant revendu ces rentes à terme, au moment même où je les achète, de demeurer étranger à la baisse. Les risques en seront courus par l'acheteur, qui contracte vis-à-vis de moi l'obligation de prendre livraison au taux et au terme convenus. Le pire qui pourrait m'arriver, c'est que l'a*cheteur fClt insolvable. Dans ce cas, je conserverais du moins les titres, et je pourrais attendre la hausse pour les revendre.
Si je n'ai pas besoin de mon argent à la fin du mois, je liquiderai ma première opération, et je la renouvellerai pour le mois suivant, et ainsi de suite, jusqu'à ce que je veuille utiliser mes fonds à d'autres placements.
Je pourrai même, dans cette hypothèse, me prociurer tm bénéfice plus considérable, dans le cas où la baisse surviendrait après la conclusion du premier report.
En effet, après avoir acheté du trois pour cent à 70, et l'avoir revendu fin courant à 70.35, la rente tombe
à 69. Si j'achète, à ce moment, une égale quantité de rentes fin .courant à 69, et que je les revende fin prochain à 69.50, mon second vendeur fera à m^ place la livraison à mon premier acheteur, mon premier acheteur le paiera et me tiendra compte de la différence entre 70,35 et 69 ; au lieu d'une différence de trente-cinq centimes, j'en toucherai une d'un franc trente-cinq, et à la fin du mois suivant, je toucherai une nouvelle différence de cinquante centimes. Je pourrai, de la sorte, renouveler ou liquider mon opération, suivant que les cours seront en baisse ou en hausse, suivant que j'aurai besoin ou non de mon argent.
90. — Le report, avons-nous dit encore, est utile au spéculateur.
n arrive, en effet, très-souvent, queles acheteurs à terme n'ont pas les fonds nécessaires pour payer leurs achats fermes au moment de l'échéance, ou que les acheteurs de primes ont intérêt à ne pas laisser tomber leurs marchés à ce moment.
Exemple : j'ai acheté du trois pour cent fin courant à prime à 71, dont 50. A la fin du mois le trois pour cent est à 70.85 : le niveau de ma prime n'étant pas atteint, je l'abandonnerais au vendeur. Cependant je crois h la hausse, et si elle se réalisait le mois suivant, je lèverais les titres et je gagnerais la différence. Quoi qu'il en soit, il faut, à la fin du premier mois, ou que je lève les titres ou que j'abandonne la prime. Il n'y aurait qu'un moyen d'échapper à cette nécessité fâcheuse, c'est de trouver quelqu'un qui, prenant momentanément ma place vis-èi-vis du vendeur de la prime, e'acquitterait de mon obligation, et me permettrait de conserver, par cette substitution de personne, la position d'acheteur, que j'ai intérêt à garder.
A l'aide d'un report je puis atteindre ce résultat.
A cet effet je m'adresserai & un capitaliste ; ordinairement c'est ragent de change lui-même, qui a reçu d'un certain nombre de clients des dépôts de sommes destinées à être employées en reports ; je lui vendrai comptant ma rente trois poiur cent, et je la rachèterai de lui à terme & un plus haut prix. Be cette façon, je n'aurai à payer qu'une différence : et si la hausse arrive, conformément à mes prévisions, je pourrai regagner cette différence et réaliser un bénéfice.
Cette opération me serait également avantageuse si , n'ayant pas d'argent pour payer un achat ferme, et ayant intérêt & ne pas laisser tomber mon marché, en cas de baisse, j'avais besoin de trouver les fonds nécessaires pour satisfaire aux obligations du moment. Avant la première échéance, je vendrai fin courant une égale quantité de valeurs, et je la rachèterai fin prochain à un taux plus élevé. Mon premier vendeur livrera à mon second acheteur qui le paiera, et j'aurai évité que mon opération se liquide à la fin du premier mois.
Je ferai les opérations inverses si, au lieu d'argent, ce sont les titres qui me manquent.
Sans doute je pourrais acheter comptant les titres au cours de la Bourse ; mais si beaucoup faisaient de même, l'affluence de nos demandes amènerait infailliblement la hausse et il est possible que j'aie intérêt à la baisse. Pour obvier & cet inconvénient, je conclurai un déport : je m'adresserai & un porteur de titres ; je les achèterai au comptant ou fin courant, et je les revendrai fin courant ou fin prochain & un prix moins élevé. Le porteur de titres aura bénéficié de la différence ; mais si la hausse arrive, je recouvrerai cette différence et, comme dans le cas précédent, je réaliserai un bénéfice.
C'est à l'aide de ces procédés que tant de spéculateurs se livrent, sans avoir les premiers fonds, à des achats
considérables, dont ils reculent ainsi indéfiniment le paiement. Mais ils paient souvent bien cher la facilité qu'ils trouvent à combiner leurs spéculations aventureuses. Quand ce moyen leur échappe, quand le reporteur veut reprendre ses titres ou son argent et que le reporté ne trouve plus personne qui consente à lui en fournir, tout cet échafaudage, dressé avec tant de persévérance et d'habileté, s'écroule en un instant, et le spéculateur aux abois roule au fond de l'abîme ruineux creusé par les différences.
91. — Le report est, avons-nous dit enfin, un véritable prêt sur dépôt de titres.
Maintenant que nous avons expUqué l'utilité et le but du report, cette proposition n'est-elle pas évidente? N'est-il pas certain que le capitaliste joue , dans ce contrat, le rôle de prêteur; que le spéculateur joue celui d'emprunteur; que le titre livré par ce dernier est la garantie du prêt, et que la différence de prix des deux marchés représente l'intérêt de l'emprunt?
Qu'est-ce que cette vente, suivie d'un rachat immédiat, sinon un réméré d'une espèce particulière, où le rachat est obligatoire, au lieu d'être facultatif? En matière ordinaire, combien de fois le contrat de réméré n'est-il pas employé poiur dissimuler un prêt sur gage contracté à des conditions usuraires? Le propriétaire d'un immeuble est-il à court d'argent? Il s'adresse à im capitaUste, auquel il offre son immeuble comme ga^ rantie du prêt qu'il sollicite. Le capitaliste ne demande pas mieux que de prêter ; mais en se faisant souscrire une obligation hypothécaire, ainsi que cela pourrait se faire, il lui serait impossible légalement de stipuler un intérêt excédant le taux légal. Voici alors comment on s'y prend pour tourner la diflSiculté. Soit uii prêt de cinquante mille francs; le prêteur achète de l'emprunteur
rimmeable moyennant ce prix ; il le lui donne à bail moyennant im loyer annuel de quatre ou cinq mille francs; et on convient qu'après un laps de temps qui, d'après la loi, ne peut excéder cinq années (1) , Temprunteur pourra reprendre son immeuble moyennant cette somme de cinquante mille francs, ou quelquefois même à un taux supérieur, lorsque les deux parties sont d'accord pour violer les prescriptions de la loi (2).
Quand de semblables contrats sont somnis à l'appréciation des tribunaux, je ne sache pas que les juges aient jamais hésité à leur arracher le masque dont ils étaient couverts, et à leur restituer leur véritable caractère.
En matière de Bourse, la différence entre le prix de la vente et celui du rachat remplace le loyer qu'en martière ordinaire le prêteur exige de l'emprunteur; mais, en définitive, le résultat est le même, et il ne faut pas plus dans \m cas que dans l'autre, s'arrêter aux apparences.
L'étiquette du sac est souvent trompeuse ; il faut l'ouvrir pour connaître le contenu.
On parle de vente et d'achat. Ignore-t-on que, d'après la loi civile, la vente est parfedte entre les parties, et que la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée, , ni le prix payé (3). Or, n'est-ce pas un singulier acheteur que celui qui , revendant à l'instant même et par le même acte la chose qu'il vient d'acheter, cesse d'être propriétaire de cette chose, au moment même où il le
(1) Gode Napoléon, art. 1600.
(3) D'après l'article 1050 du Gode Napoléon, le vendeur ne peot être tenu de reatitaer à Tacbetenr que le prix qu'il a reçu de lui. (3) Gode Napoléon, art. 1583.
devient? Bt n'est*ce pas un singulier contrat de vente, que celui dans lequel on constate des phénomènes aussi bizarres?
Le report est en réalité un prêt sous la fcame d'une vente; et, comme bien Ton pense, l'intérêt du prêt excède presque tot^jours le taux légal. S'il ne l'excédait pas, on ne trouverait pas d'argent chez les capitalistes, et on n'eût pas songé à établir ces caisses et ces compagnies de reports, qui ne sont pas autre chose que le mont^de-piété des spéculateurs (1).
92. — Nous nous sommes rendu compte du but évident des reports; examinons leur mécanisme. Les exemples que nous allons faire passer sous les yeux du lecteur, et qui comprennent les cas où ils sont le plus usités, serviront de preuve nouvelle à notre appréciation (2).
Ï^M. Oillois, agent de change, a deux clients, Pierre et Paul. Paul a spéculé à la baisse ; il a vendu à découvert trois mille francs de rentes trois pour cent fin courant : la baisse est arrivée, ou, dans tous les cas, l'échéance approche: il faut qu'il rachète la rente qu'il a vendue ; mais, n'ayant pas de capitaux disponibles, il voudrait acheter à terme. D'un autre côté, Pierre, propriétaire d'une inscription de rentes trois pour cent, voudrait s'en procurer immédiatement la valeur. Il est assez difficile qu'une • opération soit conclue entre Paul et Pierre; car si tous
(i^ Si le r«p9rt arall en pomr obj^t principai de pcocwer aaz oq^itâ* listes un placement rructneux de leurs fonds pour une courte durée, pourquoi donc n'aoraitp-on pas accordé cette faveur aux petits comme aux grands? Pourquoi ne pourrait-on pas conclure des reports pour toute quotité de Talenrsî Mais non; on ne peut •■ oeaclure que pour les quotités admises dans les marchés à terme. Donc ce n'est pas le capitaliste, mais le spéailateur, auquel on a principalement songé*
(3) Gea exemples me sont foucnis par Bf. Frémery (P« ft74).
deux veulent bien acheter et vendre au même moment, le vendeur veut opérer au comptant, tandis que l'acheteup veut opérer à terme.
Mais un autre agent de change, M. Bigaud, a un client, Jacques, dont les capitaux sont disponibles; seulement il en aurait besoin dans un délai fort court.
M. Bigaud va conclure un report avec M. Gillois, et voici comment :
M. Gillois, agissant au nom de Pierre, vend à M. Bigaud, agissant au nom de Jacques, trots mille francs de rentes trois pour cent, et les lui rachète pour Paul fin courant à un prix supérieur.
De cette façon, Pierre a vendu son inscription ; Paul a racheté fin courant; à ce moment, il paiera Jacques avec les capitaux dont il pourra disposer, et notamment avec ceux qu'il recevra de son premier acheteur; de son côté, Jacques, nanti de Tinscription , a tiré, sans le moindre risque, un parti avantageux de ses Ibnds.
n a servi d'intermédiaire entre le vendeur au comptant et l'acheteur à terme, en se chargeant, pendant un certain laps de temps, de l'inscription de rentes dont il devient momentanément détenteur.
Cette opération se nomme report direct. On désigne ainsi le report qui a lieu par le ministère de deux agents de change et qui porte avec lui la preuve de sa simultanéité.
Si Pierre et Paul n'avaient pas e\i le même agent, l'opération aurait cependant pu se conclure ; car l'agent de Pierre aurait pu vendre comptant à l'agent de Jacques, et celui-ci revendre à terme à l'agent de Paul ; mais, dans ce cas, rien ne constaterait la simultanéité de la double opération, qui prendrait le nom de report in-direct.
La cote de la Bourse ne contient que le prix des reports directs.
2^ Renversons les situations et conservons les mêmes personnages. Paul a spéculé à la hausse : il a acheté à découvert trois mille francs de rentes fin courant ; la hausse est arrivée; il veut revendre pour le même terme la même quantité de rentes, de façon à payer son prix d^achat avec son prix de vente. Pierre a des fonds disponibles^ avec lesquels il veut acheter trois mille francs de rentes au comptant Pierre et Paul ne peuvent s'entendre, puisque le premier veut acheter au comptant et que le second veut vendre à terme.
Mais Jacques possède une inscription de rentes de trois mille francs, dont il voudrait se procurer la valeur pour quelque temps ; il ferait volontiers un emprunt à courte échéance, en donnant pour gage son inscription.
Le report va permettre à ces trois personnes d'atteint dre le but que chacune poursuit.
Pour cela, il sufiba que M. Rigaud, agissant au nom de Jacques, vende Tinscription au comptant à M. Gillois, agissant au nom de Pierre, et la rachète à terme du même M. Gillois, agissant au nom de Paul.
30 Paul a spéculé à la hausse : il a acheté à découvert fin courant. Ses prévisions ont été trompées ; la baisse est arrivée. Cependant il croit encore à la hausse, et il voudrait continuer son opération.
Pour cela, il faut qu'il trouve un tiers qui consente à prendre sa place à la fin du mois, à livrer l'inscription vendue par lui, sauf à la lui reprendre à la fin du mois suivant, à un taux plus élevé, représentant l'intérêt de l'argent avancé.
n 7 arrive au moyen d'un report.
Son agent se met en rapport avec celui d'un capita-
liste, lui vend fin courant Tinscription, et la lui rachète en même temps fin prochain.
Avec l'argent du capitaliste, le spéculateur peut payer son premier vendeur; il remet à celui-là le titre qu'il reçoit de celui-ci ; et à la fin du mois suivant, il en prendra livraison, à moins qu'il ne préfère et qu'il ne puisse prolonger de nouveau son opération.
4<> Si Paul a spéculé à la baisse, et qu'au lieu d'être acheteur fin courant, il soit vendeur, il fera l'opération inverse.
Ces exemples montrent combien on a eu raison de dire que le report est la clef des opérations de Bourse,
93. — Il en est, du reste, des reports conmie des marchés à terme. Les achats et les ventes, dont ils se composent, n'ont souvent rien de réel. Au moment de la liquidation, il n'y a ni livraison ni paiement : tout se résout en différences, qui se règlent à la fin de chaque quinzaine ou de chaque mois. Les reports'' servent ainsi de voile à de nouveaux jeux de Bourse.
A cet égard, nous trouvons de curieux détails dans un procès Le Caron contre Leroy ^ jugé par la Cour de Paris le 11 mars 1851 ; ils font comprendre les règles et le mécanisme de ce jeu.
M. Le Caron, voulant spéculer sur des actions du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, avait eu recours à M. Leray, agent de change. Celui-ci, qui s'était &it nantir au préalable de couvertures probablement suffisantes pour garantir le paiement des différences à venir, avait acheté pour le compte de M. Le Caron 125 actions de ce chemin de fer, et avancé le prix de l'acquisition. U n'avait rien à craindre; car M. Le Caron ne prenant pas livraison de ces titres, l'agent de change en demeurait dépositaire, pouvait les revendre, et, s'il y avait une différence à supporter, les couver-
tures, dont il avait exigé la remise, lui en assuraient le paiement. M. Le Caron, qui avait acheté ces actions sans l'intention d*en prendre livraison, fit reporter son marché à la première liquidation, c'est-à-dire que d'après les bordereaux échangés entre l'agent de change et le client, M. Leray était censé racheter ces actions au comptant ou en liquidation, et les revendre à la liquidation suivante. La revente avait toujours lieu plus cher que l'achat; il en résultait une différence que l'agent encaissait, et qui représentait l'intérêt de ses avances. Les titres demeuraient toujours entre ses mains comme garantie. De plus, si dans l'intervalle d'une liquidation à l'autre la baisse était survenue, comme l'achat fictif fait par l'agent s'opérait à un cours moins élevé que la revente précédente, il en résultait une nouvelle différence payée par le client, et qui servait à maintenir au gage sa valeur primitive. Si, au contraire, la hausse était survenue, il en résultait une différence au profit du client ; car il n'eût pas été juste que l'agent, percevant une différence, en cas de diminution de la valeur du gage, n'en supportât pas une en cas d'augmentation.
Ces reports s'étaient ainsi continués pendant plus de deux années; et lorsqu'enfin, à la suite de revers financiers, M. Le Caron s'était trouvé dans l'impuissance de payer de nouvelles différences, M. Leray avait revendu les actions dont il était demeuré détenteur et réclamé judiciairement les sommes dont son client était son débiteur pour solde de compte.
Quel avait été, pendant ces deux années, le rôle de M. Leray? Pouvaifr-on sérieusement soutenir qu'il était intervenu entre le client et l'agent une série d'opérations méritant le nom d'achats et de ventes? On le tenta dans l'intérêt de M. Leray ; mais les juges firent bonne justice de cette prétention insoutenable. Us reconnu-
reirt que M. Leray avait joué le rôle d'un prâteur sur gage. Le prix des reports représentait Tintérôt de Boa avances ; les différences payées ou reçues par lui représentaient les proportions dans lesquelles le gage avait augmenté ou diminué : et, conune il était démontré que l'agent de change avait de la sorte servi d'intermédiaire aux jeux de Bourse de son client, il fut débouté de sa demande en paiement.
Ces explications rendront maintenant compréhensible ce passage, que j'extrais du mémoire produit dans cette affaire par M. Le Garon.
« Ce jeu (celui des reports) diffère cependant du marché à terme purement fictif en ce que la chose, qui fait la matière du contrat, peut et doit exister entre les mains de l'agent de change : il n'y a de fictif que les contrats successifs dont elle est réputée devenir l'objet : fiction dans une vente, qui n'est suivie d'aucune livraison, puisqu'au moment où elle s'opère, le vendeur feit simultanément et par un même bordereau le rachat pour la liquidation suivante : fiction dans un contrat de prêt, qui ne doit être suivi d'aucun remboursement, et qui ne doit donner lieu qu'à im règlement de différences entr^ les joueurs. »
Elles feront aussi comprendre combien M. l'avocatgénéral Portier, portant la parole devant la Cour, avait raison, lorsqu'il disait :
« Quand les agents de change veulent faciliter le jeu à un client, le report leur en offre le moyen le plus facile et le plus sûr. Ils se procurent réellement les valeurs sur lesquelles le jeu va porter, et qui sont pour eux une garantie. Ces valeurs viennent-elles à subir par la baisse une dépréciation de cinq, dix, quinae pour cent, des différences leur sont exactement payées et conservent toute la solidité du gage. Quand le joueur
ne peut plus payer les dîflférences, ou refuse de le fedre, les valeurs sont vendues au cours du jour, sans perte pour l'agent de change qui, avec les différences, a touché les reports ou intérêts de son capital et en outre des droits de courtage et de commission. »
94. — Les reports étant composés de la réunion d'un achat au comptant ou à terme, et d'une vente à terme ou réciproquement, chacun de ces actes- est soumis aux modalités et aux conditions que j'ai précédenmient indiquées.
95. — Le prix des reports, comme celui des marchés à terme, varie à chaque liquidation.
Dans les temps ordinaires, il baisse quand les fonds sont en hausse, et monte quand les fonds sont en baisse.
Habituellement, en effet, la hausse des fonds publics indique l'abondance de l'argent sur la place; moins il est rare, moins les prétentions du prêteur sont élevées; c'est le contraire en cas de baisse.
Cependant cette règle souffre quelquefois des exceptions ; et l'on voit avec étonnement, surtout aux approches de la liquidation, le prix du report baisser ou hausser, en môme temps que la rente et les autres valeurs baissent ou haussent. Ces phénomènes, comme beaucoup d'autres, s*expliquent par la situation de la place et la manière dont les opérations sont engagées. Le premier tient à ce que , la spéculation à la baisse étant fortement prononcée, beaucoup de spéculateurs se font reporter au mois suivant. Les cours, écrasés par les ventes faites à ce terme, peuvent difficilement s'élever; mais comme il y a eu de nombreuses ventes fin courant, et que, dans ce cas, ainsi que nous l'avons observé plus haut (1), au lieu de liquider son opération par un achat
(1) N« sg, in fine.
au moment de la liquidation, on a un plus grand bénéfice en revendant à un nouveau terme l'effet ainsi acheté, on trouve aisément des reporteurs. Le second tient à ce que les spéculations étant au contraire eng^ées à la hausse, l'argent est entré dans les valeurs, et que, s'il consent & en sortir pour se prêter à la spéculation, il exige un intérêt qui lui tienne lieu du bénéfice que la hausse lui procurerait.
96. — A côté des reports ordinaires se placent les r^ports sur prime. On appelle ainsi une opération par laquelle» ou bien on achète ferme des effets qu'on revend à prime pour la même époque, ou bien on achète ferme des effets fin courant, qu'on revend à prime fin prochain.
C'est un moyen de bénéficier sur la différence du cours ferme au cours à prime.
Exemple : J'achète fin courant trois mille francs de rente trois pour cent à 71 fr. 10 c. ; c'est un capital de soixante-onze mille cent francs; je les revends à prime pour la même époque à 71 fr, 80 c, dont 1, c'est xm capital de soixante-onze mille huit cents francs.
Si la prime est levée, je gagne une différence de soixante-dix centimes, soit sept cents francs ; si elle est abandonnée, j'aurai acheté mes rentes & 70 fr. 10 c. ; je bonifierai de mille francs le prix de mon acquisition.
Dans le second cas, la vente à prime étant plus chère que la vente ferme, le report se trouvera plus élevé : seulement, en cas de baisse, je cours la chance de ne pas voir lever les titres et d'en rester embarrassé.
C'est ainsi que souvent les ventes à prime sont la conséquence des achats fermes.
SECTION yi.
DBS LIQUIDATIONS.
07. — Différence.entre la liquidation des marchés an comptant et celle
des marchés à terme.
08. -liquidation centrale et liquidation entre agent et client; règle*
ments qui régissent la matière.