‹ La bourse, ses opérateurs et ses opérations appréciés au point de ..., Volume 1Chapitre 37 sur 86 · Mode de liquidation · texte numérisé non relu

Mode de liquidation

145. — Relations dô la coulisse avec le parquet; nécessité de son exis-

tence pour les agents de change.

141 . — Les divers membres qui composent la coulisse, ne sont point attachés l'un à Tautre par la solidarité de droits et devoirs réciproques.

Les coulissiers ne forment ni une compagnie , ni une corporation : c'est ime simple réunion d'individus exerçant une industrie commune , et observant, à défaut de règlement, des usages éprouvés par la pratique et sanctionnés par l'expérience.

L'admission d'un nouveau membre n'est soumise à aucune épreuve ni à aucune condition, n suffit d'être présenté par quelques anciens; on est accepté tacitement par les autres. Ceux-ci témoignent de leur adhésion, en consentant à faire des affaires avec le nouveau venu.

A cet égard, on ne peut se plaindre d'un excès de rigorisme. La coulisse pèche plutôt par l'excès contraire. Comme elle est essentiellement hospitalière, elle ouvre ordinairement sa porte au premier passant qui y frappe.

C'est elle aussi qui, dans son asile charitable, offre des moyens de «alut et de guérison au malheureux qu'une liquidation désastreuse à laissé mutilé sur la scène officielle du fin courant et du report, et qui verse sur les plaies de ces invalides du parquet le baume doré de ses courtages.

Elle est, & cet égard, d'une habileté incomparable; ses cures tiennent du prodige et ses guérisons du miracle. Grâce & elle, le convalescent qui contemple la cicatrice rapide de ses blessures, peut s'écrier avec le poëte, en songeant à la cause d'un mal promptemrat oublié :

Tu frappes et gaéris, ta perds et ressacites.

142. — Parmi les coulissiers, les uns s^occupent spécialement des rentes et particulièrement du trois pour cent; les autres ont la spécialité des valeurs industrielles. A la Bourse de Paris, la première catégorie se compose d'environ soixante opérateurs ; la seconde en compte à peu près autant; un grand nombre, d'ailleurs, s'occupe en m&ne temps des rentes et des valeurs industrielles.

Après eux vient une cohue d'individus inconnus aux précédents, étrangers à leurs opérations ; recrutant à grand'peine une clientèle de bas étage ; n'ayant jamais inscrit sur leur carnet un nom recommandable de banquier ou de capitaliste ; se trouvant vis-à-vis des premiers dans une position analogue à celle des agents d'affaire vis-à-vis des avocats et des avoués; négociant de préférence les actions de ces sociétés borgnes et boiteuses, dont les gérants fournissent un contingent forcé à la police correctionnelle ou à la cour d'assises; ne voyant dans leurs clients que des ignorants à tromper et des niais à exploiter; bannissant la morale et la

loyauté de leur code Individuel; côtoyant avec une dextérité merveilleuse lés bords glissants de la loi pénale; brisant au premier choc leur réputation avariée ; la noyant dans le ruisseau fangeux de l'escroquerie et de Tabus de confiance ; et faisant malheureusement rejaillir les éclaboussures de cette fange sur des gens qui, dans leur voisinage, n'ont jamais failli aux règles de l'honneur et de la probité.

143. — Beaucoup de personnes n'ont une si mauvaise opinion de la coulisse, que parce qu'elles jugent l'ensemble de son personnel sur de regrettables exceptions.

Elles changeraient sans doute de langage, si elles la connaissaient mieux , si elles voulaient la juger sans prévention ni partialité, et si elles se rendaient un compte plus exact de la nature des affaires qui s'y font.

Que l'on dise que le but de ceux qui la fréquentent, est de jouer sur les fonds publics ; que l'on ajoute, que c'est dans cette survivance de la rue Quincampoix que le marché à terme fleurit dans toute sa nudité, que le nom de marché à terme n'est qu'un mot honnête pour dissimuler de simples paris ; qu'on ne voie dans cette façon d'agir « qu'une coquetterie de joueur et une affectation de bienséance pour faire illusion au public (1) ; » soit

Je ne vais point à rencontre; seulement, je remarque et je tiens à constater que le but de ceux qui fréquentent le parquet est, la plupart du temps, identique ; que les marchés à terme qui s'y font, ne sont ni mieux, ni plus mal vêtus que ceux de la coulisse ; que les agents de change, comme les coulissiers, dissimulent, sous l'honnêteté du mot, la crudité du fait ; et que, quant au public, celui-là seul peut se faire illusion, qui ne com-

(1) M. TroplODg, Traité du contrats aléatoires^ n* 00.

prend pas suffisamment le mécanisme et Tobjet de la plupart des opérations de Bourse.

A Paris, en effet, dans la coulisse comme au parquet, on 'fait des marchés au comptant, non pas, il est vrai, sur tous les effets, mais sur un grand nombre de valeurs industrielles que les agents de change n'ont ni le temps, ni le désir de négocier.

Quant aux marchés à terme, ils y sont tout aussi sérieux, de nom ou de fait, qu'ils peuvent l'être au parquet. Le client a l'avantage de n'y payer que la moitié des droits de courtage perçus par les agents : voilà toute la différence.

On y fait des marchés fermes comme des marchés & prime. Il est vra; que, dans les premiers, l'escompte n'est pas en usage entre coulissiers ; que, dans les seconds, au lieu de ne faire que des primes au quinze, fin courant ou fin prochain, on en fait aussi pour le lendemain, ou pour la durée de la Bourse. Mais, outre que, par suite des relations continuelles qui s'établissent entre la coulisse et le parquet, celui-ci escompte souvent la coulisse, sauf à se voir escompté à son tour, nous avons démontré, dans les chapitres précédents , que la faculté de l'escompte, comme les délais fixés pour l'exécution des marchés à terme ou la réponse des primes, ne sauraient changer le caractère des opérations.

144. — J'ai lu dans de nombreux ouvrages, que les marchés à terme dans la coulisse ne sont jamais suivis de livraisons, et qu'ils se résolvent toujours en paiements de différences : c'est une erreur complète.

Dans la coulisse, comme au parquet, lorsqu'arrivent les époques de la liquidation, on procède par compensations; aussi, les livraisons et les paiements de titres sont-ils là, comme ici, l'exception, non la règle. Si le coulissier ne veut ni lever ni livrer , l'opération se ré-

duit au paiement d'une différence; mais s'il veut lever ou livrer, il faut que le confrère dont il a reçu l'engagement, lui donne satisfaction ; celui-ci y parvient en le compensant par le parquet, c'est-à-(3Ure en faisant avec un agent de change l'inverse de l'opération qu'il a fidte avec le coulissier, de manière que l'agent opère en son lieu et place l'exécution du marché. Ainsi, un coulissier vend trois mille francs de rentes trois pour cent à l'un de ses confrères fin du mois : le 30, il le prévient qu'il livrera; ce dernier est obligé de lui fournir le nom d'un agent de change qui prendra livraison de ces trois mille francs. Il y parvient, en vendant lui-même ces trois mille francs de rentes à un agent ; de sorte qu'il compense l'achat &it dans la coulisse par la vente faite au parquet.

Cescompensations n'ont lieu, du reste, que pour les valeurs dont la propriété ne peut être transmise qu'avec les formalités du transfert, et pour lesquelles l'intervention de l'officier ministériel est indispensable. Quant & celles dont la propriété se transmet parla simple tradition manuelle, on se les livre de la main à la main sans l'intervention des agents.

Tel est le mode de liquidation usité aujourd'hui dans la coulisse ; pendant quelque temps il en exista un autre.

« Dans plusieurs circonstances, dit M. Courtois [Des opérations de Bourse, page 31.), la coulisse, au lieu de se solder par le parquet, se contenta de déclarer toute vente ou tout achat fait chez elle, réalisé au cours moyen du parquet le jour de la liquidation. Ce procédé isolait la coulisse du parquet, et en faisait un marché spécial ayant ses fluctuations en dehors du parquet et ne subissant pas son influence. Ce mode de liquidation, adopté en dernier lieu après la révolution de février, gêna des spéculateurs puissants, et les principaux cou-

lissiers crurent devoir revenir au premier mode qui rend la coulisse une succursale du parquet •

145. — C'est là, en effet, son véritable caract^. La réalité et la fiction existent autant d*un côté que de l'autre (1) ; ce qui prouve d'une façon évidente que Jôs opérations à terme sont identiquement les mêmes dans les deux endroits, c'est que les affaires les plus importantes, dans la coiUisse des rentes, sont souvent faites pour le compte des agents. Bien que le syndicat interdise les opérations entre agents et coulissiers, il est de notoriété publique , qu'à de très-rares exceptions près, tous les agents ont des coulissiers pour exécuter leurs ordres. L'avantage qu'ils y trouvent est immense. En effet, comme les réunions de la coulisse, plus fréquentes que celles de la Bourse, sont en quelque sorte permanentes, il en résulte qu'un agent qui se méfie d'un client mal engagé, peut, à toute heure et à tout instant, couper court à ces opérations, en donnant ordre à un coulissier d'acheter ou de vendre les rentes vendues ou achetées pour le compte de ce client. Si les agents étaient forcés d'attendre la Bourse du lendemain, et qu'un événement fâcheux arrivât dans l'intervalle, ils seraient exposés à des pertes considérables, contre lesquelles ils ne pou> raient se prémunir.

Cette observation, plus que toutes les autres, sert à expliquer l'alliance intime et l'espèce de solidarité qui unit aujourd'hui la coulisse au parquet.

Cette union, née de la tolérance, a été cimentée par l'intérêt. La loi la déclare illicite ; le ^t la proclame nécessaire. Elle durera donc jusqu'au jour, où le gou-

(1) Faciès non omnibus una.

Nec diversa tamen,^ guatem decet esse sororum. Je laisse aux latinistes le soin de traduire ces yers d'Ofide, et aoigsM du métier celui d'apprécier la Juatesse de la citation.

Ternement, jugeant utile de signer d'une £açon définitive l'arrêt de mort de la coulisse, produira, par ce moyen violent, une rupture que des querelles passagères et des accès de mauvaise humeur ne pourront jamais amener.

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