‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 186 sur 233 · JAMES JIM CORBETT · texte numérisé non relu

JAMES JIM CORBETT

« J. J. Corbett abandonne définitivement son titre de champion du monde. Au lendemain de sa retraite, il est intéressant de résumer la carrière du célèbre boxeur.

« J. J. Corbett, le seul vainqueur de John Lawrence Sullivan, el tout dernièrement le vaincu de Robert Fitzsimmons, est né à San Francisco le 1er septembre 1866. Son père, Patrick J. Corbett, en 1854, quitta son pays natal, l’Irlande, pour venir s’établir en Californie. Quelques années plus tard il se mariait et assemblait autour de lui une famille qui forme aujourd’hui un cercle très intéressant. Il eut dix enfants: Frank, Harry, Esther, Jim, John, Theresa, Mamie, Kattie, Joe et Tom. Propriétaire d’une grande entreprise d’uniformes à San Francisco, il emploie comme comptable son fils John : Franck est clerc de receveur de contributions à San Francisco; Harry tient une maison de jeu dans la cité de Golden Gâte; les plus jeunes, Joe et Tom, sont étudiants au collège de Oakland.

« Les quatre filles ne sont pas mariées et vivent à la maison, J. J. Corbett fut dans ses premières années un gentil et régulier élève du collège de Oakland, à San Francisco, quoique son amour pour le jeu de la lutte causa à ses parents et à ses maîtres plus d’une heure d’anxiété. Son inclination pour donner ou recevoir une correction à coups de poing était le principal caractère de ses premières années. Il fut renvoyé du collège de Saint-Ignace pour s’être battu et avoir assommé un camarade. Cette bataille lui donna aussitôt une grande réputation parmi ses amis, et Corbett rechercha alors toutes les occasions de se battre.

«Dans l’écurie de son père, chaque palefrenier était obligé le matin de mettre les gants et de se mesurer avec lui. J. J. Corbett avait un compagnon, Forty Kenaly, qui lui aussi aimait la boxe et avait une dureté de fer.

« Un jour qu’ils étaient présents à une représentation donnée par Sullivan, le président demanda des amateurs, Corbett profita de l’occasion et un match régulier s’ensuivit. Ce fut la première fois qu’il eut affaire à un véritable pugiliste; Sullivan était un rude partenaire et pendant un moment la chance de Corbett fut bien compromise; finalement, après un coup de poing en pleine poitrine, Sullivan chancela et tomba. Corbett fut alors porté en triomphe et n’aspira plus qu’à la lutte.

« Comme ses adversaires, la première idée de Corbett, quandil eut passé ses premières années, fut de devenir un joueur déballés

LA BOXE FRANÇAISE

professionnel. Mais ayantété battu par les champions de l’époque, Àrison, Start, Bardock et autres, il se dégoûta de ce sport et Siir les désirs ardents de sa mère il rentra comme aide comptable dans la Banque nationale de Névada. Il garda cette position pendant quelques années, mais aussitôt qu’il fut capable de connaître et d’apprécier les bénéfices des exercices gymnastiques, Gorbett fit partie de l’OIympic Athlétique Club de sa ville natale et devint bientôt un des meilleurs et des plus habiles .membres.

« Il aimait particulièrement la boxe et une pratique constante avec le professeur Walter Watki ns, dont l’idée principale était de frapper plutôt que de veiller aux coups, fit bientôt de lui le vainqueur des amateurs qui faisaient partie des tournois de son club. Avant sa dix-huitième année, il avait gagnésix fois le championnat de boxe de son club, et soucieux de se mesurer avec des adversaires plus forts que lui, il se détermina à devenir un boxeur professionnel.

« Ce fut en 1884 qu’il fit ses débuts contre Dave Eiseman, qu’il battit en deux rounds.

« Dansl’espâce de cinq années successivement il battait les meilleurs champions de l’époque tels que :

« James Daily, Duncan, Marc Donald, Jack Burke, le champion Irlandais ; Frank Smith, Georges Atkinson, Frank Glover, Joe Choynski, John Donaldson, William Miller, champion d’Australie ; Martin Costello, Dave Campbell, etc., etc...

« Le 17 février 1890, à la Nouvelle-Orléans, Corbett se rencontre avec Jake Ki train, pour le prix de 3,500 dollars, offert par le Southern Athletic Club.

« Après une lutte des plus émouvantes Jake Kilrain fut battu en six rounds.

« Le 14 avril 1890, il se mesure avec Dominick-Caffrey, professeur de boxe du Club Athlétique de Manhattan. C’est devant plus de 5,000 spectateurs que ce combat eut lieu en présence de J.-L. Sullivan et de Pliill Dwyer, juges arbitres. Après quatre rounds très durs, Cafîrey fut vaincu.

« Le 21 mai 1891, le nègre australien Jakson Peter le défie à San-Francisco. Jakson arrivait de Californie où il avait battu ré-

LA BOXE FRANÇAISE

gulièrement les meilleurs champions boxeurs tels que George, Godfred, Joe-Mac Au liffe, NeoSmith, etc.

«Un match fut conclu et le California Athletic Club offrit un prix de 10,000 dollars. L’enjeu était de 1,500 dollars de part et d'autre.

« Gorbett en 61 rounds battit son adversaire mais à la suite des difficultés avec des organisateurs delà lutte, il ne put toucher que 100 dollars.

« Ce fut le 7 septembre 1892, que Corbett acquit sa célébrité.

« Pour la première fois, il se rencontra avec l'invincible champion John Lawrence Sullivan, pour le titre de champion du Monde avec enjeu de 20,000 dollars et 25,000 dollars comme prix offert par l’Olympic Club.

« La lutte fut émouvante, car les deux adversaires étaient bien préparés par leur manager : John-Donough pour Sullivan et J. C. Kennedy pour Corbett.

« Plus de 5,000 personnes étaient présentes et, parmi elles, les premiers boxeurs du monde, presque tous battus par les deux pugilistes.

« Après 8' 35" Sullivan succombait et J.-J. Corbett, proclamé champion du monde pour la boxe, encaissait la jolie somme de 45,000 dollars.

«J.-J. Corbett mesure 6 pieds 1/2 et pèse en moyenne 195 livres. Son centre d’entraînement est dans le joli pays de Locle Arbourg, à Asburg Park. Son chef entraîneur est W. A. Brady’s.

« Il prend sept heures et demie de sommeil par jour ; le matin, au réveil, il prend un léger cordial et se dirige vers un lac où pendant une heure, il canote. Quand la fatigue se fait sentir et qu’il ne peut plus ramer, il se déshabille et fait alors quelques milles à la nage ; puis il se sèche et se fait masser vigoureusement.

« Après son massage, il parcourt cinq milles au pas gymnastique, puis se repose.

« 11 prend ensuite son premier déjeuner, qui se compose d’omelette, œufs à la coque, côtelettes ou rosbeaf et un peu de fruit. Il s’abstient de pâtisserie.

« L’après-midi, lorsque sa digestion est toutà fait finie, Corbett travaille au « Bag Puncbing » pendant une demi-heure ; puis

LA BOXE FRANÇAISE

après avec son entraîneur W. A. Brady’s il se livre à quelques assauts de boxe.

« Après son travail, de Californien est frotté à l’alcool et se repose pendant une heure au moins.

« Avant de se coucher, il lutte et pratique le « pulley weights » pour se donner de la force et de la résistance dans le poignet.

« Telle est la préparation du champion J J. Corhett qui, comme les lecteurs le savent, vient d’être récemment battu par Robert Fitzimmons dans un match pour le titre de «champion du monde» pour la boxe.

« Ainsi que le Journal des Sports l’a annoncé dernièrement, J -J. Corbett quitte définitivement le ring. Il va pratiquer le baseball et va faire, durant la saison d'hiver, une tournée d’exhibition sur scènes et estrades, dans différents établissements.

« J. Marcel-Lemoustre. »

Journal des Sports, 27 août 1897.

Page 1