‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 187 sur 233 · POUR LA BOXE · texte numérisé non relu

POUR LA BOXE

a Combien de fois ai-je entendu poser cette question : La boxe française est-elle supérieure à la boxe anglaise?

« Tel est le problème queM. Louis Moriaud vient de chercher à résoudre dans sa première causerie sur la boxe.

« Son enthousiasme pour le chausson l’entraîne à faire des comparaisons capricieuses qui, je le crois, ne peuvent avoir aucun bon résultat pour son sport préféré.

« Nos sympathies, nous dit M. Moriaud, vont à la boxe française, car un homme dont les bras sont faibles et n’ont pas beaucoup de détente, peut suppléer à cette infériorité par son habileté à se servir des jambes.

« Erreur; on voit souvent des hommes grêles doués d’une force surprenante, tandis que d’autres, robustes en apparence, sont loin de posséder la vigueur des premiers, ce qu’il serait difficile d’expliquer si l’on ne faisait pas intervenir l’impulsion nerveuse.

« Un homme sans volonté éprouvera la même difficulté à mettre en action ses membres inférieurs ou ses membres supérieurset cela parce que l’énergie cérébrale est lente à se développer.

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« L’homme tire en réalité de ses jambes la force qui paraît venir de ses bras.

« Quand j’avais mes deux jambes, disait un zouave amputé, je donnais un fameux coup de poing» : et le zouave avait raison.

« Un coup de poing bien asséné est appuyé par tout le corps ; l’effort qui lance en avant la main fermée commence dans le jarret qui se tend, puis gagne la cuisse qui projette le tronc dans la direction du coup à donner ; les muscles des reins transmettent le mouvement au thorax et les muscles du thorax à l’épaulequi, à son tour, fouette l’avant-bras et le poing en leur transmettant la somme de force à laquelle a contribué le corps tout entier (1).»

« C’est cette parfaite harmonie de mouvements qui fait qu’un boxeur bien entraîné peut développer un coup de poing d’une force équivalant à son poids.

« Ceci me rappelle cette phrase vulgaire d’un boxeur américain dont le nom m’échappe : « Un forgeron n’a pas besoin de quatre marteaux, s’il en a un bien emmanché. »

« Que les Sullivan et les Corbett aient proclamé la supériorité de l’Ecole Française, c’est possible. Ces professionnels, fatigués des questions qu’ont pu leur poser des reporters indiscrets, ont répondu indifféremment oui ou non.

« Ils savent que la France a des maîtres de boxe anglaise et attendent que ces derniers aillentconquérir cette fameuse ceinture qui n’a jamais franchi le détroit.

« Pour me servir de la comparaison de Bouchard : ce sont de mallieu reux ouvriers qui cherchent de l’ouvrage et n’en trouvent pas.

« Le récit suivant emprunté au Docteur Lagrange fera aisément comprendre la crainte qu’inspirent ces pugilistes ;

« Dans une lutte restée célèbre entre les boxeurs Maffey et Macarthey, qui dura quatre heures quarante-cinq minutes, l’un d’eux tomba étourdi cent quatre-vingt-seize fois avant de consentir à s’avouer vaincu (2). »

« Dans un autre combat, l’un des champions reçut dès la première passe un coup de poing qui lui brisa le bras gauche; il fit soutenir par une écharpe son membre fracturé et soutint l’assaut

(1-2) Lagrange

LA BOXE FRANÇAISE

pendant cinq quarts d’heure encore, jusqu’au moment où un dernier coup le laissa plusieurs minutes sans connaissance, et le força de s’avouer vaincu.

(<: Cette incroyable force de volonté qui fait rester ferme devant des coups si terribles, le boxeur ne la puise pas dans la colère.

« C’est un axiome de pugilat qu’un boxeur qui ne sourit plus est un boxeur vaincu. Quand le rictus de la rage vient remplacer le sourire sur les lèvres d’un champion, les parieurs expérimentés l’abandonnent et son adversaire devient le favori.

« C’est l’entraînement seul, c’est-à-dire l’accoutumance aux efforts musculaires violents et prolongés qui donne une si surprenante énergie à ces hommes que Royer-Collard déclarait si différents des autres hommes.

« A première lecture ces deux comptes-rendus paraissent exagérés; Cependant, si l’on se souvient du dernier assaut fourni par mon ami Albert Killman, boxeur au-dessusde toute critique, quoique d’une force musculaire moyenne, on peut se faire une idée de la puissance que peuvent acquérir des hommes choisis dont l'entraînement est poussé au plus haut degré.

«Alfred Kuhn. »

La Suisse sportive, 31 août 1897.

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