UN ASSAUT AUX GALERIES SAINT-HUBERT
« Je commence par demander mille pardons à la neige de Bruxelles que j’ai un peu maltraitée dans ma dernière correspondance.
LA BOXE FRANÇAISE
datée de la Suisse... Je l’ai retrouvée, à mon retour, moins pure et plus boueuse encore que je ne l’avais dit.
« Ma conscience étant maintenant à l’aise, j’aborde mon sujet.
« Il est deux heures, les rues de lacapitale sont pleines de flaques noirâtres et pas le moindre balayeur ne pointe à l’horizon brumeux. — Entrons vite au casino.
« Belle salle au point de vue du nombre et delà composition. Décidément les assauts offerts par M. Charlemont sont appréciéspar notre public, pourtant si difficile.
ce Anvers, Liège, Li lie, Louvain , avaient aussi envoyé leurs champions et leurs spectateurs.
«MM. Bardou, de Lille, et Charlemont ont ouvert la séance par un assaut d’escrime, où tous deux ont montré leur parfaite connaissance de l’arme.
«Pu is MM. Fontaine, d’Anvers, et Mertens, du régiment’des grenadiers, ont tiré le sabre d’une façon remarquable. Ces deux adversaires, parfaitement bien plantés, grands, adroits et lestes, méritent leur titre de professeur.
« La canne a été ensuite représentée par MM. Charlemont et Mertens. Quoique ce dernier soit très habile, il n’a pu lutter avec avantage contre Charlemont, dont la prestesse et l'agilité sont vraimenl incomparables. Entre ses mains, la canne est une arme aussi dangereuse qu’une hache, parce que, à l’opposé de ses adversaires, il développe ses coups de telle façon que leur vitesse et leur choc, parconséquent, en sont décuplés.
« On ne tire pas la canne de même que le sabre, comme Fa fort bien dit Charlemont dans son petit speechsur la matière, et c’est un défaut qui semble s’infiltrer chez les tireurs actuels,
« Un coup de canne non développé, c’est un chatouillement, rien de plus.
« La seconde partie s’eslcomposée d’un concours d’escrime entre MM. Bardou et Welkenhuysen, Mertens et Marneff, Fontaine et Lecœur, qui ont lutté par couple dans l’ordre indiqué.
« 1er prix, Marneff ; 2* prix, Welkenhuysen ; 3e prix, Lecœur.
« Mais nous croyons être certains que Charlemontestdécidéàne
LA BOXE FRANÇAISE
plus-offrir de concours, et nous l’approuvons, car il nous a semblé que les champions en général, et sans s’en douter, donnaient au jury trop de difficulté par leurs discussions et leurs appréciations personnelles.
« D’où il résulte nécessairement une apparence de partialité.
« Nous dirons aussi ce que nous avons déjà dit une autre fois : Nous ne sommes pas partisans des plastrons noirs, à moins que chaque coup porté en pleine poitrine, soit à droite, soit à gauche, compte pareillement ; car avec cette restriction de réserver un côté, il n'y a rien de plus aisé que de se laisser toucher à droite, afin de toucher soi-même à gauche.
<( Or, ce jeu n’est plus de l’escrime, dont le rôle est de parer autant que de blesser.
« La belle avance quand deux adversaires, une épée nue à la main, se pourfendraient de part en part, l’un et l’autre... Je doute fort que celui qui aurait reçu la lame du côté droit en fût plus fier pour cela !...
« Nous avons encore remarqué la rareté des coups droits et des simples dégagés, si beaux et si sûrs, lorsqu’ils sont faits avec la rapidité électrique des grands maîtres.
c< Lejeune fils de Gharlemont a répété lathéorie de son père sur la canne, simulantla défensecontre plusieurs adversaires. Cet enfant fait honneur à son professeur : il est arrivé, en moins de 60 secondes, à développer 150 coups !
« La séance s’est terminée par deux assauts de boxe française.
« Le premier entre MM. Charlemont et Gérard; le second entre Gharlemont et Guillaume Depierre, de Liège, un jeune garçon plein d’avenir, s’il continue.
« Dire encore que Charlemont est d’une habileté extraordinaire, c’est se répéter. On ne peut mieux le comparer qu’à un sylphe pour l’agilité, et à un boxeur anglais pour la force.
« Il serait impossible de rencontrer un homme représentant mieux le type de la boxe française.
« Ses adversaires méritent aussi nos sincères éloges, car pour oser se mesurer avec un tel champion, il faut être des braves.
« A cinq heureset demie, laséance était close, aux applaudissements de tous les spectateurs. « F. D. »
Franc-Tireur, 27 décembre 1874.