UN ASSAUT DE BOXE FRANÇAISE
« Reboucher est dieu et Charlemont est son prophète...
« Telle est l’impression que nousemportons du grand assaut de boxe française organisé par M. le professeur Charlemont.
a Un assautde boxe française à Bruxelles est certes un événement et nous n’avions pas exagéré en disant précédemment que les premières séances organisées par ce maître avaient été une véritable révélation.
« La boxe française est un exercice de création toute moderne dont on ne saurait, au point de vue de l’hygiène, suffisamment faire ressortir les avantages. Jadis exclusivement pratiqué par les titis, les voyous parisiens, cet art (puisque art il y a) est aujourd’hui désencanaillé et vient, comme exercice de sport, prendre rang immédiatementaprèsla natation, l’escrimeetPéquitation. Les grands maîtres de boxe française furent les frères Lecour, de Paris, Loze, de Toulouse et particulièrement Leboucher, de Rouen, quia condensé les principes de la boxe dans un traité qui bientôt est devenu le bréviaire du boxeur.
« M. Charlemont avait entrepris de nous initier aux mystères de cette nouvelle branche du sport.
« La lutte avec un amateur liégois a été un véritable éblouissement. Ces rotations incessantes de bras, de jambes, ce feu d’artifice de taloches, de coups de pied, de coups de poing, ces séries que l’œil avait peine à suivre et dont l’enchaînement ne laissait aucun répit à l’adversaire, ont provoqué un réel enthousiasme.
« M. Charlemont étonne non seulement comme boxeur, mais dans la deuxième partie de l’assaut, il s’est montré vraiment supérieur comme bâtoniste. Ses développements théoriques du maniement de la canne, suivisde la démonstration pratique exécutée par le jeune Charlemont, ont été particulièrement goûtés par un public très connaisseur. Cent vingt coups de canne lancés à toute volée, en une minute, représentent en effet une dépense de vigueur et d’agilité réellement stupéfiante.
« Le concours d’escrime qui terminait la séance a été très animé, trop animé peut-être. Les sympathies du public se sont, à diverses
LA. BOXE FRANÇAISE
reprises, bruyamment affirmées, et la tâche du jury chargé du contrôle delà lutte a été on ne peut plus difficile.
«Le premier prix a été remporté, après une lutte émouvante, par M. Marneffe, grand, peu corpulent, ce tireur se distingue par une vélocité d’expansion tenant du prodige ; affectionnant la parade du contre de tierce, il riposte en dégageant par coupé. Malgré le succès qu’il a obtenu, M. Marneffe n'a pas répondu complètement à l’attente de ses partisans, nombreux dans la salle, et s’est permis, au cours de la lutte, des sauts que réprouvent les vrais principes. Le second prix a été attribué à M. Van Nieuwenhuysen. Beaucoup de jugement, une grande fermeté de paradé, telles sont les qualités saillantes de ce tireur. M. Lecœur a été classé troisième.
« En résumé, cette séance de boxe, panachée d’escrime, a obtenu un très grand succès.
« P. Van Gapellen. »
1er janvier 1875.